Décalée, reprogrammée, 2021 aura tout de même permis la rencontre de Jean-Philippe Toussaint, Denis Podalydès et Aurélien Bory avec le public. La disparition du paysage jusqu’au 27 novembre au Théâtre des Bouffes du Nord.

Texte écrit pour être joué avant d’être édité et lu, La disparition du paysage a d’abord été glissé à Podalydès par Toussaint sous une table de café. Puis c’est autour d’un autre café que sa mise en scène s’est élaborée avec Aurélien Bory. Une série de rencontres pour donner à ressentir l’immobilité autant physique que psychique d’un homme bloqué devant une fenêtre à Ostende. Que fait-il, qu’attend-il, d’où vient-il ? Autant de questions qu’il se pose conjointement avec le public. Quand la curiosité fait la collaboration.

Un fauteuil roulant face à un mur noir. Corps et mémoire empêchés. Puis une ouverture suivi d’une autre. La bouche dos au public se met à parler et le mur se fend d’un rectangle de lumière blanche. Pendant que les paroles donnent naissance à un cadre biographique, le rectangle s’allonge laissant apparaître un ailleurs encore brumeux.

Ostende. Rééducation mais suite à quoi ? C’est là où l’homme bute. Impossible de se souvenir ce qui l’a mené sur la côte belge. Impossible d’ailleurs de se souvenir. Ne lui reste plus qu’à décrire son présent statique et les petits riens qui font vivre le paysage qu’il a sous les yeux. Surgit une lueur dans ce tableau : Tokyo, réminiscence d’une ville autrefois visitée. Puis Bruxelles et son Café Métropole s’impose à son esprit. Oublier Ostende, casser le mur et se souvenir de cet avant l’incident (accident ?). Le rectangle de lumière se module, varie d’intensité au fur et à mesure qu’affluent la trace d’un rendez-vous au café, la montée dans le tramway pour s’y rendre, puis le vide.

L’homme est-il une des victimes de l’attentat du 22 mars 2016 à Bruxelles ? Est-il vivant ou mort ? Qu’est-ce donc que cette vision d’Ostende qui petit à petit se bouche à cause d’une construction devant sa fenêtre ? À chaque réponse, une question qui la suit. Mais afin de laisser aux futur.e.s spectateurs.rices la possibilité de se plonger dans cette danse mémorielle et d’être touché.e.s par ce tourbillon final de rayons verts, il vaut mieux ne rien dire de plus.

De retour dans la nuit parisienne, reste à l’esprit l’interprétation pudique de Denis Podalydès, les mots mélancolique de Jean-Philippe Toussaint et la luminescente mise en scène d’Aurélien Bory.

« La disparition du paysage »
Texte Jean-Philippe Toussaint
Scénographie et mise en scène Aurélien Bory
Avec Denis Podalydès, société de la Comédie-Française

Au Théâtres des Bouffes du Nord jusqu’au 27 novembre puis en tournée.