Quand il nous est impossible de sortir de chez nous, il ne nous reste plus qu’à tuer le temps tout en observant la rue, nos voisins et leurs habitudes. C’est l’occupation principale d’Anna Fox, ce qui va l’amener à être témoin d’une situation pour le moins perturbante…

Ceux qui ont aimé le film d’Hitchcock Fenêtre sur cour, adoreront La femme à la fenêtre. Quand il s’agit de voyeurisme, A.J Finn réussit parfaitement à mettre en scène la vie d’une femme qui ne fait qu’observer ses voisins et analyse chacun de leurs gestes. Mais à la différence du personnage joué par James Stewart dans le thriller d’Hitchcock, on n’est jamais sûrs de pouvoir se fier à Anna, une pédopsychiatre agoraphobe depuis plus de dix mois, après qu’elle a vécu un lourd traumatisme.

Entre intérieur et extérieur, une frontière infranchissable

Le livre s’ouvre sur une femme qui décrit au lecteur, à la première personne, les habitudes de femmes et d’hommes, ses voisins, qu’elle suit chaque jour. On sent rapidement que quelque chose ne tourne pas rond, qu’il est impossible qu’une personne saine d’esprit occupe ainsi ses journées… Et pourtant, on ressent une forme d’attachement pour cette femme, mêlé de compassion, et on ne cesse de s’interroger sur ce qui a bien pu lui arriver pour qu’elle se retrouve à suivre, à travers l’objectif de son Nikon, les rendez-vous du club de lecture de sa voisine, les répétitions de violoncelle d’un autre voisin, ou la liaison d’une troisième voisine avec son artisan.

Les seules véritables interactions d’Anna se limitent à son psychiatre et à sa kiné qu’elle voit respectivement une fois par semaine. Et son seul exutoire – outre les médicaments que lui prescrit son psychiatre et l’alcool qu’elle s’auto-prescrit – est un site, l’Agora, sur lequel elle aide d’autres personnes dans la même situation qu’elle, à combattre leur agoraphobie. Et on ne parlera pas de sa situation familiale, qui n’est dévoilée en totalité qu’au fil des pages, pour ne pas vous gâcher votre lecture – même si vous vous douterez dès les premières pages de la vérité.

Anna, témoin d’un meurtre ou folle à lier ?

Et quand Anna est persuadée d’être témoin du meurtre de sa voisine à travers les fenêtres de sa maison, comment lui faire confiance ? Comment faire confiance à une femme qui mélange médicaments et alcool toute la journée, qui donne des conseils à des gens pour guérir d’une maladie dont elle souffre elle-même, qui ne peut pas mettre un pied dans son jardin sans s’effondrer ? Comment faire la différence entre de simples hallucinations et des faits réels ?

Ce sont les questions que se poseront tous ceux qui croiseront son chemin au fil des quelques semaines qui composent le roman : voisins, policiers, locataires, médecins, tous douteront d’elle. Et le lecteur sera lui aussi obligé de douter… On ne peut s’empêcher de vouloir croire Anna, de la soutenir au moment où elle est lâchée de tous, mais les doutes prendront parfois le dessus. Et c’est aussi tout ce qui fait la force du roman, de son impact sur le lecteur.

Dans une prose simple et directe qui fait qu’il est impossible de reposer le livre une fois qu’on l’a ouvert, A.J Finn nous offre un récit au croisement entre un roman policier et un roman psychologique, qui nous fait plonger dans les tréfonds des interactions sociales, et du jugement que porte la société sur certaines personnes… Ne l’ouvrez que si vous avez un peu de temps devant vous, ou bien arrêtez toutes vos activités le temps de dévorer ces presque 600 pages !

une femme à la fenêtre finn untitled magazine

« La femme à la fenêtre », A.J Finn, Edition Presses de la Cité, 528 pages, 21,90€

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Journaliste littéraire chez Untitled Magazine. Contact mail : m.ciulla@untitledmag.fr