Une femme décide de s’isoler entre terre et vide au coeur d’un massif montagneux, dans un refuge ergonomique et high tech en forme de suppositoire. Perchée sur son promontoire naturel, elle s’astreint à une hygiène de vie stricte physiquement et spirituellement, qui la pousse à survivre dans des situations extrêmes. Toute cette mécanique de l’effort qu’elle met en place se voit transcendée par une problématique unique : comment vivre ?

Déranger l’habituel

On connaît à Céline Minard un goût certain pour le secouement de bananiers. Sa littérature aime remettre en cause les genres et se renouveler pour, à chaque fois, offrir aux yeux curieux un buffet de nouveautés exquises. Avec Le grand jeu, on ne change pas les bonnes habitudes. Ce roman surprendra autant les habitués de l’auteure que les nouveaux venus avec un ton, un style et un thème encore neufs. Ici, la protagoniste rapporte son expérience d’ermite et ses interrogations comme si elle était plongée dans l’écriture d’un journal intime. On pourrait se fourvoyer en imaginant qu’au fil de la lecture nous finirions par nous rapprocher de ce personnage excentrique, sans nom et sans visage, mais il n’en sera rien… A vouloir trop innover, Céline Minard perd en chemin tout le sel qui pimente habituellement ces récits d’aventures solitaires.

Un ouvrage glacial

On s’attendrait, en début de lecture, aux proximités habituelles avec le narrateur : questionnements personnels qui tendent vers l’universel, retour sur soi-même, récits de vie et récits d’expérience. Ici, les ingrédients sont là mais semblent vides de leur substance. Les récits d’expérience prennent la forme de rapports scientifiques, les questionnements philosophiques celle d’interrogations vagues qui resteront sans réponse… Si la narratrice semble partie à la recherche de quelque chose, c’est le « rien » qu’elle semble avoir trouvé sur sa route. On assiste au vide d’une pensée pauvre, contrainte de se raccrocher aux matériaux, rendus sans saveur, qui l’entourent pour justifier une humanité inexistante. C’est dommage, le style est fin et précis; peut-être un peu trop, car il finit par sombrer dans l’auto-satisfaction du spécialiste (alpin en l’occurrence).

La déception est grande avec Le grand jeu. L’originalité promise ne permettant malheureusement pas de rattraper un manque de chaleur et une hyper-spécialisation du vocabulaire ennuyants.

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« Le Grand Jeu », Céline Minard, Editions Payot & Rivages, 192 pages, 18 euros. 

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