Programmateur historique de la Route du Rock, François Floret s’est posé un instant à quelques semaines du festival pour faire le point sur cette édition 2019, dont la programmation regroupe encore une fois le meilleur de la musique indépendante.

Route du Rock – © Easy Ride

Comment vous sentez-vous à quelques semaines du festival, toujours la même excitation après presque 30 ans ?
François Floret
: Oui forcément mais c’est une belle excitation car on est passionnés par ce que l’on fait et on a envie que ça se passe du mieux possible. On est dans la période des calages, on anticipe tout pour qu’il n’y ait pas de mauvaises surprises. Une fois que les choses sont mises dans les tuyaux il n’y a plus qu’à profiter du boulot pendant le festival.

Et vous, personnellement, vous arrivez quand même à profiter du festival malgré tout ce travail ?
Oui complètement, j’essaye de voir un maximum de concerts. Je me sens très privilégié, j’ai un boulot en or, j’aimerais que les gens puissent tous avoir ce genre de bonheur de travailler dans la musique mais surtout dans ce qui les passionne. Il y a un gros travail en amont mais l’idée est évidemment de profiter. Je fais bien sûr beaucoup de relations publiques forcément, je rencontre pas mal de gens qui nous aident dans l’organisation du festival et puis d’autres à qui j’ai toujours plaisir à le présenter en faisant des visites de coulisses pour les institutionnels, pour les partenaires et même pour des colonies de vacances. Donc j’essaye vraiment de partager tout cela. C’est un gros travail, on finit assez tard et on travaille la journée. Je coordonne et je chapeaute tout ce qui est administratif, financier, technique et sécurité, mais une fois que le festival est lancé c’est bon. Mon boulot consiste à mettre les bonnes personnes aux bons postes et après je laisse gérer et je fais confiance.

Si vous deviez décrire l’édition en trois mots ?
Ce n’est jamais facile comme exercice mais je dirais fidèle, sexy et riche.

Cette année encore vous réunissez une programmation très fournie, qu’elle est votre plus belle prise ?
Tame Impala forcément. Ils vont arriver avec un show complètement dingue et sans doute jamais vu à la Route du Rock. Beaucoup se souviennent du concert de Flaming Lips comme l’un des plus marquants de l’histoire de festival avec ces confettis, le chanteur dans la bulle roulant sur le public, une douce folie psychédélique avait envahi le Fort Saint-Père. Je pense qu’on va encore monter d’un cran avec Tame Impala. Leur dernier passage à Glastonbury cette année était incroyable avec un mur de vidéos, des lasers de partout. Ça risque d’être grandiose, musicalement et dans la mise en scène.
J’ai aussi un petit bonheur particulier d’avoir réussi à faire venir John Hopkins après qui on courrait depuis pas mal de temps. On a eu le bonheur de le voir l’année dernière à la Villette Sonique dont on programme la moitié du festival. Ce sera un très bon moment.
Et pour finir sur quelque chose d’un peu plus confidentiel il y a Altin Gün que j’écoute en boucle actuellement, une espèce de pop teintée de sonorités traditionnelles qui m’enchante.

Tame Impala – © Matt Sav

Parlez-nous des artistes électroniques de cette année…
Je tiens énormément à ce plateau électro qui permet à ceux qui veulent continuer à danser en fin de soirée de pouvoir le faire. On ne peut pas faire l’impasse dessus, c’est un mouvement que l’on défend depuis très longtemps, la première incursion de l’électro à la Route du Rock s’est faite en 1999. Cette musique fait partie de la culture indé.
Donc cette année on a Hot Chip et John Hopkins qui seront les têtes d’affiche électro. Et puis il y a des choses beaucoup plus dures comme Silent Servant, Lena Willikens et Paula Temple.

Vous aviez mis la barre très haute l’année dernière avec la venue de Patti Smith, quel était le mot d’ordre cette année ?
On ne se met pas la pression. Bien sûr que si demain on nous propose Radiohead et Arcade Fire on dit oui, quitte à ne pas avoir de tête d’affiche l’année d’après.
Les têtes d’affiche sont importantes, on ne boude pas notre plaisir de les avoir et on ne fait pas les snobs. Je tiens absolument à gommer l’image que l’on peut avoir de nous, assez négative, celle d’un festival refermé, un peu imbu de lui-même. Donc avoir des grands noms comme Charlotte Gainsbourg, Phoenix ou Etienne Daho, et bien tant pis si ça énerve les gens qui trouvent cela trop mainstream mais ils ont tout à fait leur place chez nous. Et à la Route du Rock les têtes d’affiche sont importantes également car elles permettent, bien sûr, de faire parler du festival et de faire venir les spectateurs, il y a évidemment un enjeu financier mais on ne le fait pas coûte que coûte, il faut que cela rentre dans l’esthétique du festival.
Donc cette année il y a peut-être moins de grands noms que l’an dernier mais Tame Impala reste tout de même un groupe d’envergure internationale. Et Stereolab, David August ou Hot Chip restent des pointures dans leurs styles. Donc il y a de quoi se réjouir bien sûr avec cette programmation très homogène.

Dernière question, que diriez-vous à quelqu’un qui n’a jamais mis les pieds à la Route de Rock pour le convaincre de venir ?
Je lui dirais de venir voir de lui-même à quoi ressemble un événement monté de A à Z autour d’une identité très forte qui est celle des musiques indépendantes. Voir que c’est encore possible en 2019 de ne pas rentrer dans le circuit des festivals qui se ressemblent tous avec des programmations similaires.
Et bien sûr, s’il ne connait pas les musiques qui y passent ce sera l’occasion de les découvrir et d’avoir un aperçu très complet de l’actualité de ces musiques là en 2019.
Et au pire, si ça ne lui plait pas il sera en vacances à Saint-Malo au bord de l’eau, il ira se baigner et ça lui fera un très beau week-end en Bretagne.
Car enfin dernière nouveauté qui pourrait achever de le convaincre, cette année nous aurons des huîtres de Cancale sur le site, délicieuses à déguster avec petit verre de blanc !

Corentin Gorin & Louison Le Gal

La Route du Rock
Du 14 au 17 août 2019 à Saint-Malo (35)
Site officiel

Photo de couverture © Matthieu Foucher