Toute jeune figure du rock français qui se hisse avec brio sur les scènes gauloises, Kursed c’est d’abord et avant tout la réunion fortuite de quatre amis montpelliérains : Hugo à la guitare et au chant, Romain à la batterie, Ari à la guitare et aux choeurs, Thomas à la basse. Se définissant eux-mêmes comme un groupe rock-indie aux accents grunge et blues, ils manient habilement différentes influences iconiques (des Arctic en passant par les Black Keys) pour mieux les transcender et proposer une musique personnelle aux riffs échaudés et à la mélodie pulsée. Actuellement en tournée en France pour la sortie de leur EP «Apple», le groupe passe ce soir au Bus Palladium, accompagné des groupes Heat Parade et The wealthy hobos. On s’est donné rendez-vous hier soir autour d’un verre, pour parler EP, envies, rêves et libertinage (non je déconne c’est pas vrai)…

© Ange Della Maggiore
© Ange Della Maggiore

Une petite présentation ? Votre parcours, ce que vous avez fait avant, comment vous en êtes arrivés là ?

Hugo : Alors, j’ai formé le groupe avec Thomas, à la basse, quand on avait 13 ans. On savait pas jouer de musique, on a appris ensemble. On était un trio au départ, on faisait du rock grunge. Puis après on a commencé à composer, à écrire des chansons, à faire des concerts… Plus qu’une passion, c’est devenu une raison de vivre le groupe. (En regardant ses amis) C’est vrai non ? (Rires) Et voilà. On a fait ça, Romain nous a rejoint et Ari plus tard. On a tous un parcours un peu musical. J’ai rencontré Romain à une école de jazz, j’ai rencontré Harry à une école de lutherie, on fabriquait des guitares et avec Thomas on est des amis d’enfance, on se connait depuis qu’on est bébé.

Thomas : Kursed c’est un groupe qui est né un peu par hasard, du jour au lendemain. On faisait pas de musique avant. On a pas cherché des musiciens en se disant « on va faire de la musique ». On savait rien faire !

Hugo : En fait l’anecdote, c’est que l’ancien batteur est devenu batteur parce que son père avait une batterie, le chanteur est devenu chanteur parce que son père était DJ et avait un micro.. Il nous a quittés y’a bien longtemps, je l’ai remplacé y’a 10 ans. Lui (Thomas), savait pas ce que c’était qu’une basse, et puis je l’ai eu par les sentiments et je lui ai dit « tu vas passer tes week-ends tout seul si tu viens pas dans le groupe ». Du coup je lui en ai fait écouter dans l’intro d’un album de The Offspring.

Thomas : Ca aurait pu être du triangle ça aurait été pareil !

Donc Hugo, c’est toi le centre du groupe ?

Hugo : En fait c’est juste que ça m’a pété du lendemain. J’ai vu un clip à la télé j’ai voulu faire ça. J’vais peut-être dire un truc un peu cliché mais ça allait pas très bien dans ma famille et je me suis mis dans la musique. J’avais l’impression que c’était la seule chose que je savais faire et qui était utile : c’était ma façon de boxer un petit peu, tu vois.

Oui tout à fait ! Quand je vous ai découvert sur 3eme gauche TV, avec « Tsa tsa tsu », j’étais ravie de sentir l’influence des Arctic Monkeys, de Nirvana et des White Stripes, que l’on retrouve aussi sur votre dernier EP sorti en septembre, « Apple ». Comment vous gérez ces influences, comment se fondent-elles dans votre musique ?

Ari : En tout cas on s’en cache pas, on écouté énormément et on essaie de faire un mélange de ce qu’on aime. On aime que ça se retrouve dans notre musique et c’est pas du tout quelque chose dont on a honte, ça nous dérange pas qu’on nous compare à tel ou tel groupe, tant que c’est plutôt justifié ça va.

Hugo : on aime que la musique soit cohérente, que ça parte pas à droite à gauche. Au début c’était difficile quand on a commencé le groupe, on a commencé à écouter plein de choses et notre musique était un peu trop alternative pour que les gens puissent s’y retrouver. Et là j’ai l’impression que depuis qu’on a cette formation, depuis 3 ans, on a vraiment trouvé le style qui nous ressemblait : ce rock indie avec des touches un petit peu blues et parfois un petit peu plus grunge.

