Depuis plus d’un an, la Galerie Santo Amor met à l’honneur le travail d’artistes contemporains figuratifs. Fondée par Elisabeth Richard, thésarde en Histoire de l’art et en Anthropologie et le plasticien Héctor Olguin, cette organisation se veut sans espace fixe, partageant l’essentiel de ses activités entre Paris et Tokyo.

Elisabeth, avec Héctor Olguin, l’autre membre fondateur de la galerie, vous avez organisé votre première exposition L’ange à la Machette à Tokyo en janvier 2016 et la deuxième Nihon-no à Paris en avril suivant. Le caractère itinérant de Santo Amor semble avoir été inscrit dès le début dans son ADN. Comment avez-vous eu l’idée d’ouvrir une galerie itinérante ?

Elisabeth Richard : C’est Héctor, l’autre membre fondateur qui a eu l’idée du projet de la galerie et de sa dimension itinérante. D’un côté, il avait déjà fait l’expérience de la direction artistique dans une galerie traditionnelle pendant 4 ans. De l’autre, en tant qu’artiste, il avait déjà exposé dans des lieux qui n’étaient pas « destinés » à accueillir de l’art et des expositions, et en a retiré beaucoup de satisfactions. Il était clair pour l’un comme pour l’autre que l’idée d’être accrochés à un lieu fixe et d’en avoir donc la responsabilité pleine ne nous attirait pas. Nous aimons tous deux voir nos projets professionnels (également ceux qui existent en parallèle de la galerie) avancer en profitant de l’espace laissé par des marges de manœuvres généreuses.

La photographe Magali Lambert avec Elisabeth Richard et Héctor Olguin, fondateurs de Santo Amor au vernissage de l'exposition "Deux pierres, un coup", photographies de Claire Cocano Magali Lambert ©Santo Amor
La photographe Magali Lambert avec Elisabeth Richard et Héctor Olguin, fondateurs de Santo Amor au vernissage de l’exposition « Deux pierres, un coup », photographies de Magali Lambert ©Santo Amor

C’est donc la flexibilité de la forme de la galerie itinérante qui vous a poussé à la préférer à la galerie traditionnelle  ?

ER : Oui, elle offre beaucoup de libertés et de possibilités de variations, de renouvellement. Nous sommes tous deux voyageurs et prenons plaisir à devoir jouer le jeu de l’adaptation à des circonstances qui peuvent sembler impossibles – que ce soit pour l’activité de la galerie ou dans la vie : nous aimons la flexibilité du hasard et ses réalités; et c’est un trait de caractère qui a déterminé nos choix et notre mode opératoire pour Santo Amor. Ce format permet de remettre régulièrement les compteurs à zéro. Changer régulièrement de cadre de travail est un défi stimulant, pour nous autant que pour les artistes qui acceptent de présenter leurs travaux dans des conditions non traditionnelles. Le rapport galeriste/artiste prend une dimension forte, une complicité se développe car nous réfléchissons ensemble à la façon dont créer dans l’espace un lieu et des conditions d’exposition, et à comment tirer parti de façon ludique et belle de ses spécificités propres, de son ADN de départ (que nous ne souhaitons pas modifier entièrement tout en étant de plus en plus attirés par l’idée de scénographie).

L’itinérance et le fait d’être accueillis par des hôtes (cabinets d’avocats, atelier d’architecte, en appartements privés etc.) permet également d’associer à une audience « fidèle » de nouveaux publics, liés et connectés aux lieux qui nous accueillent et à leur activité. Et ainsi de densifier notre réseau d’une façon qui nous est sympathique, humaine et agréable.

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Vue de l’exposition « Deux pierres, un coup », photographies de Magali Lambert ©Santo Amor

Le choix d’exposer en France et au Japon est-il une composante fondatrice de la galerie ?

ER : Nous ne nous donnons pas pour objectif de rigueur d’exposer autant en France qu’au Japon. C’est assez libre. Nous avons des repères et des amis là-bas, ce qui compte beaucoup. Nous envisageons des pérégrinations à l’étranger pour 2017 et 2018, Japon inclus, mais pas que. Tout cela pour dire que le lancement de Santo Amor depuis Tokyo est lié à nos vies plus qu’à une stratégie programmée au millimètre. C’était une envie concomitante au démarrage de la galerie.

