Notre rencontre , réel fruit du hasard, se fit dans un petit bar, lors d’un week end de salon du livre. Jules Gassot, jeune auteur égal à lui même, venu tout naturellement vers nous, groupe d’adolescents fêtards, pour discuter.

Sans page wikipédia à son nom, impossible alors pour nous de le (re)connaître. Mais sa sympathie et son sens de la modestie nous plûmes. Depuis quelques mois, nous entendions de plus en plus d’éloges sur son premier roman « On a tué tous les Indiens ». Untitled Magazine l’a retrouvé début novembre pour une interview.

Jules Gassot, âgé de 31 ans, partage sa vie entre Paris et la province bourguignonne. Né d’un père producteur de cinéma, il entreprit des études de cinéma qui l’emmenèrent de New York à Bruxelles. Il fit ses premiers pas d’écriture dans la revue Bordel et publia un premier recueil Manuel de savoir-vire à l’usage des jeunes filles. « On a tué tous les Indiens », est son premier roman.
Il nous entraîne dans le cauchemar de la rupture amoureuse. Benjamin Chambertin, administrateur de production dans le cinéma, s’apprête à fêter ses 30 ans, quand Julie, avec qui il vit depuis maintenant 7 longues et belles années, le plaque sans prévenir. « C’est quoi une rupture? Deux êtres qui se disent au revoir en sachant qu’ils ne se reverront jamais. Deux enfants qui font la guerre, pas dans le même camp. Deux joueurs avec les mauvaises cartes qui ne veulent pas perdre. Une rupture c’est un truc dégueulasse qui arrive par surprise. C’est le gouffre où l’on sombre comme lorsqu’on est amoureux. Une rupture c’est la mort qui change de nom parce qu’on est toujours vivant. ».

Ce livre se démarque par sa plume acérée et par la force poétique de son écriture. N’ayez donc crainte de tomber dans une énième histoire d’amour à l’eau de rose. Certains seront touchés par les souvenirs que la sensibilité de ce livre ravive; d’autres en rigoleront. Ou bien les deux à la fois.

« Jules Gassot m’a remémoré cette période où l’on écrit pour se sauver, parce qu’on accorde au roman une importance qu’il n’a plus »
                                                                                                      FRÉDÉRIC BEIGBEDER

Untitled Magazine : Peut-on prendre du plaisir à écrire un roman sur sa propre rupture amoureuse ? Y a t-il des bienfaits à cela ? 

Jules Gassot : A écrire bien sûr, à relire… Contrairement aux gens, les mots sont là pour être aimés. Ecrire sur sa rupture est une façon de la prolonger, c’est le seul bienfait. C’est une manière de la refuser. Ça revient à ne pas payer une contravention, en sachant qu’un jour où l’autre il faudra passer à la caisse, et ce jour là, l’amende sera majorée.
 

UM : À travers les « méandres » de cette rupture amoureuse, il y a une forte critique de votre époque et de votre génération. Être trentenaire en 2015 c’est si moche que ça ?

C’est terrible. Trop vieux pour celles qui passent leur bac à la fin de l’année, trop jeune pour Monica Vitti.

UM : Votre roman est d’ailleurs rythmé par de courts chapitres, chacun d’entre eux porte le nom d’un Western, on connait votre affection pour le 7 ème art, quelle est ainsi la part d’influence du cinéma sur votre écriture ? 

La seule influence serait celle du duel dans les westerns. Comme la balle qui vise juste, j’essaie d’écrire avec précision. Je ne sais pas si les gens connaissent ma passion pour le cinéma, mais c’est vrai que j’ai travaillé sur pas mal de films, comme assistant.

UM : Mais à ce propos, d’où vient cette passion pour l’écriture ? Comment avez vous appris à développer votre style d’écriture ? 

J’ai une passion pour la lecture, certainement pas pour l’écriture !  Comme personne n’a voulu de moi en hypokhâgne, je n’ai rien appris du tout, ou alors dans les rayons des librairies. Peut-être que Paul Valéry a raison quand il dit que le diplôme est l’ennemi mortel de la culture. Le style, c’est une affaire de goût. Je fais ce que je peux avec ce que j’aime. Je préfèrerai toujours une bouteille d’eau au mauvais vin, après je bricole et ne cède pas.

UM : Pourtant dans le roman, l’alcool est omniprésent, votre personnage ne cesse de boire, nous nous sommes rencontrés dans un bar. Coïncidence ?

Je crois sincèrement que la vie est une maladie qui se soigne au whisky.

UM : Arrivez-vous au jour d’aujourd’hui à vivre de vos écrits ? 

Absolument… pas.

UM : On commence à vous voir de plus en plus sur internet, d’ailleurs, quelle impression ça fait d’avoir eu un article dans Valeurs Actuelles ? 

Le journaliste, Pierre Dumazeau, a lu le livre au moment de sa sortie et l’a trouvé bon, enfin c’est ce qu’il m’a dit au moment de publier son papier. On peut ne pas être d’accord avec ce magazine, mais je suis la preuve qu’ils lisent des premiers romans, ce n’est pas le cas de tout le monde.

UM : Quels sont maintenant vos projets ? 

Epoque oblige, je développe mon aspect couteau suisse autour des films.  Hourrah pour n’importe quoi, du moment qu’il y a des coups à donner et à recevoir, c’est de Paul Morand mais ça me va très bien. Poursuivre l’écriture dépendra des lecteurs et de leur rencontre avec le livre. S’ils l’aiment, je prolonge, s’ils le condamnent… je continue.

Jules Gassot

À coup sûr ce livre lui ouvre la porte d’un monde meilleur : « Jules Gassot est un auteur à surveiller de (très) près », comme dirait l’autre. On espère le retrouver très vite dans les rayons de nos librairies. Sans oublier sa page Wikipédia.

« Le corps des femmes est ce qu’il y a de plus pur, de plus sacré, de plus éclatant ici bas. À côté, les étoiles, les montagnes et les océans ne sont rien d’autre que de vulgaires copies »

« Pourquoi m’as-tu laissé t’approcher pour me piller ainsi ? Vampire ! Me voici vacciné, je ne rêve plus que d’avoir été »

On a tué tous les Indiens de Jules Gassot
Édité chez ROBERT LAFFON
18€

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Culture & Société