Pauline Pavec, tout juste sortie de l’École du Louvre, ouvre une galerie soutenue par Prisme dans le VIIème arrondissement de Paris. Le projet est prometteur, et nous avons décidé de vous en parler, nous l’avons rencontrée.

Pauline Pavec, toute jeune, ouvre sa galerie d’art à 22 ans. Sous ses airs de jolie poupée, derrière ses grands yeux noirs, la belle a plus d’un tour dans son sac. Après avoir étudié l’œuvre de la critique d’art Anne Tronche, et en parallèle de ses recherches sur la scène française des années 1970, elle prend un pari fou. Fou ? Peut-être pas tant, puisque à voir son parcours déjà long – commissariats d’expositions indépendants, conseillère pour des collectionneurs privés, rédactrice en chef ponctuelle du Journal de Paris, chef de projet pour Private Choice – on comprend que le VIIème arrondissement de Paris, quartier où la galerie Pauline Pavec ouvrira ses portes en février prochain, va faire, avec une telle énergie dans ses rangs, des ravages.

G : Jean von Luger, Beth (détail), acylique sur toile, 130 x 97 cm, 2017 – D : Quentin Derouet, Murmurons l’aveu, rose sur toile, 130 x 97 cm, 2016

Pauline, vos projets sont multiples et presque « touche-à-tout » dans ce que peut proposer le monde de l’art : exposition, écriture, valorisation d’artistes. Mais d’où vous est venu ce projet particulier de monter une galerie ?

J’ai la chance de pouvoir tenter cette aventure suite  l’initiative de Thomas BenhamouLouis­-Marie Giudicienti et Pierre Lorquin, qui ont créé il y’a quelques mois Prisme, un tremplin pour jeunes galeries. C’est un soutien actif aux nouveaux acteurs du monde de l’art  comme moi­. Cette jeune entreprise met  ma disposition un espace physique, un support intégré sur les activités internes de la galerie ainsi qu’un partage de réseaux. 
Après, pour ce qui m’anime, j’aimerais éviter le laïus qui raconte ma curiosité débordante, mais je crois qu’il faut être franc : c’est elle qui me guide ! Je me suis rendu compte qu’il y a une pluralité folle de paroles fascinantes. Des paroles que les artistes affirment dans leurs travaux. Moi ce qui m’anime, c’est défendre cette pluralité. Il y a de nombreuses visions de l’art et je voudrais laisser surgir la parole des artistes qui me captivent.

Mais pourquoi ce format particulier d’une galerie, d’un espace physique ?

À travers les différentes expériences que j’ai eue, je me suis rendu compte de l’importance de la galerie comme lieu de valorisation. C’est un endroit de soutien, de découverte et de partage. Il y a une rencontre directe qui se fait avec les travaux. On peut voir, quand on pousse la porte d’une galerie, que telle ou telle œuvre est animée d’une véritable passion ! Tout ça me donne envie de soutenir les artistes qui me touchent, de les porter, de les faire connaître et de les défendre comme ça : publiquement.

Ça serait l’amour des artistes qui vous animerait donc ? L’amour des artistes et l’idée d’espace de partage ?

Je ne dirai pas que c’est l’amour des artistes qui m’anime, plus l’envie de faire de belles choses tout en mettant en avant un véritable amour pour l’icône qu’est l’œuvre d’art.

G : Jean von Luger, Colette, acylique sur toile, 130 x 97 cm, 2017 – D : Claire Chesnier, 270617, encre sur papier, 160 x 133 cm, 2017

Du coup, vous vous qualifiez davantage comme un « passeur » ? 

Exactement ! Pour moi, le jugement de goût n’est pas vraiment intéressant. Je ne trouve aucun intérêt à défendre mon plaisir esthétique. Mais j’ai envie que mes choix fassent sens aujourd’hui dans une histoire de l’art contemporain. On vit dans une dynamique d’accélération, et moi, je veux prendre le temps, donner la parole à ces artistes, les recevoir et les mettre en lumière. Je m’attarde surtout sur des artistes qui m’ont passionnée parce qu’ils sont passionnants ! La grande question selon moi, ça n’est pas le goût, c’est le sens.

Si je comprends bien, vous aimeriez faire une pause dans la frénésie artistique pour qu’on se préoccupe du sens que peut avoir l’art. Mais qu’est ce que vous entendez par cette notion de sens ?

Je n’ai pas vraiment envie de faire une pause, j’aime cette frénésie, qu’il se passe des tas de choses ! Savoir faire la part des choses, c’est en cela que ce métier à encore du sens, dans cette immense cacophonie d’artistes et de propositions.
Par le sens, j’entends libérer des paroles incarnées. J’aime les artistes habités, ceux qui ont une œuvre complexe, qui vivent pour l’art, ceux qui sont artistes avant d’être professionnels. On a jamais eu autant d’artistes et pourtant les véritables engagés se font de plus en plus rares. Ce que je voudrais, c’est que la passion soit un mouvement. Je voudrais qu’on comprenne la force de certains, que je pressens.

Mara Fortunatovic, Indagatio

Du coup, en quelques mots, quelle sera la ligne directrice de votre galerie ?