Vous vous rangez dans la catégorie des groupes « rock indépendant » mais en fait ça veut un peu tout et rien dire. Comment vous définiriez votre style ?

Hugo : C’est parce qu’on savait pas quoi dire (Rires). Ce que j’aime expliquer c’est qu’on se sent proche de la nouvelle scène de garage rock apparue au début des années 2000, avec les White Stripes, les Strokes, les Arctic Monkeys un peu après, toute cette scène revival. Ils appelaient ça du garage rock mais c’est pas vraiment du garage rock en fait.

Du coup, comment votre EP a pris forme ? Comment vous écrivez, comment vous vous synchronisez ?

Hugo : En gros je trouve des riffs que j’enregistre à la rache chez moi et je leur propose. Soit ils valident soit ils valident pas. S’ils valident on travaille ensemble, chacun trouve ses parties et chacun donne ses idées. C’est vraiment un gros débat, et on monte tout le reste ensemble.

Et les paroles ?

Romain : Là c’est vraiment Hugo. Il fait plus que des riffs aussi.

Hugo : Oui voilà, j’aime bien me dire que je suis une base solide, mais après je suis pas du tout fermé. Il faut que ça évolue et que chacun y mette sa patte.

Ari : Après pour cet EP là on a demandé l’aide de Lionel Buzac du groupe Soma, avec qui on a fait une résidence pendant 4 jours. Il nous a conseillés, fait retravailler les morceaux et donné plein d’idées : c’est toujours intéressant d’avoir une oreille externe au groupe. C’est lui qui a fait l’enregistrement aussi.

Hugo : On a tout enregistré d’un coup, l’EP et l’album (Misophone) en 5 jours en prise live. On a continué pour les voix plus tard, et on a mixé l’EP plus tôt pour le sortir avant. Et l’album était déjà tout enregistré.

Alors cet album, il est pour quand ?

Hugo : Il devait sortir en avril et finalement il va sûrement sortir en septembre.

Est-ce que le titre de votre album, « Misophone » (i.e haine du son), a un rapport avec l’album « Melophobia » (i.e qui n’aime pas la musique) de Cage The Elephant ?

Hugo : Alors non, mais bien joué quand même ! C’est un album qu’on a tous adoré. Au début je voulais appeler l’album Misophonia.

Thomas : Je crois que t’avais eu l’idée avant que l’album de Cage The Elephant sorte.

Hugo : Oui c’est ça, et du coup je me suis dit qu’on pouvait pas l’appeler Misophonia. J’adore ce groupe mais pour le coup c’était pas voulu. Tant pis pour moi !

A propos de cet album, Matthew Schultz (chanteur de Cage The Elephant) avait dit qu’il souhaitait faire une musique honnête, en évitant au maximum la synthèse sonore. Est-ce que vous vous retrouvez là-dedans ?

Hugo : Honnêtement, j’ai peur des choses modernes. Si je dois enregistrer une démo, au lieu de prendre une fausse batterie, je préfèrerais taper sur un bout de bois ou sur une table pour faire la percussion. Je suis un peu à l’ancienne pour ça. C’est ce qui nous attire, les choses un peu vintage, que ce soit pour le matériel ou pour les groupes.

(Pause) Hugo : Oh les gars me laissez pas tout seul là ! J’ai pas envie que ce soit l’interview de Hugo ! Quelqu’un a dit une connerie ? Bon faut écouter la connerie alors.

L’ami philosophe (qui apparaît dans le clip Apple où il porte un grand haut de forme) : Comment on appelle deux canards qui se battent ? Un confit de canards. (Rires).

Comment c’était de jouer avec Last train et Twin Arrows à Perpignan ?

Hugo : C’était génial ! On a déjà partagé la scène 4 fois avec Twin Arrows et 3 fois avec Last train, du coup on a sympathisé et ce sont les deux groupes français qu’on aime le plus dans le milieu du rock. On trouve qu’ils font vraiment partie de la scène émergente. On en parle souvent en interview parce qu’on les a aimés humainement et on adore ce qu’ils font. On a enchainé avec Victoire 2 à Montpellier pour les sélections régionales du festival des Inouïs du Printemps de Bourges, et on y a rejoué deux semaines après.

Et sur la scène rock française, il y a des groupes qui vous plaisent ?

