Laetitia Dosch a été la Jeune Femme (2016) de Léonor Serraille et débarquait en 2017 dans un zoo familial au bord de la faillite dans Gaspard va au mariage d’Antony Cordier. Aujourd’hui, nous la retrouvons comme metteuse en scène et comédienne dans un curieux essai de duo avec un cheval au théâtre des Amandiers.

Nous sommes prévenus avant d’entrer dans la salle devenue clairière : il nous faudra garder le silence et ne pas faire de mouvement brusque. La nature aurait-elle réussi à imposer son règne dans ce haut-lieu de dialogues ?

Tentative de (ré)création d’un Eden

Nous prenons donc place religieusement face à Corazon, cheval blanc qui se meut sans attaches devant la représentation d’une nature idyllique. Puis Laetitia Dosch, empruntant le même chemin que les spectateurs, survient. Se défaisant rapidement de l’unique étoffe qui habillait son corps, elle entre à nu dans cet espace. Pour autant, reste d’humanité, une épée pend à sa taille. Tout comme elle a abandonné vêtement, la comédienne va justifier son retour à la nature par un laïus désabusé. Ce premier monologue, digne d’un fil d’actualité, passe à la surface de toutes les misères de notre temps (incommunicabilité, perte de l’humanité face à la crise migratoire, désastres écologiques, absence d’égalité homme/femme). Corazon, hermétique à ses complaintes, tente de la couper, vient la sentir et va même jusqu’à lui tirer les cheveux. La parole cédant alors la place aux actes, la femme et le cheval vont apprendre à se connaître. Ils se promènent, jouent, se reniflent le derrière mutuellement, jusqu’à ce que Laetitia Dosch abandonne son épée pour des bouts de carottes…

Laeticia Dosch
Crédits : Philippe Quesne et Dorothée Thébert Filliger

Apprendre du cheval ou apprendre au cheval ?

Mais quelle est donc cette nature recherchée ? Est-ce un endroit dans lequel on veut concevoir un enfant-cheval dans une tente Quechua ? Car au-delà de l’espace fermé de la scène, c’est le langage si prompt précédemment à dénoncer, qui va venir cadrer et définir les actions de ce duo. Ainsi il ne va plus être question d’apprendre du cheval mais au contraire de donner aux actes de ce dernier, des significations. Instinctivement Laetitia Dosch va monter sur son comparse et ses mots vont guider sa marche. La dialectique de domination s’immisce. Si donc, comme on nous le montre, il nous est impossible de nous défaire de la volonté de contrôle du langage humain sur l’autre, alors peut-être pouvons-nous l’utiliser à travers d’autres logiques d’assemblages. Comme par exemple celles de l’écriture d’un rap ou de la création d’un spectacle. En utilisant ces formes, Laetitia Dosch continue ainsi de témoigner de cette hâte à tout détester que semble partager de plus en plus de nos contemporains, quitte à laisser certains spectateurs en soif d’alternatives. L’exubérance de ce duo tendrait presque à noyer la réflexion annoncée centrale sur l’égalité entre les êtres.

Laeticia Dosch
Crédits : Philippe Quesne et Dorothée Thébert Filliger

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HATE, Tentative de duo avec un cheval
Mise en scène Yuval Rozman et Laetitia Dosch
Avec Laetitia Dosch et le cheval Corazon
Collaboration chorégraphique et coach cheval, Judith Zagury / ShanJu

En tournée le 26 et 27 septembre au festival actOral à Marseille ; du 16 au 20 octobre au TNB à Rennes ; les 30 novembre et 1er décembre au festival NEXT à la Rose des vents à Lille Métropole ; du 16 au 18 janvier 2019 à Bonlieu, Scène nationale d’Annecy ; les 15 et 16 février au TPR, La Chaux-de-Fonds (Suisse) ; les 7 et 8 mars au Quai, CDN d’Angers ; du 13 au 16 mars à Sortie Ouest à Béziers ; les 16 et 17 mai à MA, Scène nationale de Montbéliard.

 

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Gastronome de bons mots j'aime à les déguster en salle, sur scène ou au coin du feu. Que le menu des curiosités s'annonce !