Que s’ouvrent les portes majestueuses des palais, que se meuvent les arbres des allées, que se dévoile l’arche des plus belles entrées : du 19 avril au 25 septembre, l’Institut du Monde Arabe nous transporte, avec son exposition « Jardins d’orient, de l’Alhambra au Taj Mahal », au cœur des plus beaux jardins d’orient, de la Haute Antiquité à nos jours, des jardins de Babylone au parc Al-Azhar du Caire, du jardin privé au jardin public…

© Julie Albesa
© Julie Albesa

L’exposition se décompose en deux temps : le « jardin intérieur » d’abord, introspection chronologique dans les arcanes du jardin, nourricier puis décoratif, privé puis public, oriental puis occidental… Une jolie remontée historique, permise grâce aux plus de 300 d’oeuvres d’art prêtées pour l’occasion, aux maquettes, tirages photos géants et petits encarts explicatifs. Le jardin extérieur ensuite (dont on vous parlait il y a peu ici), créé par Michel Péna et surplombé par une superbe anamorphose végétale conçue et réalisée par François Abelanet. Les deux parties de ce tout végétal se complètent, se répondent et créent un dialogue puissant avec le visiteur transporté par ces visions, senteurs et bruits naturels.

© Julie Albesa
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Sur fond de chants d’oiseaux exotiques et d’eau qui s’écoule, on apprend que si le jardin avait pour mission première de nourrir les populations qui le faisaient naitre, les notions de promenades et d’agréments naissent rapidement en Egypte pharaonique et Grèce Ancienne. La perse invente quant à elle les jardins en quatre parties, et la Mésopotamie accueille la naissance du premier système agro-écologique qui permet d’asseoir l’agriculture, l’élevage et le commerce : l’Oasis. Elément central de ces ornements végétaux, l’eau fait l’objet des plus grandes attentions et devient le prétexte des plus ingénieuses inventions : d’une maquette de sakieh égyptienne (une sorte de moulin à eau tiré par un bœuf) à celle d’une vis d’Archimède, qui selon l’auteur grac Strabon, aurait servi à irriguer les jardins de Babylone ; des photos d’aqueducs à celles du système d’irrigation traditionnel iranien, le qanat… Ces différents systèmes d’irrigation permettent la naissance des plus majestueux jardins.

© Julie Albesa
© Julie Albesa

Après ce court (et passionnant!) passage technique, l’exposition nous emmène dans les arcanes des plus grands jardins d’Orient. On y apprend que le jardin d’Orient est le reflet terrestre du paradis : son nom vient du persan pairidaeza, qui désignait au départ un enclos de chasse pourvu d’arbres et de fleurs, et qui devient par la suite l’expression d’un lieu délicieux. Le jardin-paradis s’étoffe mais ne s’affole pas, végétal, il n’est jamais sauvage et ses lignes sont rigoureuses, ses droites géométriques et ses canaux réguliers. La fontaine est centrale dans ces compositions artistiques, et les jardins arabo-andalous, centre des palais de l’Alhambra à Grenade, restent fameux pour leurs plantes emblématiques : palmiers, cyprès, agrumes, vigne ou roses, tous les sens doivent être flattés. Les occidentaux, fascinés par ces compositions, vont diffuser le modèle de ces jardins harmonieux en Espagne et en Sicile. On apprend pourtant que cette influence de l’Orient sur l’Occident s’inverse au 19e siècle : S’il s’associait naturellement au pouvoir, (le prince était un magicien qui faisait fleurir le désert) le jardin devient un espace public en Orient grâce à l’importation du modèle Haussmannien. Le voyage est incroyable, plein de couleurs, de sons, de vidéos explicatives, de mosaïques ornementales. Une fontaine traverse même l’exposition de son bleu profond, ornée de statues en pierre amenées de différents pays. On termine l’exposition sur une note plus contemporaine, centrée autour du lien entre jardins publics et développement durable, urbanité et nature…

Une problématique à laquelle on fait face avec une ironie qui ne manque pas de faire sourire en sortant de l’exposition intérieure : le jardin composé par Michel Péna, qui prolonge l’exposition sur le parvis de l’IMA, est exclusivement entouré d’imposantes et étouffantes bâtisses modernes. Un parti-pris conscient ? En tout cas, le pari est réussi. Les allées sont faites de mosaïques orientales, l’eau coule entre pots de roses, oliviers, citronniers, orangers et figuiers. Dans les parterres qui bordent le jardin, l’origan, la menthe, la verveine et la bergamote diffuseront bientôt leurs odeurs délicates. Si toutes les plantes n’ont pas encore bien poussé et fleuri, on apprécie les premiers éclats de roses et les premiers citrons éclairés par le zénith d’un soleil brûlant. Un petit bar a été mis à disposition pour pouvoir flâner dans les allées un verre à la main ou pour, plus simplement, s’asseoir au milieu des plantes et profiter des premières chaleurs dans un cadre naturel. Une exposition réussie, tout en odeurs et en couleurs, instructive sans être pesante, étoffée sans être étouffante. 

Jardins d’Orient, de l’Alhambra au Taj-Mahal
Du 19 avril au 25 Septembre 2016
A L’institut du Monde Arabe 

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Rédactrice en chef de la section cinéma - Toujours à l'affut de l'indépendance, qu'elle soit cinématographique, musicale, littéraire ou ontologique.