Une ôde à Istanbul, troublante et bouleversante. Samuel Aubin nous guide dans les rues de la ville à travers les yeux de son personnage Simon.

Simon vit à Istanbul depuis 2013. Documentariste, il capte à travers des images la beauté de cette ville. Plongé dans ses captations, il observe aussi le vent de changement qui souffle sur la ville. Cette cité charmante et envoûtante qui tombe entre les mains du terrorisme, la violence, ce gouvernement autoritaire… Le personnage capte la chute.

Istanbul, la belle

Simon est, comme il le dit, un homme d’image. Il documente avec des images la vie qui l’entoure et surtout la ville dans laquelle il vit. Entouré de ses amis et des étudiants à qui il donne une formation, il observe cette ville foisonnante et pleine de vie, qu’il adore.

« Il cherche pourquoi Istanbul lui fait un tel effet. Il ne sait pas. C’est insaisissable. Il cherche et il trouve quand même ça : l’ouverture d’esprit. »

L’auteur, Samuel Aubin, connaît bien Istanbul car il y a lui-même vécu. Ce livre est un récit à la gloire de cette ville. Dans les yeux de son narrateur, nous sommes transportés dans cette ville multiculturelle et bruyante, bouillonnante de vie et de culture. Samuel Aubin nous offre un voyage à Istanbul sans bouger de chez nous, mais avec un charme absolu. C’est une déclaration d’amour pour cette ville sincère et touchante que nous offre l’auteur.

La magie du récit qui nous fait presque sentir les odeurs d’épices et de cafés dans les dédales de rue qui nous traversons avec Simon. Roman très bien documenté, on pourrait suivre du bout du doigt sur une carte, les trajets des personnages.

Istanbul meurtrie

Mais ce que nous monte le roman de Samuel Aubin, c’est aussi la triste réalité qui transforme Istanbul. Ce n’est pas que la beauté de la ville que documente Simon, c’est aussi la vie après le coup d’état de juillet 2016. « Simon éprouve un chagrin infini. Défunte ville. Un enlèvement. Ou bien s’était-il trompé ? Depuis le début ? Au fond, Istanbul n’était peut-être qu’une fiction, un mirage. »

Récit extrêmement documenté sur l’histoire de la ville, c’est aussi un témoignage poignant de la situation après le coup d’état dans la ville. Simon observe chaque jour la montée de la violence, les arrestations arbitraires de plus en plus fréquentes, la répression violente autour de lui. Un roman qui nous montre les dérives du gouvernement autoritaire qui régit le pays, la perte de la liberté d’expression et comment le règne de la terreur s’infiltre dans les rues. « Sentiment que la fréquence des attaques augmente le risque. Et d’avoir eu la chance de ne pas y être. Et aussi que ça aurait pu. Et une question : y a-t-il quelqu’un que je connais qui y était ? Et tout au fond, cette pensée : ce soir quelqu’un d’autre est mort à ma place. »

La magie de la ville qui s’envole pour laisser place à la froideur du terrorisme. Simon voit sous ses yeux, la ville se renfermer sur elle-même. « Simon ne veut rien abandonner de ces années. Même pas la galère du début. Même pas les fantasmes naïfs d’une ville d’avenir dans un pays à l’économie florissante et au régime politique original mêlant tradition musulmane et démocratie moderne. C’était les mots de la presse en France au début des années 2010 à propos de la Turquie. »

Samuel Aubin nous livre un merveilleux récit sur la ville d’Istanbul, un témoignage éternel pour une ville meurtrie. Un roman très bien documenté qui nous fait voyager dans la ville et qui nous fait prendre conscience de la situation dramatique qui se joue dans le pays.

« Istanbul à jamais », Samuel Aubin, Editions Actes Sud, 268 pages, 21€