Le groupe de bossa nova le plus couru du début des années 2000, Nouvelle vague, sort un nouvel album cette année. L’album du grand retour, après cinq ans d’absence, avec pour la première fois des compositions originales. A l’occasion, nous avons pu discuter avec deux de ses membres historiques, Marc Collin et Mélanie Pain. 

Marc Collin fait office de phare au milieu de la tempête lorsqu’il nous invite à rejoindre Mélanie Pain dans les loges de la cigale : l’agitation est pourtant de mise, entre musiciens qui répètent et techniciens inquiets. La folie ambiante contraste grandement avec nos deux intéressés, dont le regard calme et la spontanéité ne manqueront pas de faire s’arrêter le temps.

Nouvelle Vague, c’est d’abord un collectif, et il est toujours difficile de distinguer les membres derrières l’entité. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Mélanie : Lui, c’est Marc Collin, producteur de Nouvelle Vague. Et moi, c’est Mélanie Pain, chanteuse.

Marc : Tu as de la chance car tu as deux grands fondateurs du projet depuis 2004.

Et Nouvelle Vague, qui c’est en 2016 ?

Marc : Sur scène, on a élaboré un nouveau concept. Des musiciens, et deux chanteuses. Ces chanteuses, c’était au départ Mélanie et Camille, assez complémentaires. Et depuis, on tourne entre différentes chanteuses, avec Mélanie toujours au centre, et puis aujourd’hui Nadéah, Elodie Frégé… Après, Olivier est toujours là, moi aussi, les gens qui travaillent avec nous aussi, et ce depuis 10 ans.

Mélanie : C’est toujours un collectif dans le sens où on a tous nos projets personnels à côté. Mais on aime à se retrouver tous ensemble autour de Nouvelle Vague.

Marc : Dès qu’on a besoin d’argent on se dit « allez, un petit album avec Nouvelle Vague » (Rires.)

Qu’est-ce qui a fait que pendant cinq ans vous n’ayez rien produit pour le collectif ?

Marc : En fait, c’est très difficile de mener la « carrière » d’un tel projet car on ne sait jamais vraiment où on va l’emmener. Avec une carrière personnelle, il y a une espèce d’engrenage, on ne se pose pas trop de questions et on suit le mouvement. Avec Nouvelle Vague on est complètement libres, on a la chance de pouvoir se poser des questions, et si on a pas envie de faire de nouvel album on arrête. Là on s’est dit qu’on en avait fait assez après plus de 1000 concerts et après avoir fait trois fois le tour du monde.

Mélanie : On a eu quand même beaucoup de propositions pendant ces cinq années. On a franchi un cap avec le nouvel album, puisque s’y trouvent quatre compositions; je pense que pendant cinq ans on a essayé de sortir du cadre des reprises et de composer ensemble. Ca a pris du temps car on était tous occupés, et du coup on a décidé de faire un mélange compo/mix.

Marc : En fait on cherche toujours à se réinventer. Avec un concept comme Nouvelle Vague, soit on se réinvente à chaque album en racontant une histoire nouvelle, soit on mise sur sa fanbase déjà existante sans forcément faire dans l’iconoclaste du coup.

Comment vous avez fait pour négocier le virage de collectif de reprise à collectif qui compose ensemble ?

Marc : On compose tous de notre côté, moi j’avais déjà sorti plusieurs albums avant Nouvelle Vague et du coup écrire des chansons ensemble a été plutôt naturel. Ce qui n’est pas évident c’est au niveau moral : est-ce qu’on peut se permettre de mettre côte à côte une chanson de The Cure et une chanson de Mélanie Pain ? Mais en fait ce questionnement a vite tourné court car on s’est rendus compte que les gens ne savaient pas forcément ce qu’on faisait, ils ont pas toujours conscience du fait que nos chansons sont des reprises et ne connaissent parfois pas l’originale. Ce qui est important c’est qu’ils aiment.

Mélanie : On est fiers de nos compositions car à chaque fois qu’on les joue sur scène il se passe quelque chose. On s’est dits que les gens avaient envie de voir ce changement, de nous connaitre autrement que par le biais des reprises. Mais c’est pas facile quand on fait des reprises de tubes énormes.

Marc : Ce qui n’est pas évident c’est d’assumer ses compositions à côté de celles des plus grands. Mais là on l’assume.

Est-ce qu’on peut parler de « grand retour » de Nouvelle vague ? 

Mélanie : On fait tout pour se réinventer en tout cas; On travaille un nouveau show, on a supprimé les batteries au profit des percussions… On veut quelque chose de différent.

Marc : En fait on se retrouve dans une situation étrange. Soit on élargit le public avec un nouvel album, soit ça prend pas du tout et là je pense qu’on va tous se dire « bon bah, c’était bien hein » (Rires.)

Et qu’en est-il des projets qui entourent le nouvel album, comme le documentaire ? 