Hugo : Les groupes de rock c’est souvent live, du coup je pense surtout à des groupes avec lesquels on a joué. Last train et Twin Arrows donc, The psychotic monks et The Dukes. J’ai eu l’EP des Fuzzy Vox ça a l’air pas mal aussi. En France y’a plein de super groupes, c’est juste qu’on en parle pas beaucoup.

Vous avez vos petits favoris parmi les groupes qui participent à la sélection du festival des Inouïs ?

Hugo : En France, Theo Lawrence, avec le même manager que les Fuzzy Vox. Ca j’adore, la vieille country. Je l’ai vu ce jeune artiste et j’ai trouvé ça génial. Après à Montpellier rien me plaisait, tout ce qu’il y avait c’était trop mou.

Thomas : En fait on a surtout pas eu le temps de les voir.

Demain c’est le Bus Palladium et c’est génial ! Vous vous sentez comment ?

Thomas : Bah écoute, on est en train de boire des bières là. Est-ce qu’on se sent mal ?

Ari : On est contents, ça fait longtemps qu’on était pas venus à Paris. Depuis la sortie de l’EP pour la Release party à l’International le 23 septembre. Où on a joué avec les Psychotic Monks d’ailleurs !

Bon, et sinon, est-ce qu’un album vous a marqué au point de vous faire dire « Putain, c’est ça que je veux faire ! » ?

Hugo : Nirvana. Oui, ça doit être « Nevermind ».

Thomas : Nirvana pour moi aussi.

Ari : « Elephant » des White Stripes m’a beaucoup marqué.

Romain : « Magical mystery tour » des Beatles. Le son, la composition… Tout ! Surtout la composition.

Est-ce que vous avez des influences autres que musicales qui sont importantes pour votre musique ? Du ciné, des bouquins ?

Hugo : Je pense plus au cinéma et au côté visuel, parce que quand tu fais de la musique souvent on te parle de clip. Il faut que le visuel soit cohérent et c’est difficile parce qu’on est pas graphistes mais plein de films m’inspirent, avec des styles d’images, des idées un peu salaces. Ce qui m’inspire c’est la vie en général, l’expérience humaine. Je déteste juste la science-fiction, mais j’aime beaucoup les films avec des enjeux relationnels, les films un peu psychédéliques aussi, les histoires d’amour un peu sales comme Sailor et Lula.

Thomas : Pour moi ce sont des choses qui existent. Les sabres lasers on s’en fout. Ce qui compte ce sont les histoires d’amour un peu salaces, qui peuvent exister ; tu ressens quelque chose et tu t’identifies. On aime beaucoup Tarantino.

« Des histoires d’amour un peu salaces ». Dis m’en plus !

Hugo : C’est con, mais on vit des histoires avec des gens de notre âge, et ce qui m’inspire c’est les filles, le sexe, l’amour… C’est tout ça ! Et je pense que c’est pareil pour tout le monde.

Et pour finir, qui est-ce que vous voudrez être quand vous serez grands ?

Hugo : Moi un mec comme Josh Homme de Queens of the Stone Age qui a son propre groupe et qui fait aussi de la prod’ et s’occupe d’autres groupes.

Thomas : C’est le genre de question qu’on m’a jamais posé, alors du coup je me projette pas du tout. Je peux pas savoir, je sais pas dans 6 mois déjà. Ce qui est sûr c’est que je reste dans la musique. C’est impossible de sortir de ce milieu là.

Ca y est vous avez trop goûté au succès !

Hugo : Tu parles, on a rien goûté du tout, je suis à -700 balles ! C’est clair on a de belles opportunités, mais ça veut dire quoi le succès en fait ? On est des modestes. On veut pas s’attirer le mauvais oeil. On s’appelle Kursed, ça veut dire maudits, on joue avec le feu : c’est vraiment les bâtons et les roues, on fait tout tout seuls ! Odyl, notre manager, nous laisse beaucoup de liberté et nous apporte beaucoup, on est décisionnaires de tout ce qu’il se passe. C’est vraiment LA rencontre.

Romain : Nos morceaux sont à nous, on a pas à les céder et ça c’est vraiment rare.

Un groupe talentueux et attachant, que vous pouvez retrouver ce soir au Bus Palladium à 20h ! Pour accéder à l’évènement, c’est par ici, et pour écouter leur nouvel EP, c’est juste là :