Planté au coeur de la famine qui déchira la Finlande à la fin du XIXème siècle, « La Faim Blanche » est un ouvrage ciselé et puissant. Aki Ollikainen bouleverse et touche à l’universel.

Finlande, 1867. La famine frappe le pays avec une telle force que Marja, une mère de famille dévouée, est contrainte de quitter sa ferme pour de plus fastes horizons. Elle décide donc de s’enfoncer dans l’impitoyable hiver avec ses deux enfants, afin de rallier Saint-Pétersbourg. Pendant ce temps, un sénateur d’Helsinki médite sur la politique d’austérité en admirant les flocons de neige qui se déposent sur sa fenêtre. Vivants, morts, riches ou miséreux, les frontières se brouillent dans le froid glacial qui s’abat sur le pays et redistribue les cartes…

Vivre à tout prix

La Faim Blanche nous renvoie à un épisode historique bien peu connu, l’une des dernières marches pour la faim du XIXème siècle. La Finlande est déchirée par une schizophrénie que restitue justement l’auteur, ployant entre une violente austérité politique et le dépérissement humain causé par la famine. Aki Ollikainen décrit avec un style empreint de pudeur ces corps qui se meuvent inlassablement de villages en villages dans l’espoir de trouver à manger, un refuge ou une main tendue. Malgré la violence des images décrites, il parvient à éviter le pathos au profit d’une empathie et d’une poésie évocatrices. A travers le combat de Marja et de ses enfants pour vivre, il dépeint celui de tous les êtres humains, prêts à tout pour rester vivants. Un hymne à la vie, à l’amour et à la détermination.

Poésie méditative

De cet épisode solitaire et lointain que vivent Marja et les siens, Aki Ollikainen parvient à saisir l’essence du combat. Une essence magnifique, qui se mêle à la beauté des étendues meurtrières de la poudreuse Finlandaise, ring aussi impitoyable qu’époustouflant. Les paysages décrits sont grandioses, terrifiants et oniriques, suffisamment grands pour que tout s’y perde. Pourtant, l’auteur parvient à y trouver l’universel d’une condition qui réunit l’humanité toute entière.

« Au bout de cette route qu’on fait ensemble c’est la fosse commune qui nous attend. Et au bord, il n’y aura pas de curé pour faire l’appel. Lorsque les morts sortiront le jour du Jugement dernier, ils ne sauront pas à qui sont les os qu’ils ramasseront. (…) Nous faisons tous partie du même tas d’os, tous autant que nous sommes. » Une route qu’Aki Ollikainen trace avec délicatesse, unissant les morts et vivants dans un poème superbe sur la rage de vivre.

L’évocation de cet épisode passé remue le temps sans temps de tous les êtres qui foulèrent, foulent et fouleront le sol tortueux du vivant. La Faim Blanche est un premier roman magnifique, qui touche à l’universel avec une pudeur émouvante.

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« La faim blanche », Aki Ollikainen, Editions Heloise d’Ormesson, 160 pages, 16euros. 

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Rédactrice en chef de la section cinéma - Toujours à l'affut de l'indépendance, qu'elle soit cinématographique, musicale, littéraire ou ontologique.