Septième spectacle dont il signe la mise en scène, Jacques Gamblin, plus connu comme acteur, nous présente une amitié épistolaire dans Je parle à un homme qui ne tient pas en place. À voir au 104 jusqu’au 31 mars.

En 2014, Thomas Coville ami de Gamblin mais aussi navigateur tente une nouvelle fois de battre le record du tour du monde en solitaire. Compère resté à terre, l’acteur se prend de passion pour cette course contre la montre et les flots. Débute alors une singulière relation épistolaire.

Je(ux) d’espace

Afin de nous faire vivre la particularité de cette épisode de leur relation, Jacques Gamblin nous accueille seul sur scène. Faisant comme si son ami venait de partir en mer, il s’installe devant son écran d’ordinateur dans ce nu et vaste espace terrestre. Nous partons alors à la recherche du marin. Sur une grande toile hissée au préalable par deux assistants, se projettent des images satellites. Ici, là, ce petit point jaune en mouvement qui vient de quitter les côtes françaises ! Un lien visuel étant fait, voyons si à présent, les réseaux satellitaires peuvent transmettre les pensées du pieds-à-terre. Les dates s’inscrivent alors sur la toile, les mots d’encouragements mais aussi les considérations plus prosaïques et les réflexions existentielles se font entendre sans pour autant savoir si le destinataire visé les reçoit. L’importante superficie de la scène sur laquelle se meut seul Gamblin face à ce large écran, nous donne d’autant plus à ressentir l’espace physique qui sépare les deux hommes. C’est alors qu’un appel survient. Brouillé, haché par les éléments, ce signe de vie de l’interlocuteur des mers redonne espoir. Le petit point jaune qui se déplaçait dans son propre monde, se matérialise sur scène et entre en contact direct avec la réalité conté par l’acteur. L’échange tant désiré, semble t’il a lieu et donne un regain de vigueur à la verve de Gamblin. Les jeux de mots s’enchaînent avec frénésie sans pour autant qu’un véritable dialogue se déploie.

crédits images : Nicolas Gerardin

Seul en scène

Pendant 1h30 la parole est bien présente mais elle est individuelle. Gamblin nous fait face, seul sur scène, accompagné de sa dizaine de lettres. Malgré cela rien ne nous est véritablement dit sur le lien ou les liens qui unissent ces deux hommes. Fortuitement nous débarquons à un instant stimulant de leur amitié mais nous avons du mal à en percevoir toute la spécificité ainsi que l’influence que cet événement partagé va avoir sur leur relation. Est-ce la première fois que ces deux amis se retrouvent séparés par les éléments ? Ont-ils l’habitude de se confier l’un à l’autre ? Ou bien cette distance est-elle nécessaire pour se parler librement ? Au sein même de la représentation, il n’est pas aisé de le savoir. De ce fait, les tirades sur l’amitié, les envolées lyriques semblent quelques peu fades. D’autant plus qu’au fur et à mesure du parcours du marin, de son échec et de son retour, l’impression que Gamblin appose de plus en plus d’analogie avec sa condition de comédien, se fait croissante. Ainsi même lorsque les images filmées sur le trimaran de Thomas Coville font leur apparition et qu’il prend la parole dans une longue confidence, la figure de Gamblin vient se superposer. Nous n’arrivons pas davantage à différencier la voix de l’acteur de celle du navigateur. Ballotés par le questionnement de savoir qui est le réel sujet de la pièce, nous quittons la salle avec une légère impression de flottement.

Ainsi, l’absence de contextualisation à propos de son amitié avec le navigateur, et le flou, volontairement ou non nourri quant au véritable sujet de la pièce, nous laisse réservés face pourtant à une inventive et plaisante mise en scène.

crédits images : Yannick Perrin

Je parle à un homme qui ne tient pas en place
Un spectacle de Jacques Gamblin
Texte Jacques Gamblin et Thomas Coville
Interprétation Jacques Gamblin
Collaboration à la mise en scène Domitille Bioret

Au Centquatre-Paris jusqu’au 31 mars 2019.