Roman islandais, empruntant à la poésie, Dagur Hjartarson décrit la jeunesse avec beaucoup de flamboyance tout en tenant compte des problématiques de notre société. 

On se trouve entraînés dans la vie du narrateur, dans sa passion amoureuse pour Kristin, son incapacité de faire et son amitié tortueuse avec Trausti. C’est l’élan de la jeunesse mais aussi les questions de l’âge qui font la vitalité de ce roman.

Une déclaration d’amour

Le narrateur rencontre Kristin, une étudiante en droit prometteuse, belle, intelligente et ambitieuse – tout ce que le narrateur n’arrive pas à être. Livre hybride entre un recueil de poésie et le roman classique, la forme du roman tient plus du recueil. Cette déclaration d’amour est double, c’est une déclaration à Kristin, pour qui le narrateur nourrit une véritable passion amoureuse, mais aussi quelque chose de l’ode à la vie. Ce narrateur nous entraîne dans les arcanes de sa vie qu’il qualifie de désuète. Il n’est pas un étudiant brillant, il n’est pas non plus un artiste comme son meilleur ami Trausti, il semble traverser sa vie à travers l’amour, d’où cette déclaration.

« Tous les artistes ne sont pas des bons amants, mais tous les bons amants sont des artistes. »

Pendant tout le roman, le narrateur décrit avec passion ce que l’amour fait à la vie et à la société selon lui, à travers le prisme de sa relation avec Kristin qu’il encense.

« Lorsque Kristín et moi étions en vacances ensemble, nos jours devenaient nos nuits avant de redevenir nos jours, qui redevenaient nos nuits. […] Nous étions aussi proches l’un de l’autre que deux individus peuvent l’être. » 

C’est une déclaration à l’amour, et à la poésie qu’écrit l’amour, que nous livre ce narrateur dont on ne connaît pas le nom. Dagur Hjartanson est d’abord poète avant d’être auteur de roman, ce qui se ressent beaucoup dans l’écriture.

Des affres de la société

Ode à la vie et à la jeunesse, Dagur Hjartanson nous livre une fresque flamboyante dans la figure du narrateur qui n’en est pas moins tragique. L’Islande est frappée par la crise économique, ce qui met en péril l’avenir de la jeunesse islandaise. Cependant le narrateur refuse de tomber dans le marasme et trouve sa porte de sortie dans sa relation amoureuse.

Trausti est le meilleur ami du narrateur, personnage un peu lunaire et alarmiste, c’est aussi un jeune artiste prometteur. Il se met en tête de réaliser la statue du directeur de la Banque centrale d’Islande. Dans ce processus, on peut voir toutes les questions de la jeunesse, toutes les problématiques de la société moderne à travers la crise économique. Ce personnage est annonciateur des déboires de la société. La narrateur se trouve pris entre son histoire d’amour et sa loyauté envers son meilleur ami.

Ainsi ce roman s’articule entre une histoire d’amour et une histoire de la jeunesse. Premier roman prometteur pour cet auteur poète.

« La dernière déclaration d’amour », Dagur Hjartarson (traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün), Editions La Peuplade, 320 pages, 19€