Nous avions envie d’y retourner après un séjour où nous nous y étions sentis bien, d’y passer du temps en y étant actifs. Y monter la première exposition de Santo Amor nous a semblé être le « prétexte » idéal. Nous sommes partis avec les œuvres dans nos valises (littéralement, et on saluera là la confiance que nous ont fait les artistes !), mais sans certitude concernant le lieu où nous pourrions les exposer, ni sur la faisabilité de cette exposition. Puis de fil en aiguille, en prospectant là où nous pouvions dans Tokyo pour trouver un lieu, puis dans un second temps pour faire connaitre notre événement, nous avons rencontrés des artistes nippons dont nous avons présenté le travail en France par la suite etc…

On a bénéficié d’une grande qualité d’écoute de la part de nos divers interlocuteurs là-bas, de leur patience, de leur expertise soignée, pointue et de gestes de soutien amicaux très précieux et touchants, particulièrement appréciables quand on part à l’aventure, ce que les gens avaient bien compris.

Vous avez déjà exposé dans un cabinet d’avocats, dans une galerie ou dans plusieurs appartements privés en une année. Comment choisissez-vous ces lieux d’exposition ?

ER : De façon intuitive : c’est une équation qui prend en compte dans sa composition le sentiment humain, l’amitié, la sensibilité esthétique et la curiosité que nous inspirent certains endroits et leur disposition, aussi les opportunités scénographiques qu’on y voient se profiler. Il faut également, et c’est très important, que nos hôtes soient heureux de participer et de recevoir de l’art pendant plusieurs semaines, chez eux ou sur leur lieu de travail, ainsi que les visites du public.

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Vue de l’exposition « Deux pierres, un coup », photographies de Magali Lambert ©Santo Amor

Pensez-vous que le format itinérant est un passage dans la vie de Santo Amor ou est-ce sa forme finale ?

ER : Nous estimons que nous ne connaissons pas la forme finale des choses en général, alors il en va de même pour la galerie. Et c’est sans doute pour cela qu’elle va rester itinérante et probablement changer de forme en même temps.

Pour le moment nous n’avons pas à l’esprit l’idée de devenir une galerie traditionnelle. C’est incompatible avec notre double activité à chacun (Héctor est photographe plasticien, Elisabeth commence un doctorat mêlant anthropologie et histoire de l’art).

Pensez-vous que les galeries itinérantes sont en majorité les représentants de la jeune création ?

ER : Pour ce qui concerne Santo Amor, je ne crois pas que nous cherchions à « représenter », au-delà du fait très précis de représenter nos artistes. Artistes de tous âges et que nous ne percevons pas comme exclusivement identifiables à ce que l’on peut appeler ou entendre par le label ou l’expression « jeune création » – avec laquelle nous ne sommes pas spécialement en phase, parce qu’elle pose un paysage qu’on trouve somme toute assez restreint et codé, nourri de sous-entendus limitatifs, et c’est un peu dommage. La création est toujours jeune, même mature et tant qu’elle ne s’installe pas dans un climat de confort.

Par ailleurs, s’il faut vraiment répondre sans dérobade : la « jeune création », en tant qu’identité liée à une classe d’âge, à ses dynamiques et à sa contemporanéité, me semble emprunter tout autant le chemin des institutions que celui des galeries. Et ce de façon nécessaire. Donc non, je ne crois pas que les galeries itinérantes soient vouées à devenir, en majorité, les représentants de la jeune création. Dans la mesure où il existe tout simplement d’autres possibilités intéressantes que la galerie tout court, itinérante ou non.

Alors comment faites-vous le choix des artistes que vous exposez ?

ER : C’est un équilibre flexible fait la part belle à des émotions interpersonnelles. Nous exposons des artistes dont le travail et la personnalité nous touchent et nous mettent naturellement et sans compromis, dans des dispositions propices à un travail d’équipe de qualité. Pour ce qui est d’une réponse concernant le type d’art : tous médiums, avec un penchant prononcé mais tout à fait corruptible pour l’art figuratif.

Santo Amor propose actuellement de vous faire découvrir les photographies de Magali Lambert jusqu’au 24 avril dans un appartement privé au 88, rue Michel Ange dans le 16e Arrondissement de Paris.

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Les précédents articles du dossiers sont là :

Le dessous des institutions • Episode 1 : Les Fondations d’entreprise
Le dessous des institutions • Episode 2 : Les Festivals

Le dessous des institutions • Episode 3 : Les Petits Musées
Le dessous des institutions •Episode 4 : Les galeries itinérantes

 

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