Icône discrète du cinéma français, Françoise Fabian s’est lancée corps et âme dans un nouveau projet musical sous la houlette d’Alex Beaupain. Son premier album, disponible le 18 mai, rassemble quelques-unes des plus belles plumes de la chanson française.

Les cinéphiles se souviennent de Françoise Fabian donnant a réplique à Jean-Louis Trintignant dans Ma Nuit Chez Maud d’Eric Rohmer en 1969. Les nouvelles générations l’ont peut-être croisée récemment dans un épisode de la série Dix Pour Cent, ou bien dans LOL de Lisa Azuelos en 2008. Françoise Fabian est une grande actrice, mais elle aurait pu aussi bien être chanteuse. Cette idée lui trottait dans la tête depuis des années et c’est finalement aujourd’hui, à 80 ans passés, que Françoise saute le pas grâce à Alex Beaupain, qui lui a arrangé un album de 12 chansons sur-mesure. Un disque sensible et ciselé disponible ce 18 mai, et que nous avions pu écouter en présence de l’artiste il y a quelques mois…

(c) Christophe Roue

Ma soirée chez Françoise

C’était un soir de février, dehors la neige avait recouvert Paris. Les voitures roulaient au pas et les rares passants se pressaient tant bien que mal sur les trottoirs verglacés. C’est dans cette atmosphère hivernale qu’allait se dérouler l’écoute du premier album de Françoise Fabian auquel nous étions conviés, dans les locaux du label Wagram.

Elle avait peur que les gens ne viennent pas, la salle est pleine. On y croise des journalistes, quelques amis, et d’autres artistes comme Vincent Delerm, Alex Beaupain, Dominique A, La Grande Sophie… Tous ont participé à ce premier album orchestré par Beaupain. Françoise se dit « chanceuse », elle parle déjà de la tournée à venir, « avec Alex à la mise en scène », et on la sent émue de se trouver ici, si bien entourée. Moi aussi, mes yeux brillent. Je me souviens de son personnage d’Aurore dans Raphaël ou le Débauché de Michel Deville, figure angélique face au libertin incarné par Maurice Ronet. Dans mon enfance, lorsque j’entendais le mot « beauté », je pensais à elle. Et j’y pense toujours. Françoise Fabian n’a pas changé, elle a gardé son doux regard émeraude, son charisme et sa gentillesse, sa douceur et sa générosité.

Au terme de cette écoute religieuse, tout le monde se lève pour Françoise qui a du mal à retenir ses larmes. Cet album, « c’est un cadeau », nous dit-elle. Et, s’adressant à ses auteurs : « Je suis pleine d’amour quand je chante vos chansons. » Nous aussi Françoise, notre cœur déborde.

(c) Christophe Roue

Un album sur-mesure

Le disque s’ouvre sur Après quoi courrions-nous ? Une chanson écrite par Alex Beaupain et composée par Julien Clerc, dont on reconnaît immédiatement la patte mélodique. Après une montée de cordes tout en délicatesse, la voix de Françoise résonne enfin, fragile, sincère et mélodieuse. Comme l’on réciterait un poème, elle chante en vivant chaque mot intensément, laissant parfois place aux silences et à la mélancolie douce qui transpercent entre chaque note. On se laisse emporter par les sonorités bossa nova imaginées par Beaupain pour Passages, un très beau texte de l’écrivain Jean-Claude Carrière, on vibre sur les mots et la mélodie de Charles Aznavour avec Ce Diable d’Homme, où se dessine entre les lignes le portrait de Marcel Bozuffi, le grand amour de Françoise : « Je croyais à l’amour idyllique et céleste, j’ai peut-être un peu trop rêvé au cinéma… »

Premier choc, La Conversation, écrite et composée par Vincent Delerm chasse le passé en quelques mots : « Approchez-vous maintenant, racontez-moi le présent… » Sur un arrangement très sombre, piano et guitare électrique, la nostalgie heureuse fait soudain place à la peur de vieillir seule. Un déchirement contenu, une première brèche dans ce tissu de souvenirs qui s’ouvrira fatalement sur l’évocation de la mort : « Vous penserez à moi et je vivrai toujours », écrit Beaupain sur L’Idée, ou encore Delerm à nouveau, sur Bonsoir : « La nuit est tombée, je voulais rejoindre une vie qui s’efface. »

(c) Christophe Roue

Cette vie, Françoise nous la raconte pourtant avec une telle fraicheur et parfois une telle malice, qu’elle ne laisse jamais totalement le spleen submerger l’auditeur. Deuxième coup de cœur de cet album, la chanson Monsieur vous vous trompez d’épaule ressort d’autant plus qu’elle semble à rebours de toutes les autres. Sur ce titre, Françoise Fabian n’a plus 85 ans. Elle en a 20, et sa sensualité s’éveille au contact d’une simple caresse sur l’épaule… Ce texte, l’un des plus sensibles de l’album, est signé du jeune auteur Arthur Dreyfus, et subtilement mis en musique par Ronan Martin.

A retenir également la belle mélodie mutine de La Grande Sophie sur La Vie Modeste, les tambours lancinants de Dominique A sur Cligner des Yeux et la dernière ballade signée Alex Beaupain : « Je ne rêve plus de vous, mais j’y songe sans cesse », nous chante Françoise. Jusqu’aux dernières notes de guitare, cet album s’étire comme une bande originale de la vie de Françoise Fabian, celle de la femme plus que de l’actrice, avec ses fêlures et ses joies, ses peurs et ses espoirs. Un bijou.

(c) Christophe Roue

Tracklist de l’album :
1. Après quoi courrions-nous ? (Alex Beaupain / Julien Clerc)
2. Passages (Jean-Claude Carrière / Alex Beaupain)
3. Tant de choses que j’aime (Nicolas Kerr)
4. Ce diable d’homme (Charles Aznavour)
5. La conversation (Vincent Delerm)
6. Cligner des yeux, en duo avec Alex Beaupain (Dominique A)
7. Monsieur, vous vous trompez d’épaule (Arthur Dreyfus / Ronan Martin)
8. La vie modeste (La Grande Sophie)
9. Au bout du compte (Axel Reynaud / Valentine Duteil)
10. L’idée (Alex Beaupain)
11. Bonsoir (Vincent Delerm)
12. Je ne rêve plus de vous (Alex Beaupain)

Françoise Fabian, album disponible le 18 mai 2018.
En concert au FNAC LIVE Festival à Paris du 5 au 7 juillet.
Rétrospective Françoise Fabian organisée à la Cinémathèque française du 2 au 9 juillet 2018.

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Journaliste, curieuse et amoureuse des mots, j'aime partager mes découvertes musicales et artistiques sur la toile.