Rencontre avec l’insaisissable Laure Briard lors de son dernier concert sur la plage de la Route Du Rock cet été… Entre bossa nova brésilienne, chants touaregs et réminiscences rock, entretien fleuve avec une jeune musicienne curieuse et enjouée. 

Cet été, la Toulousaine Laure Briard a envoûté la Route du Rock avec une prestation pleine de légèreté et haute en psychédélisme. Alors qu’elle vient de sortir un nouveau clip pour Wonder / Wander, issu de son dernier EP, nous publions notre entretien fleuve avec cette jeune musicienne curieuse et enjouée…

Salut Laure ! Merci de nous accorder cette interview. Dans tes deux premiers albums, tu faisais plutôt la part belle au garage des sixties, ensuite aux plus belles heures de la pop française, puis tu t’es dirigée vers la bossa nova avec ton dernier EP, et concernant le troisième album, on le sent beaucoup moins marqué par des genres, on pourrait même dire qu’il est plus polyvalent. Comment qualifierais-tu cet album ?
Laure Briard : Oui effectivement, tu vois juste ! Le qualifier serait un peu long car c’est vrai que d’une chanson à l’autre on passe d’une atmosphère à une autre, et disons que cela reflète ma manière d’écouter de la musique. Quand j’étais plus jeune, j’étais plus ou moins enfermée dans un style, j’écoutais surtout des groupes des années 60-70, des groupes anglais ou de la pop un peu 90s’, et je n’allais pas explorer ailleurs alors qu’aujourd’hui, j’aime de plus en plus explorer. Pour moi, pour créer de la musique, il faut passer par là et j’aime bien faire des compos selon le feeling. Cela peut très bien être quelque chose d’un peu sunshine avec des tendances bossa, ou un truc plus énervé avec de la guitare saturée ! C’est pour cela aussi que ce serait un peu compliqué de résumer ce dernier album. J’aime bien être un peu freestyle !

Au niveau du processus de création, tu fais tout toute seule ou alors tu fais appel à certains amis ?
En général j’écris les textes puisque j’ai du mal à écrire avec d’autres personnes. C’est très variable. Parfois je peux aussi écrire une mélodie à la guitare ou au clavier et je donne ça à quelqu’un (des amis musiciens),  je peux avoir juste un texte et dire : « est ce que veux bien m’écrire une musique qui va dans ce sens-là » ? Ou parfois j’écris et je compose en même temps… J’aime l’idée du travail en équipe avec mes amis, que je considère comme ma famille, avec qui je suis très proche et très connectée et j’aime bien ce travail d’équipe. Pour moi, c’est enrichissant.

Pour en revenir à la bossa nova, on a cru comprendre que tu avais eu l’opportunité de te produire cette année au Brésil avec 4, 5 dates et un groupe formé à l’occasion de la sortie de l’album. Est ce que tu peux nous en dire plus sur cette expérience ?
Alors en fait, je suis allée pour la première fois au Brésil en tournée en septembre 2017, j’y ai fait 8, 9 dates et j’y ai rencontré des gens, grâce notamment au groupe Boogarins. J’y suis retournée une seconde fois en 2018, où j’ai enregistré l’EP avec eux justement mais aussi avec des personnes que j’ai rencontrées la fois d’avant, dont un couple fait d’un bassiste et d’une claviériste, qui sont devenus des amis. Sur la dernière tournée, ça aurait été très difficile financièrement de prendre tout mon groupe avec moi, donc j’ai pu juste embarquer un de mes musiciens, Vincent au clavier, et je me suis dit que je trouverai des musiciens sur place directement. Comme je connais du monde, ça a été très facile et très naturel. J’ai donc travaillé avec le couple dont je parlais tout à l’heure et j’ai également trouvé une batteuse sur place, qui était amie avec tout le monde. On s’est donc tous retrouvés, on a répété 33 jours puis on est partis en tournée.

Avec ton groupe, tu es sur le label Midnight Special Records, également celui de Cléa Vincent ou Michelle Blades. Quelle est ta relation avec les autres membres du label et ton rapport personnel avec celui-ci ?
En fait, je les ai contactés après la sortie de mon premier disque Révélation, qui était sorti sur un label toulousain qui s’appelle 2 000 records. J’étais à la recherche d’un label qui puisse ressortir mon disque, ils m’ont dit qu’ils étaient intéressés mais qu’ils étaient plutôt dans un processus d’accompagnement total (enregistrement, production)… Alors pourquoi pas pour un deuxième album ?
Donc j’ai rappelé Midnight Special Records, on s’est rencontrés à Paris, et en fait on s’est super bien entendus ! Quelques mois après on a enregistré le deuxième disque. Pour moi, il s’agit de mon label mais également de mes amis. C’est très familial, on se comprend, il y a quelque chose d’assez fort, ce sont vraiment des amis proches.

