Au-delà des robes sublimant de rêves de soie sa muse, le célèbre couturier au classicisme rayonnant, a su, au fil des créations qui lui étaient dédiées, mettre en lumière sa personnalité, l’originalité de cette « Drôle de frimousse » mais aussi pénétrer le cœur d’une grande femme et devenir son double masculin. Zoom sur une des histoires les plus platoniques entre l’univers de la mode et celui du septième art !

L’une des histoires d’amour des plus platonique et des plus célèbres n’aurait bien pu ne jamais voir le jour. Remontons dans le temps, nous sommes au début des années 1950. Occupé à travailler sur sa nouvelle collection, Audrey Hepburn apparait inopinément, pour la première fois dans l’atelier de couture d’Hubert à Paris. La porte s’ouvre… On l’avait prévenu de l’arrivée de Mademoiselle Hepburn, présument immédiatement que c’était Catherine Hepburn, qu’il adorait. Se pressant pour la saluer, il se retrouve confronté à une jeune femme dont il ignorait l’existence, habillée comme un Gondolier. Totalement stupéfait. C’est Audrey Hepburn! Héroïne de « Vacances romaines », elle oeuvre sur autre projet de film en préparation : « Sabrina » dans lequel elle doit être vêtue d’un esprit parisien. D’abord elle lui est apparue gracieuse, gracile, différente de ce que l’on avait l’habitude de voir. Elle était si mince, si grande, aux yeux enchanteurs, apposées sur une silhouette délicate.

«Faites ce que vous pouvez, mais j’aimerais que ce soit vous qui m’habilliez.»

Le couturier Hubert de Givenchy refuse dans un premier temps d’habiller la jeune actrice Audrey Hepburn, dans un soucis de manque de « petites mains ». Il n’était pas dans l’état de faire une garde-robe importante pour Sabrina, répondant qu’il ne pouvait subvenir à sa demande. Puis se ravise, conquis en un dîner. Le charme et l’élégance naturelle d’Audrey opèrent, persuadant Hubert qu’il devait absolument créer ses robes. Dès le lendemain, elle essayait déjà quelques vêtements de la collection à l’atelier. Elle aimait tout ce que Hubert lui présentait. C’était divinement parfait. Elle avait une taille exceptionnelle, les proportions exactes du mannequin. Audrey lui avouera plus tard qu’elle était tombée amoureuse de ses vêtements quand elle tournait en France « Nous irons à Monte-Carlo (Monte-Carlo Baby) », étant incapable de faire le moindre achat. Après Sabrina, Audrey, avec cette loyauté qui la caractérisait, a exigé qu’Hubert l’habille dans tous ses futurs films contemporains : Drôle de frimousse (Funny Face), Ariane (Love in the Afternoon), Diamants sur Canapé (Breakfast at Tiffany’s), Charade, Deux Têtes Folles (Paris – When it Sizzles) et Comment voler un Million de Dollars (How to Steal a Million). A l’écran, aux côtés de Humphrey Bogart en 1954, Audrey Hepburn porte ainsi une robe de bal ivoire brodée de fleurs et bordée de noir, signée Givenchy. Elle porte, la même année, une délicate robe ivoire à motifs floraux quand elle reçoit un Oscar. C’est ainsi qu’Hubert et elle entamèrent une longue et intime relation…

En mode comme en amitié, les deux artistes s’accordent à merveille, comprenant l’un et l’autre « ce qu’elle aimait, ce qu’elle pouvait porter ». Parfois, elle voyait des silhouettes dans la collection et il les modifiait pour elle. Le style d’Audrey est arrivé avec une silhouette tellement différente, tellement actuelle. Hubert de Givenchy, avec attention, en plus de son charme et de son élégance, retiendra cette capacité qu’elle avait à se faire aimer et admirer aussi bien des femmes que des hommes. Son image était unique. Elle savait exactement comment se forger cette image forte et indépendante, s’étendant naturellement à sa façon de s’habiller. Elle n’était pas seulement l’élégance, elle améliorait l’impact de la conception entière.

« Les vêtements de Givenchy sont les seuls dans lesquels je me sens moi-même. Plus qu’un styliste, il est un créateur de personnalité »

Audrey Hepburn et Hubert de Givenchy à Paris en 1982. – Jacques Scandelari courtesy Hubert de Givenchy

Elle avait le sens du devoir, son engagement pour l’Unicef en témoigne. Ambassadrice de bonne volonté dès 1988, elle ne savait pas comment remercier le Ciel pour ses deux enfants. Elle avait eu beaucoup de difficultés pour les avoir. Travailler pour l’Unicef était une manière de remerciement pour avoir connu le bonheur d’être mère. A son tour, elle faisait don d’elle-même. Elle avait tout, Audrey. Elle était humaine, généreuse, très prévoyante aussi. Elle avait désigné Hubert de Givenchy comme son légataire testamentaire, organisant toute sa vie pour que ses enfants ne manquent jamais de rien et soient toujours protégés par le fruit de son travail. Elle avait connu de telles épreuves de privation pendant la guerre, qu’elle ne voulait pas que ses enfants connaissent une situation identique. Même après sa mort, elle prenait soin d’eux. Elle donnera de nombreuses interviews télévisées, habillée d’un simple t-shirt de satin ou de soie. Évoquant les horreurs de la guerre, elle disait à Givenchy : « je me sens, par ce petit morceau de soie, protégée parce que tu es près de moi ».

Cinq ans plus tard, c’est encore un bout de tissu qui les unit, lorsque le couturier se rend en Suisse au chevet de son amie, souffrant de deux cancers, et reçoit de ses mains un manteau matelassé bleu marine, auquel elle ajoutera : « Quand tu seras malheureux, porte-le et ça te donnera du courage. ». De Genève à Paris, Hubert de Givenchy pleurait, emmitouflé de cette doudoune. Aujourd’hui, Audrey Hepburn aurait 70 ans. Et pour Hubert c’est comme si elle était toujours là

« Je ressens comme si elle s’était embarquée pour un long voyage dont elle sera de retour un jour. Parce qu’Audrey est une personne d’un intérêt infini, on ne peut jamais se fatiguer à parler d’elle. Ce qui me manque, cependant, se sont ses coups de fil qui avaient l’habitude de me sortir du blues. Parfois c’était juste pour dire « Merci, Hubert. Je vous aime. »

C’est avec une grande constance et cette extrême délicatesse qui le caractérise qu’Hubert de Givenchy a décidé de rendre hommage à celle qui a accompagné, pendant quarante ans, sa vie professionnelle et privée. « To Audrey with love », au Gemeentemuseum de La Haye, aux Pays-Bas, rend hommage à Audrey Hepburn à travers les chefs-d’œuvre de satin, de tulle et de soie que l’actrice portait avec tant d’élégance. Hubert de Givenchy a préparé durant un an cette exposition à la fois moderne et teintée de nostalgie, veillant au moindre détail de chacune des 100 tenues présentées, dont un tiers jadis enfilées par la star d’Hollywood.

Vous pourrez y découvrir le tailleur en crêpe de laine avec ses gants de cuir endossé dans « Charade » (1963), la robe de soirée tout en jeu de transparences mêlant velours, tulle et sequins dans « Liés par le sang » (1979) ou encore la célèbre robe noire rehaussée d’une myriade de perles tout droit sortie de « Diamants sur canapé » (1961).

Exposition Givenchy, La Haye, pays-bas
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