Maggie Nelson, tout en intimité, revient sur un fait divers : le meurtre de sa tante Jane. A partir de cet événement qui a façonné sa vie, plus qu’elle-même ne le pensait, elle compose un récit hybride bouleversant.  

Le 20 mars 1969, Jane Mixer est assassinée dans l’Etat du Michigan de façon très violente alors qu’elle souhaitait se rendre chez ses parents. La une s’est emparée du fait divers, d’autant qu’à l’époque plusieurs femmes avait déjà été assassinées. Lorsque Maggie Nelson découvre en fouillant au grenier les journaux de cette tante qu’elle n’a jamais connu, alors qu’elle a 30 ans, elle décide d’écrire sur elle.

Dans cette publication double de Jane, un meurtre, on retrouve à l’envers du livre Une Partie Rouge traitant aussi de Jane.

Un récit composé

Pour écrire sur sa tante, Maggie Nelson est partie de ses journaux. Elle date une partie des écrits entre 1960-1961, pendant l’enfance de Jane, et des pages datant de 1966 lorsque celle-ci faisait son droit à l’université. Elle glisse ses écrits poétiques entre ces pages écrites par Jane ainsi que des extraits d’un livre The Michigan Murders où l’assassinat de sa tante figure ou encore des articles de journaux, des conversations avec sa mère.

« Toute ma fille dit, Jane voulait changer le monde. »

Comme un travail minutieux, qui n’est pas celui d’une enquête mais plutôt d’une quête, Maggie Nelson retrace le parcours de sa tante. C’est autant une introspection pour l’autrice, qu’un hommage à sa tante. Dans ce livre, elle ne cherche pas à obtenir justice pour Jane mais plutôt à s’emparer de ce souvenir de cette femme qu’elle n’a pas connue et qui pourtant a influencé sa vie.

« Je suis toujours en révolte. La fureur est là. »

Parfois dures, comme lorsqu’elle évoque les circonstances de la mort de Jane, les pages de poésie de Maggie Nelson sont empruntes de mélancolie mais aussi d’un élan de vie très intense. C’est un récit intime et juste à la mémoire de Jane.

Le portrait d’une femme

Ce livre est aussi un hommage vibrant à Jane. Maggie Nelson décrit qu’elle pense que d’une manière ou d’une autre, la vie de celle-ci aurait influencé la sienne, peut-être par l’intermédiaire de sa mère.

« C’était une furie, disait toujours ma mère. Elle a obéi pendant des années, et puis elle s’est mise à répondre. »

C’est un hommage à cette tante qui consigne dans son journal ses espoirs et ses déceptions mais aussi ses accès de folies, son exubérance comme ses doutes. Un portrait complet d’une femme forte et d’une femme indépendante. Elle tient tête à ses parents, elle va à l’université, elle semble se remettre en question.

« Dans mon imagination, elle était la personne la plus active que je connaissais. Une femme qui faisait ce qu’elle voulait. Une femme qui voulait. »

Mais en creux, Maggie Nelson parle aussi d’elle, de sa mère et de sa soeur. Sa soeur qui souffre de trouble du comportement et dans laquelle, elle voit parfois Jane. La mort de leur tante n’est pas un secret, mais à lire l’oeuvre de Maggie Nelson, on a l’impression qu’elle est toujours là, comme un esprit protecteur et inspirant.

Maggie Nelson nous livre, encore une fois, une récit flamboyant sur la quête d’identité et comme une forme de deuil.

« Jane, un meurtre », suivi de « Une partie rouge », Maggie Nelson (traduits par Céline Leroy et Julia Deck), Editions du sous-sol, 448 pages, 23€

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