Un gimmick à la basse, le contralto de Grape et un clip multigénérationnel ; l’artiste israélienne ouvre le dialogue sur la consommation de drogue à Tel-Aviv avec « Baked ». 

Il y a quelques mois, une nouvelle artiste de la scène israélienne a fait entendre sa voix grâce à ses singles All we Have is time, sur le confinement, puis Shortcuts. Dans la continuité de ce précédent titre qui évoquait le stress d’un quotidien oppressant, Grape, talent brut de 25 ans, chanteuse, compositrice et productrice, installée à Tel-Aviv depuis 2019, revient avec un nouveau son intitulé Baked.

Grape, une signature vocale 

Enav Barak de son vrai nom est une jeune artiste dont la maturité vocale est terrassante. Sa force relève tout autant de cette voix, profonde, que de sa capacité à la poser sur des mots saisissants. Fruit du melting-pot israélien, elle mêle hébreu et anglais. Dans chacun des titres qu’elle compose, sa voix s’accompagne de beats et de mélodies assez épurés et souvent graves, qui enveloppent sa tessiture. Son grain de voix combiné à ses influences rap et R&B lui procurent une signature que l’on ne manquera pas de reconnaître à l’avenir. Elle n’hésite d’ailleurs pas à les marier à d’autres influences pour servir ses textes. Son précédent single Shortcuts dévoilait ainsi des accents électro et un clip aux tons vintage. Avec Baked, Grape rencontre l’inspiration du Reggae et du Moyen Orient dans un clip beaucoup plus sobre, qui donne encore plus de poids au problème de société qu’elle aborde.

« Baked », le poids de la désillusion de la jeunesse telavivienne

Le clip de Baked est composite. Multigénérationnel, multiéthnique, multigenre ; il invite à prendre la question de la consommation de stupéfiants comme un sujet global à Tel-Aviv. Terrorisme, ville la plus chère du monde en 2021, jeunesse désenchantée et inégalités sociales ; les sujets dévoilés par Grape derrière les volutes de fumée sont plus que jamais d’actualité, oppressants. Sans jugement, sans exhortation, elle expose le recours à la drogue comme un échappatoire à la chape de plomb qui pèse sur la ville et qui obscurcit l’avenir. Elle réussit ainsi à capturer les émotions qui traversent la métropole aujourd’hui pour les retranscrire à travers ce titre. Afin de réaliser ce clip, et en clin d’oeil à ses racines, Grape a convié ses amis, mais aussi son père, son neveu et sa petite soeur.

« Quand j’ai déménagé à Tel Aviv, j’ai appris qu’être seule peut être libérateur, mais que ça a un prix. J’ai déménagé au centre de Tel Aviv 6 mois avant le début du Covid et j’ai partagé un appartement avec 2 autres colocataires qui souffraient de TSPT (troubles de stress post-traumatique) ; ils avaient une licence d’herbe médicinale et ils étaient heureux de la partager avec moi. Fumer est devenu une habitude quotidienne qui me consommait plus que je n’en consommais. J’ai été tellement aspirée que j’en suis arrivée au point où j’ai perdu des amitiés et même été virée de mon job. Avec Baked, je me rends compte que parfois le blocage à ma propre évolution, c’est moi-même. »

A 25 ans, l’artiste laisse bien sûr une place importante à sa génération et lui prête sa voix. En évoquant tout d’abord cette impression constante de ne pouvoir envisager son avenir, au point de vivre au jour le jour, de dépenser en essayant de faire abstraction de tout. Pourtant, clame-t-elle, « je veux me soucier de quelque chose« . Elle montre, sans condamner, que la consommation de drogue semble généralisé devant cette angoisse légitime de la jeunesse. Pourtant, c’est aussi ce recours qui conduit, parfois, à l’exclusion sociale et à une charge supplémentaire à cette pression. Elle pointe également du doigt les désillusions devant l’actualité post-covid et questionne notamment sur l’intérêt de vote d’une jeunesse négligée, happée dans un nuage constant et pesant.