Bernard MacLaverty signe un roman enivrant, en plein dans le quotidien d’un couple âgé, et nous pousse vers une réflexion sur l’amour, la tendresse et la beauté de vieillir ensemble.

Gerry et Stella, originaires d’Irlande du Nord, habitent à Glasgow. Tous deux semblent vivre ensemble depuis toujours, ils ne sont plus un jeune couple. Grands-parents même, ils sont à la retraite depuis plusieurs années. Et en guise de cadeaux de Noël, Stella leur a offert un week-end à Amsterdam, ville dans laquelle elle n’est plus revenue depuis trente ans, mais avec une idée derrière la tête. Elle aimerait se rendre dans un lieu particulier, mais seule, sans Gerry. Stella est croyante, catholique alors que Gerry ne croit en rien et préfère assouvir son penchant pour l’alcool, avec lequel il a un sérieux problème. Mais ce n’est guère un homme violent, envers sa femme, plutôt le contraire. Il veille sur Stella, s’inquiète, ne la quitte jamais des yeux.

Ici, pendant ce séjour néerlandais, Bernard MacLaverty nous plonge dans l’intimité de ce couple âgé. Il décrit avec brio les rites de la cohabitation d’un vieux couple, qui depuis longtemps ferme les yeux sur les petites manies ou les mouvements de l’un et de l’autre. « La technique de Gerry consistait à parcourir les galeries en tournant systématiquement à gauche jusqu’à ce qu’il ait visité toutes les salles. Au début, ils marchèrent ensemble. Mais parfois Gerry dédaignait des murs entiers de tableaux, leur accordant à peine un coup d’oeil, et Stella lui emboîtant le pas en se demandant pourquoi il faisait cela ».

L’amour au troisième âge

L’auteur prend son temps, s’attarde sur les petits détails de chacun, sur la personnalité, parfois très différente, des personnages jusqu’à nous dévoiler le terrible drame qu’a dû affronter ce couple. En parallèle de cette histoire, il mêle l’histoire nord-irlandaise à l’histoire personnelle de Gerry et Stella, qui se retrouve plusieurs fois dans la tourmente, pensant y avoir survécu. Mais ces blessures pourtant invisibles, font partie d’eux-mêmes, et sont indéniablement ancrées à leurs corps, dans leurs esprits et au sein de ce couple.

Bernard MacLaverty signe un roman subtil et nous livre un portrait attachant et réaliste d’un vieux couple. Autour de l’intrigue, il amène ses lecteurs à réfléchir et se questionner autour de la solitude, de l’amour, des blessures de la vie mais surtout de la difficulté de vieillir ensemble.

« Jours d’hiver », Bernard MacLaverty, traduit par Cyrielle Ayakatsikas, Edition Rivages, 300 pages, 21,90 euros