Pour rebondir sur le sujet, tu préfères travailler avec des petites structures qui t’accordent plus de liberté artistique qu’avec une grosse machine bien rodée qui va t’offrir un package mais où tu aurais moins de liberté ?
Je ne sais pas vraiment, car je n’ai jamais été en position de devoir choisir, l’occasion ne s’est jamais présentée de la part d’une major. Après c’est vrai que ça ne me fait pas rêver…mais forcément, les majors j’imagine que lorsqu’on travaille avec des gens comme ça, cela inclut plus d’argent, plus d’investissement et aussi plus de visibilité, mais je ne sais pas, la manière que j’ai de travailler avec mon label me va, cela fait sens et cela représente ma manière de concevoir la musique. C’est important, ce côté proximité et familial.

On a vu ton live tout à l’heure et on avait vraiment l’impression qu’il y avait une vraie osmose avec tes musiciens, on a l’impression que vous vous connaissez depuis très longtemps, d’où vient cette proximité ?
Oui en effet ce sont des personnes que j’aime beaucoup, ce sont des amis et on a beaucoup tourné cette année, cela crée des liens et ce sont des gens très cools. Pour moi, c’est très important sur scène qu’il y ait cette ambiance entre les musiciens, j’aime bien qu’il y ait une connexion. On est contents, on est bien ensemble et tant mieux si cela se voit !

Oui, ça se voit ! Par exemple tout à l’heure pendant ton concert, tu t’es assise pendant un morceau, on avait l’impression que tu voulais laisser tes musiciens s’emparer du morceau et prendre leur pied !
Oui, c’est ça ! Ça faisait sens, j’appréciais le moment et je leur ai laissé carte blanche

Concernant le festival, est-ce que la Route du Rock t’évoque quelque chose, est ce que tu es déjà venue en tant que festivalière par exemple ?
Moi je ne fais pas beaucoup de festivals, mais j’y suis venue il y a très longtemps, il y a dix ans je crois, car je voulais voir Belle and Sebastian, il y avait aussi Franz Ferdinand et Philippe Katerine, ça avait été super cool. Et pour moi, jouer à la plage cette année c’est mieux, c’est trop bien, c’est génial !

Pourrais-tu nous parler des artistes que tu suis ou que tu es friande d’écouter en ce moment ?
Disons que je suis assez obsessionnelle avec la musique brésilienne, donc j’en écoute pas mal ! Parfois j’écoute les mêmes chansons en boucle… Je suis aussi des artistes français, françaises, notamment des chanteuses avec qui j’entretiens un lien particulier comme Halo Maud, Norma, ou encore Michelle Blades….

Une dernière question, si on regarde un peu tes dernière expériences, tu as chanté en anglais, en portugais, en français, et j’ai lu que tu serais intéressée pour chanter dans d’autres langues, même dans des dialectes spécifiques ?
Depuis un petit moment j’écoute pas mal de musique Touareg comme Tinariwen par exemple, et d’autres groupes du Niger ou d’Algérie. D’ailleurs je suis allée à Tamanrasset en décembre, où j’ai découvert beaucoup de musiciens et où j’ai chanté sur une chanson en Tamasheq, le dialecte des Touaregs de cette région-là. J’ai trouvé ça trop cool ! L’idée de travailler avec des musiciens de là-bas me plairait beaucoup, mais pour l’instant je suis sur le Brésil et je vais sûrement y retourner pour enregistrer, donc il ne faut  pas trop m’éparpiller… Mais j’adorerais, j’adorerais vraiment.

Donc là pour le court terme, tes projets sont plus liés à l’Amérique du Sud ?
Le Brésil oui, là je suis en train d’écrire des chansons, je travaille encore avec les Boogarins, mais aussi avec d’autres artistes Brésiliens, notamment un chanteur qui s’appelle Giovani Cidreira, qui va sûrement venir jouer en France, et une autre fille qui a un groupe là-bas qui s’appelle My Magical Glowing Lens et qui est super. Donc voilà, je me focalise un peu sur ça ! 

Laure Briard, LP Un peu plus d’amour s’il vous plait disponible.
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