Tempête de sable est un grand film, particulièrement juste et humain. Quand on lui glisse ces mots doux, un sourire se dessine au coin des lèvres de la réalisatrice. Sous ses airs mutins et charmants, sous son regard franc et sa voix décidée se cache la passion des femmes d’aujourd’hui…

Quel est votre parcours ?

J’ai étudié les sciences, la chimie et la biologie, à l’université de Tel Aviv. Puis j’ai passé une année entière à L.A où j’ai finalement décidé de me concentrer sur la réalisation.

Comment vous est venue l’idée de Tempête de sable ?

Ma mère est photographe. Il y a dix ans, embarquée dans un nouveau projet dans divers villages du désert israélien du Néguev, celle-ci m’a proposé de l’accompagner. J’ai évidemment accepté, sans me douter des rencontres formidables qui m’attendaient. L’une d’elle m’a bouleversé à jamais. Ma mère et moi étions invitées au mariage arrangé d’une jeune femme, alors même qu’elle aimait un autre homme, en secret. Alors que son futur époux approchait, celle-là s’est retourné vers nous : « Cela n’arrivera pas à ma fille ». Quelque chose changeait, quelque chose était en mouvement. J’ai su qu’il fallait que je réalise ce film.

Comment avez-vous sélectionné vos acteurs ?

Ne pouvant tourner avec de vraies villageoises bédouines, notre choix s’est tourné vers des actrices professionnelles arabes, avec lesquelles nous avons longuement travailler afin de perfectionner accents et attitudes. Nous avons effectuer de nombreuses recherches, puis nous avons trouvé Ruba, qui joue Jalila, et le choix s’est imposé à nous malgré la ocncurrence. Pour Lamis, qui joue Layla, ce fut plus complexe : nous avons été confronté à un dilemme, mais finalement « pourquoi pas ? » et nous nous sommes lancés avec Lamis.

https://youtu.be/YJQ_IetYakk

Pourquoi ce titre ?

Dans le désert, quand la nuit tombe, vous ne voyez plus rien. C’est un phénomène que les bédouins connaissent bien. Il représente également ce flou dans lequel ils se situent quant à leurs traditions : les conserver parfaitement ou non ?

Le personnage de la petite soeur est à la croisée des chemins, peut-on dire qu’elle représente ce flou, ce nouvel espoir ? 

La jeune soeur navigue autour des membres de sa famille. Elle oscille entre les tenues de garçon, et les cheveux longs, le visage doux. En réalité, c’est une ouverture. On ne sait pas si elle restera au dehors de la chambre, ou si elle entrera à son tour dans la chambre. Nous ne savons pas de quel côté des barreaux elle se trouve réellement.

Justement, est-ce un tableau ou une dénonciation ?

Ces sociétés sont en mouvement : elles oscillent entre conserver la tradition dont elles héritent et dont elle sont fières, et se révéler à elle-même. Ce n’est pas une dénonciation, j’ai voulu là photographier ce moment de leur histoire, sans savoir de quel côté elles pencheront, ni pourquoi.

Avez-vous un nouveau projet en tête ?

C’est un peu compliqué de penser à autre chose, lorsque tout s’emballe autour de vous ! Mais oui, j’ai un nouveau projet, et je ne peux vous en dire plus, sinon qu’il sera question des relations entre mère et fille. Pour les vôtres, de projets, n’oubliez pas : quand vous avez un truc dans la tête, croyez-y très fort. Si vous sentez que vous devez le faire, vous le ferez.

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