Nouveau spectacle de la compagnie dirigée par Ariane Mnouchkine, L’île d’or – Kanemu-jima nous emmène dans un Japon halluciné dans lequel les théâtres et les peuples se rencontrent. À découvrir jusqu’au 29 avril à la Cartoucherie.

Une petite île japonaise où a lieu chaque année un festival de théâtre. Des affairistes avec des désirs de casinos et d’hôtels. Et une femme hospitalisée en Europe. Tous ces éléments se mêlent dans une danse fiévreuse entre mémoires et imaginaires. C’est ainsi que nous voyons se transporter cette femme alitée, de l’hôpital français où elle se trouve, à l’entrepôt japonais, QG du festival. Les visages changent sous des masques, la composition des phrases s’inversent pour mieux calquer la grammaire nippone. Malgré la réserve provoquée par ces procédés peu subtils voire lourds, l’imaginaire en fabrication nous emporte.

Guidé.e.s par cette femme nous retrouvons ce goût pour l’archipel nippone, la fascination pour ses différentes formes de théâtre (kabuki, nô, kyôgen) qui a accompagné la naissance du Théâtre du Soleil en 1964. Mais aussi cette attention portée aux populations des différents continents, des conflits qu’elles vivent (Israël/Palestine), aux politiques liberticides qu’elles subissent (Chine). Sujets pour autant toujours abordés avec fraicheur et inventivité. Alors que les troupes étrangères débarquent peu à peu sur l’île et que les nababs locaux fomentent, se regardent avec bonheur les décors se modifier pour accueillir ces intrigues en construction. Mais est-ce en même temps à cause de cette profusion de numéros, d’incessants et répétitifs changements de plateaux, que la lassitude vient lentement mais durablement nous gagner ?

Arrivé.e.s à la fin de la première partie, l’intrigue semble s’être évaporée dans cette mosaïque de rires, d’allusions, de rêves. À la reprise deux choix se présentent à nous : essayer de raccorder les nombreux dialogues dans un discours global mais à l’aspect superficiel ou bien laisser nos rêveries entrer dans la danse en attrapant des bribes par-ci par-là.

L’île d’or ne manque ni de poésie, ni de souffle mais donne l’impression d’un théâtre bavard à l’énergie certes foisonnante mais aussi confuse. Subsistes quelques pénétrantes impressions. Comme d’un retour de voyage.

crédits image : Michèle Laurent

« L’île d’or – Kanemu-jima »
une création collective du Théâtre du Soleil
en harmonie avec Hélène Cixous
dirigée par Ariane Mnouchkine
musique Jean-Jacques Lemêtre

Au Théâtre du Soleil jusqu’au 29 avril puis au TNP de Villeurbanne du 9 au 26 juin.