De Beyrouth à Oran en passant par Bombay et Calcutta, laissez-vous emporter par les sonorités de l’Orient du groupe Ko Shin Moon. Récent lauréat du dispositif Give Me Five! , le groupe sera sur la scène de laPlage de Glazart

Niko Shin et Axel Moon sont amis mais aussi musiciens depuis une dizaine d’années. Et c’est en janvier 2017 que le groupe décide de concrétiser son projet musical. S’inspirant des gammes et des teintes orientales, mêlant instruments traditionnels et éléments électroniques (boites à rythmes ou synthétiseurs), on se laisse porter par ces expérimentations ethno-musicales.

Est-ce que tu peux nous parler de la formule que vous avez proposée à la Java ?

A la Java, on a fait un set qu’on fait en live sur des concerts, en un peu plus court, plus réduit à cause du format de 20 minutes. Normalement sur scène, j’ai deux voire trois instruments, ici je n’en avais qu’un. On a proposé un set très électronique, assez dense, mais toujours dans une ligne identifiable. Généralement, on propose des formules et des schémas musicaux qui varient en fonction des lieux, on aime bien garder des aspects improvisés.

Quel était cet instrument avec lequel tu t’es présenté sur la scène de la Java ?

A la Java, j’ai ramené un bağlama, c’est un instrument turc, un luth à trois doubles cordes. Celui que j’ai utilisé est une version électrique, que je branche avec des pédales. C’est un des instruments les plus populaires de Turquie où il est très joué dans des contextes folk, sacré, rituel mais aussi dans des registres plus « modernes », pop, rock soit en version acoustique, soit électrique. Il y a des virtuoses du bağlama qui ont développé des techniques de jeux différentes.

Au niveau des voix, vous restez plutôt sur l’anglais et le turc ? Qu’est-ce que les paroles abordent comme sujet ?

Sur scène on reprend des morceaux turcs comme « Lambaya Püf De » qui parle du désir, c’est un texte presque érotique.

C’est un air traditionnel qu’on affilie au genre Kasik Havasi (qu’on peut traduire par Danse ou Rythme des cuillères). C’est un morceau traditionnel mais qui a été repris dans l’anadolu pop, qui est en fait la pop-rock qui s’est développée dans les années 70 en Turquie. Sur ce set on a majoritairement utilisé le turc et l’anglais, après, sur d’autres lives, on choisit de jouer avec des textes en Ourdou ou Hindi. C’est une langue que je parle un petit peu, c’est plus simple pour moi pour y récupérer des textes, des poèmes. Le turc, je le comprends un petit peu mais j’ai quand même besoin de traduire parce que j’aime bien savoir ce que je dis quand même (rires).

D’où vient votre connaissance de cette musique-là ? Principalement de vos voyages ?

J’ai vécu pas mal en Inde, je me suis d’abord intéressé aux musiques indiennes, très classiques au début.Et au fur et à mesure, j’ai trouvé ça un peu trop rigide dans l’apprentissage. Du coup, en parallèle à la musique classique, j’ai aussi écouté beaucoup de pop, du Bollywood, de la musique d’Inde du Sud, et aussi de la musique folk.

Dans vos musiques, on retrouve les sonorités d’Acid Arab, des sœurs A-WA ou encore Baba Zula, est ce que vous vous retrouvez dans leurs inspirations musicales ?

C’est clair qu’on se rapproche de ces groupes. Ce sont des musiciens qui ont la même démarche que nous. Après, Acid Arab, ce sont des français issus du milieu techno/dj. Ils ont découvert ces musiques-là et s’en sont inspirés. Baba Zula, c’est un groupe turc dans une démarche d’expérimentation, mais ils reprennent vraiment un patrimoine turc, ils le jouent de manière plus psyché, avec des influences plus électroniques. A-Wa, les trois sœurs, réinterprètent des chants yéménites en les mêlant à des éléments électroniques.

Ces trois groupes associent musiques orientales au sens large et éléments électroniques. On partage avec ces artistes une esthétique commune, mais on ne se voit pas comme groupe centré sur la musique orientale, on essaie de faire cohabiter différents genres, styles et répertoires. On est dans une démarche d’expérimentation, de réutilisation de formes traditionnelles.

Quel a été votre meilleur souvenir sur scène ?

On a fait une scène, une de nos premières scènes, on a joué à un festival « Borgofuturo » en Italie et il avait invité Bombino, un guitariste du Niger, assez connu. Ce qui était surtout cool, ça se passait dans un tout petit village, abandonné après le séisme en Italie, c’est un village en désertion rurale. Ce sont des jeunes qui reprennent la ville, le maire a donné des espaces à des jeunes pour reprendre le village et faire revivre le lieu. C’est dans la campagne italienne, il y a du monde et une super ambiance ! On a eu pas mal de soucis de sons, ça a duré vraiment une quinzaine de minutes, mais les gens sont restés ! C’était une de nos premières scènes !

D’où vient le nom Ko Shin Moon ?

Ça vient d’un album de Haruomi Hosono, l’ancien bassiste du Yellow Magic Orchestra qui a fait un album qui s’appelle « Cochin Moon ». C’est un concept album qui se veut la bande originale d’un film Bollywood n’ayant jamais existé. C’est un album très synthétique, avec beaucoup de machines, des claviers mais inspirés par l’univers indianisant. Ça représentait le concept de ce qu’on voulait faire : aller visiter un territoire, un lieu, des musiques et ensuite les rejouer avec nos moyens, notre manière.

Quelles étaient vos attentes pour Give me Five ?

On était accompagné par un dispositif de FGO-Barbara, c’est eux qui nous ont conseillés. On est un groupe assez jeune, on a besoin aussi d’un soutien à la fois de réseau et de nous maintenir dans une dynamique. C’est important d’avoir une structure qui nous accompagne, de pas être seul dans notre démarche.

Le groupe se produira en concert à la plage du Glazart le 20 juin prochain à Paris, le 22 juin à Le Terreau à Genève en Suisse, le 13 juillet au Plek à Gand en Belgique.

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Journaliste et fondatrice de untitledmag.fr Contact mail : m.heckenbenner@untitledmag.fr