Marc : Je suis assez content du documentaire car il raconte l’histoire du groupe, que peu de gens connaissent. Le public a eu des bribes des albums mais n’a souvent pas l’image d’ensemble.

Vu que votre formation change régulièrement, comment faites-vous pour créer une bonne cohésion entre vous ?

Mélanie : Il y a un casting quand même, on ne prend pas n’importe qui (Rires). On a fait des essais sur des concerts avec des chanteurs qui n’ont pas marché. Il faut qu’il y ait un truc qui matche entre nous tous, les deux chanteuses entre elles… Il faut se mettre au service de Nouvelle Vague, on se met en retrait et ça ne marche pas avec tout le monde.

Marc : Il faut une certaine humilité, on fait notre son et je vois ça un peu comme une pièce de théâtre où les acteurs se remplacent d’une semaine à l’autre. Il y a un texte, une mise en scène, et il n’y a plus qu’à interpréter.

Qui a composé les quatre chansons de votre nouvel album ?

Mélanie : Que les garçons, un truc de mecs (Rires). Non c’est pas vrai, Lisette a composé aussi, c’était un peu le bordel.

Marc : ça n’a pas été fait de façon très logique, on a décidé de faire un nouvel album que très récemment. Il n’y a pas eu une énorme réflexion, et le but c’est surtout de voir si ça marche. Si c’est le cas, on aimerait faire un album de compositions. On essaie de suivre le flow, on a jamais pensé après chaque album qu’on pourrait continuer à en faire. C’est difficile de dire non à un projet qui te permet de voyager, de gagner de l’argent.

Pendant cinq ans, ça ne vous a pas manqué ? 

Mélanie : En fait on a jamais vraiment arrêté puisque ça fait dix ans qu’on est sur la route et qu’on tourne. Même si parfois nous n’avions qu’une date par mois. On a jamais eu l’impression de faire un break.

Qu’est-ce que vous a apporté Nouvelle Vague ?

Mélanie : Avant Nouvelle Vague, je n’étais pas chanteuse, je travaillais dans la pub. J’ai chanté une démo, et Marc m’a proposé de chanter pour lui etc… Nouvelle Vague m’a changé la vie, sans ça je gagnerais beaucoup plus d’argent et roulerais en 4×4 (Rires). En fait, même si chacun arrive avec sa personnalité, chacun arrive à prendre de nouvelles choses au contact de la musique du groupe. Et puis les voyages, les tournées, c’est génial en terme d’expérience. Aussi, l’opportunité de pouvoir dire que l’on a la carte visite « Nouvelle vague », qui nous a ouvert beaucoup beaucoup de portes.

Marc : Avant, je sortais des disques à petit succès, j’ai jamais eu de projet personnel qui marche aussi bien. Ce succès nous permet de mieux comprendre comment le système fonctionne mais aussi de voir l’évolution du public. De voir ce qui fonctionne, ou pas, mais on ne s’y attendait pas.

Vous n’avez jamais eu envie de renoncer à vos projets personnels au profit du collectif ? 

Marc : Non car ça deviendrait chiant sinon, l’un des avantages de Nouvelle Vague c’est qu’on a pas de pression. Aussi, chaque projet influence et interagit avec Nouvelle Vague, et ça on ne pourrait pas le faire si nous n’avions pas nos projets à côté.

Est-ce que vous pensez avoir gardé « l’esprit Nouvelle Vague » des débuts ?

Marc : Oui, il y a toujours cette naïveté, cette spontanéité. On a jamais eu de gros tourneur ou de producteur américain, on décide de tout, de l’artwork, des concerts, de si on veut faire un truc ou pas. Ca n’a vraiment pas changé. Ce qui est étonnant, c’est que c’est un projet qui est sorti au bon moment : on vendait toujours des disques, il y avait encore un peu de place dans les médias… C’est compliqué de comparer un projet comme le nôtre, qui a fonctionné sans que personne n’y injecte des millions, car du coup tout parait plus difficile. On sent que les projets aujourd’hui prennent pas aussi rapidement.

Mélanie : c’est cool qu’on ait vécu ça une fois, car le premier album a fait un buzz incroyable, tous les bars cools passaient Nouvelle vague. C’était énorme.

Marc : on se rendait pas compte, on ne savait même pas ce que c’était le pitchfork à l’époque par exemple alors qu’on a fait un truc pour eux (Rires). On était complètement dépassés, et ça tu ne peux l’avoir qu’une fois dans un projet. Maintenant on s’adresse plus à des fans. Mais je trouve ça toujours hyper intéressant, d’arriver à construire sur 10-15 ans une carrière de groupe. A l’époque, le projet était vraiment une super bonne idée qui était pile dans l’air du temps, et je suis sûr que c’est pour ça que ça a marché : les gens étaient à fond dans le revival new wave et ont senti notre spontanéité pas prise de tête.