Jusqu’au 17 juillet 2016, le Musée d’art Moderne de la ville de Paris propose un retour sur l’histoire de la photographie. Une riche plongée !

Le commissariat de cette exposition a été pris en charge par le photographe néerlandais Jan Dibbets. Il faut le préciser tout de suite car, si elle n’est pas courante, cette collaboration entre l’artiste et la scène institutionnelle s’établit ici comme fondamentale. Connu pour ses débuts conceptuels, Jan Dibbets a très vite compris l’importance et la richesse de la photographie. Il la considère, de même que Markus Kramer, comme la genèse de l’esthétique actuelle. Dans cette teneur et persuadé des qualités que peut apporter à l’histoire de l’art ce médium chéri, Jan Dibbets s’est attelé à orchestrer un espace où la photographie déploie toute son envergure.

Peinture vs photographie, le combat d’une génération

L’impulsion première de ce parcours dans le temps est de démontrer combien le passé influence les travaux actuels et comment il impulse ceux à venir. Retraçant une Histoire sans pour autant faire état de barrières chronologiques, l’exposition manifeste plusieurs temps. Ingres est présent le premier, annoncé par Jan Dibbets comme précurseur de la photographie couleur. Commencer une exposition sur l’histoire de la photographie par une peinture (ou par sa représentation) permet de faire état des relations chaotiques entre les deux médiums. L’opposition bien manifeste des fervents défenseurs du pigment, radiant complètement cette photographie qu’ils jugent nuisible, se dessine dès le départ. La décriant, la considérant comme une manifestation pure du narcissisme des masses, la comparant à l’imprimerie, la tolérant comme simple illustration scientifique, les anciens sont catégoriques : la photographie n’est qu’un outil du progrès. Baudelaire dira d’ailleurs dans le Salon de 1859 « L’industrie, faisant irruption dans l’art, en devient la plus mortelle ennemie ».

La photographie comme outil scientifique

L’instrument de l’industrie, du progrès, voilà ce qu’est d’abord la photographie. Jan Dibbets ne s’en défend pas et offre à voir une multitude de travaux sur le sujet : des études de Karl Blossfeldt, de William Henry Fox Talbot ou de Anna Atkins s’arrêtent sur les formes et les structures végétales ; s’offrent à voir des appréciations de l’immensément petit et de l’immensément grand passant de Paul et Prosper Henry à des images de la Nasa. Les expérimentations, l’observation des espaces, des lieux, les analyses sur le monde du vivant, la découverte des mécanismes du geste, les jeux sur la technique, les recherches imagées sur la physique se retrouvent pourtant parfois côte à côte avec des œuvres beaucoup plus récentes. Ces ponts jetés entre les temps participent d’un constat : l’objet permettant hier de comprendre le monde s’ouvre aujourd’hui à des expérimentations artistiques et sensibles.

La photographie comme expérimentation et dépassement du réel

Les liens se font, les liens sont faits. La série de Giuesppe Penone Rovesciare I propri occhi progetto oblige à se rapprocher, à voir dans une pupille évolutive le monde infime et changeant. La Radiographie du crâne de M. O. de Meret Oppenheim pousse à comprendre l’envers du dedans, les photographies de Man Ray traitent des formes et des structures, la Draperie de XLIX de Welling interroge la matière et la texture. Muybridge et ses Animal Locomotion font écho aux répétitions de Walker Evans (Penny Picture display), aux gestes de Bruce Nauman. Les paysages, la nature de Robert Smithson, de Stiegler rappellent les travaux de Gustave le Gray…

Les photographes qui ont expérimenté les prémices du médium ont considérablement influencé les générations suivantes. Aujourd’hui la photographie est un tremplin, un tremplin vers le monde numérique, vers un ailleurs en construction. Le vrai et l’objectivité, décriés il y a quelques siècles, sont dépassés. Les artistes courent au-delà des frontières du réel. La photographie devient alors objet photographique et se décline comme technique, comme déformation abstraite, comme assise tridimensionnelle. Thomas Ruff, Seth Price, Spiros Hadjidjanos, James Welling et tant d’autres se sont appropriés ce que l’histoire a laissé. Ils promettent des générations d’expérimentations visuelles toujours plus surprenantes.

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Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
11 Avenue du Président Wilson
75116 Paris
Jusqu’au 17/07/2016

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