Je vais défendre autant des artistes émergents que des artistes historiques que j’aimerais que l’on redécouvre à la lumière de pratiques artistiques contemporaines. Pour moi, il y a un jeu de regards entre eux. Les établis peuvent influer sur les jeunes et les jeunes, proposer une nouvelle lecture des œuvres historiques. Les pièces jouent entre elles et l’aura de chacun trouve sa place. 
Par exemple, je vais travailler sur Robert Malaval, décédé en 1980, associé à l’Ecole de Nice dès les années 1960 et considéré comme le premier artiste pop français. Défendre cet incroyable personnage m’a semblé évident. Son œuvre a été très prolifique et aujourd’hui, il est délaissé. Pour moi c‘est impossible à concevoir ! Il sera dans la première exposition, une exposition de groupe, mais après celle ci, je vais lancer une série de solo et de duo show de manière à rentrer profondément dans les œuvres de chacun. Il en fera parti.

Mara Fortunatović, Pono, acier, bois, glycéro, 2016

Malaval va être l’un des artistes que vous allez représenter par exemple ?

Oui, comme je vous le disais, je prévois de faire un travail à long terme sur son œuvre. Pour commencer quelques œuvres jamais montrées – toiles et encres datées de 1959 – seront présentées dans la première exposition et une autre,  personnelle et bien plus importante, est prévue dans quelques mois – accompagnée de publications… L’envie est de rendre sa pratique, complexe et hétéroclite, accessible et de montrer l’importance de l’œuvre de cet artiste au parcours unique. 

On a donc, entres autres, Malaval pour les historiques, et quels seront les artistes émergents ?

Je ne vois pas de différence de traitement entre les artistes. Je travaille avec Malaval exactement comme avec un artiste d’une trentaine d’années. Dans cet accompagnement, le travail de galeriste est le même. Par exemple, je vais montrer des pièces très peu ou jamais exposées de Robert Malaval, alors que certaines œuvres de Quentin Derouet ont déjà eu une visibilité beaucoup plus grande.
Mais il y aura, par exemple, Mara Fortunatovic, une artiste franco-croate oscillant entre la peinture et la sculpture, Quentin Derouet un peintre au geste universel et Jean Von Luger, un artiste du presque rien. 
Ce qui lie tous ces artistes n’est pas forcément factuel. On en revient à la question de l’incarnation qui est primordiale dans le choix de mes artistes. Ils ont un engagement total dans ce qu’ils font et des pratiques radicales se dessinent chez chacun d’eux. Je sens au travers de leurs œuvres ce désir de dire.

G : Quentin Derouet – D : Malaval, Nihilisme grignotant (détail), 1959

Vous allez vous installer dans le VIIème arrondissement, ce n’est pas vraiment le lieu le plus arty de Paris, est-ce un choix ? Pensez-vous que cela peut nuire à cette première expérience ? 

J’ai eu la possibilité de m’établir ici suite au soutien de l’équipe de Prisme dont les premiers locaux sont rue de Grenelle. Je ne pense pas du tout que le VIIème arrondissement puisse nuire à mon épanouissement, au contraire ! Aujourd’hui, on peut s’installer n’importe où dans Paris. J’adore les galeries qui ouvrent sans préjugé dans des endroits atypiques – comme la galerie Continua en Italie. De nombreuses rencontres sont faites sur les foires et le public est partout. C’est même une chance incroyable, un comble quelque part. Au départ, j’avais envisagé ouvrir dans le XVIIIème et finalement, je trouve cette localisation géniale !

On entend dire que le modèle de la galerie est terminé. À l’heure du numérique, les gens commencent à investir de plus en plus sur internet et les maisons de ventes prennent de l’importance. Comment vous placez-vous par rapport à cette mouvance ?

Tout ce que vous dites est vrai, et vous avez raison, les maisons de vente prennent de plus en plus de place, mais je pense qu’on peut travailler ensemble, nous sommes complémentaires. Il est clair que le modèle de la galerie traditionnelle est en difficulté, cependant je ne pense pas qu’il soit voué  disparaître, mais plutôt  s’adapter et  évoluer. C’est à cet égard que le projet de Prisme, qui mise sur un partage des ressources, me parait pertinent. 
Il faut vivre avec son temps, et internet est un véritable outil. La galerie n’offre pas les mêmes rapports aux œuvres. Je veux créer un espace de conversation entre les artistes, leurs pratiques et le public. Je vois ma galerie comme une base, un endroit pour reprendre son souffle, un lieu de recherches afin de transmettre des histoires. J’ai déjà prévu de faire rapidement des foires. Je suis mobile, flexible, je veux que le monde entier entende ce que les artistes ont à dire. Je vais travailler à l’étranger, avec des galeries, des curateurs, je vais coopérer avec tous les acteurs du milieu de l’art. 
Le but d’une galerie c‘est aussi de rassembler, de vivre de belles choses, et de vivre une forme d’effervescence, toujours dans le même but de valoriser ces gens qui ont des choses à dire, les artistes.

G : Malaval, Lavis à baton rompu 1959 – D : Jean von Luger, Juliette, 162 x 130 cm acrylique sur toile, 2017

Pauline Pavec inaugure le 8 février avec « AURORES », un group-show d’ouverture, le dévoilement des artistes qu’elle souhaite soutenir. Des œuvres caractéristiques de Jean Degottex, Quentin Derouet, Mara Fortunatovic, Claire Chesnier, Robert Malaval, Eugenio Pipo et Jean Von Luger, marqueront le début de nouveaux horizons : comme une première lueur qui annonce un quelque chose à venir.

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Galerie Pauline Pavec, 39 rue de grenelle, 75007 Paris
Invitée par Prisme
Vernissage le 8 février 2018 – « AURORES » du 9 février au 10 mars 2018
Prisme.
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Rédactrice en chef de la section art - La tête en l'air, les yeux droit devant, le cœur accroché, la main vive, la langue déliée et l'amour de l'art, toujours.