Un roman intriguant et touchant sur un sentiment que chacun de nous connaît : la solitude. A travers un récit explorant 35 ans de la vie de ses trois personnages principaux, Benedict Wells nous offre une fenêtre sur le cours de la vie.

Trois jeunes enfants, Jules, Liz et Marty, voient d’un coup leur vie entière chamboulée : leurs parents viennent de mourir dans un accident de voiture. Commence alors une longue période d’adaptation pour ces trois orphelins aux caractères opposés, entre internat, famille éloignée et dérives.

35 ans de vie marqués par la solitude

C’est sur un séjour à l’hôpital de Jules, le personnage principal, que s’ouvre le roman. Il se réveille d’un coma et on comprend assez rapidement que le récit va se dérouler alors qu’il sera dans son lit d’hôpital et qu’il reviendra sur les événements qui ont marqué sa vie. L’occasion pour ce quadragénaire de se retrouver enfant, petit dernier d’une fratrie, entouré de ses deux parents, vivant une vie tout à fait heureuse. Des vacances en famille dans le sud de la France, la vie quotidienne dans leur appartement de Munich, sa mère à la guitare lors des fêtes de Noël, l’appareil photo offert par son père… Seulement, l’élément déclencheur qui va briser cette routine insouciante arrive dès les premiers chapitres. Et c’est le début de la solitude.

S’en suivent des années de tourmente et de dérives pour Jules, mais aussi pour Liz et Marty. Ils s’éloignent les uns des autres, n’ont pas toujours de bonnes fréquentations et s’enfoncent chacun de leur côté dans une forme de solitude bien personnelle. Bien que cette partie du roman ne soit pas la plus réussie, Benedict Wells nous entraîne dans la descente aux enfers de ceux qui ont perdu leurs repères, des enfants forcés de devenir adultes sans personne pour les guider. À travers un récit qui explore 35 ans de la vie de ses personnages, le jeune auteur réussit à dépeindre la vie telle qu’elle est, sans fioritures.

Des aller-retours temporels

Chaque chapitre est défini par une date et un sentiment importants pour Jules. Mais le plus intéressant dans le rapport au temps de Benedict Wells, ce sont les passages qu’il omet, les événements de la vie de ses personnages qu’il ne raconte pas. Tout cela rend le récit plus dense et plus profond.

Et le roman de Benedict Wells est aussi riche en ce qu’il interroge la destinée, ce qu’on en fait, comment on accepte ce qui nous arrive et comment on tente de vivre au mieux avec les événements les plus difficiles. Jules trouve son exutoire dans l’écriture, il met des années à en prendre conscience, mais l’écriture a une place très importante dans sa vie, ainsi que dans l’histoire d’amour qui parcourt le livre. Cette mise en abyme de l’écriture éclaire le texte, rend le personnage principal plus profond, et ajoute à la frustration que ressent le lecteur qui ne peut que se demander si Jules réussira finalement à atteindre « la fin de la solitude ».

La fin de la solitude, Benedict Wells, Edition Slatkine & Cie, 288 pages, 20 euros

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