Jusqu’au 28 avril prochain, Josiane Balasko redonne vie à la La Femme rompue de Simone de Beauvoir, au Théâtre Hébertot. Un monologue au ton amer et poignant. 

Chaque année, mars est un mois placé sous le signe du féminin avec la journée internationale du droit des femmes. Qu’on adhère ou non à ce concept, on apprécie les multiples hommages aux femmes qui ont marqué l’Histoire. Parmi elles, on retrouve inévitablement Simone de Beauvoir. Cette année, alors que les rééditions de ses œuvres (Le Deuxième sexe notamment) se multiplient, Josiane Balasko met La Femme rompue sur le devant de la scène.

La rencontre de deux caractères affirmés

Avec cette adaptation, on retrouve face à face deux talents aux caractères bien trempés. Qui réussirait à écouter quelqu’un geindre pendant un monologue de presque une heure ? Pour cela, il suffisait de réunir deux grands noms, à savoir Beauvoir et Balasko. D’un côté, une auteure qui a fait fi, très tôt, de la condition de son sexe et est devenue par ses pensées une figure du féminisme moderne. De l’autre, une comédienne qui, depuis quarante ans maintenant, sait se faire entendre sur la scène française. Réunies pour cette mise en scène, elles donnent parole à une femme rompue qui se retrouve seule, le soir du Nouvel An. Le personnage prendra la nuit pour passer en revue sa vie, de ses voisins qu’elle trouve trop bruyants au suicide de sa fille. Au fil de sa nuit blanche, ses discours, décousus, s’assemblent comme les pièces d’un puzzle, nous amenant à comprendre ce passé qui la plonge dans un tel état jusqu’à la priver de tout sommeil. Son désespoir se mêle à une paranoïa sans fond dans lesquels elle nous entraîne dans son sillage.

(photo by Pascal Victor/ArtComArt)

Mise en scène d’une nuit noire

Sur scène, la prestance de Josiane Balasko se suffit à elle-même. Nous la découvrons dans un décor minimaliste, allongée sur son lit orange qui tranche avec la scène plongée dans le noir (et qui devient petit à petit une méridienne de psychanalyste). Sans maquillage, une queue de cheval faite à la va-vite, elle est habillée de vêtements noirs également, et informes. Tout appuie sur la lassitude et le désespoir du personnage ; nous sommes loin des rôles comiques pour lesquels nous avons connu et reconnu l’actrice. Même lorsqu’elle murmure, son ton est amer, cinglant, sans appel. On ne pouvait rêver meilleure voix que celle de la comédienne pour redonner vie aux mots crus qu’utilisait si souvent Simone de Beauvoir. Le personnage trouve un réel exutoire à travers ce monologue. Hormis quelques coupes, Josiane Balasko a choisi de respecter au mot près le texte de l’auteure. On apprécie sa façon de faire ressortir les quelques éléments d’humour noir, plus saillants que lors de la lecture, ce qui empêche que le monologue soit trop plombant.


Au Théâtre Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles – 75017 Paris
Jusqu’au 28 avril 2018
De 15 à 42€

 

 

 

SHARE
Une oreille dans la musique, une main dans l'édition, un pied dans la culture.