Le festival Séries Mania, rendez-vous incontournable pour tous les sériephiles de France et de Navarre, propose pour sa septième édition dix journées de projections et de rencontres pour les amateurs comme pour les professionnels. Du 15 au 24 avril, vous pourrez ainsi sauter de séries américaines aux web-séries tout en vous régalant des discours de David Chase, Harlan Coben ou encore Cuba Gooding Jr. Pour inaugurer la première journée du festival, une projection bien sûr, celle du premier épisode de Vinyl au Grand Rex à 20h, précédée par une conférence passionnante : « L’avenir des séries est-il dans son passé ? »

Pour cette conférence inaugurale, le casting des intervenants est de choix : animée par Thomas Destouches (Responsable éditorial allociné) et développée par Aurélien Allin (Cinémateaser), Alix Kerrest (Daily Mars), Benoit Lagane (France Inter) et Pierre Langlais (Télérama). Le débat paraît prometteur et nourrit nos attentes dès le début de la conférence, très bien organisée puisque les questions ont été posées aux intervenants avant la présentation, ce qui leur a permis de fournir des réponses étoffées et nourries de références juteuses.

Avec la revenue de séries comme X-Files, Twin Peaks, Macgyver, il paraît indispensable d’effectuer une distinction théorique entre la suite, le reboot et le remake. On parle de suite lorsque l’on se lance dans une nouvelle saison d’une série arrêtée (comme X-Files) ; de remake lorsque l’on reprend les codes de la série et que l’on modifie des éléments tout en gardant les fondements originels (comme The Killing, adaptée de la série danoise Forbrydelsen) ; de reboot lorsque l’on utilise la même histoire et que l’on reprend tout à zéro (comme Macgyver). Une fois la distinction posée, on peut parler en connaisseurs, la conscience soulagée, et commencer la conférence du bon pied.

               Reboots, remakes et suites : un phénomène récent ?

On apprend qu’aux débuts de la télévision américaine, les séries étaient déjà des reprises d’émissions radiophoniques comme Dragnet, qui a posé les jalons de la série policière. On lance les débats, et si pour certains ce phénomène est inhérent à la pop culture dont le principe est de prendre les icônes et de les réutiliser, pour d’autres le retour est classique à cause de ses valeurs sûres. On trouve deux raisons à ce phénomène : la crise créative, mais aussi la visée de publics spécifiques par des boîtes comme Netflix qui répondent à une demande, avec des séries comme La fête à la maison 20 ans après (les intervenants prennent d’ailleurs un malin plaisir à tacler ce retour). On prend un peu de hauteur en réalisant que la série n’est devenue un divertissement de masse que depuis une quinzaine d’années seulement, et l’on commence donc à peine à se rendre compte de ces reprises qui ponctuent l’univers sérial depuis longtemps déjà.

               Une grande dimension affective et un besoin de transmission

La majorité des séries reprises datent des années 80-90. Les gros consommateurs de série aujourd’hui ont grandi avec ces séries, et les producteurs jouent sur cette dimension affective puisqu’ils savent que les gens vont de suite associer ces reboots, remakes et suites à un sentiment positif (et donc, devenir un public). On parle de « pré-conscience » du public : on ne produit pas forcément pour offrir un contenu de qualité, mais plutôt pour répondre à des attentes que l’on imagine être celles du spectateur. La suite devient alors pour certains un produit économique, quand d’autres préfèrent parler d’argument publicitaire. L’attachement aux séries n’est pas à trouver seulement du côté des spectateurs : on pense notamment à Spielberg qui, ayant grandi dans les années 60 avec la 4eme dimension, a décidé d’en faire un film en 1983. Le concept de transmission prend alors une grande importance, puisqu’il s’agit aussi en faisant des reboots, remakes et suites de pouvoir rendre accessible aux générations suivantes des concepts qui ont marqué une époque. Dommage pour certains qui déplorent l’esprit « les vieux films c’est nul », et pensent que pour redécouvrir un classique et le transmettre, il suffit de retourner directement à l’original sans nécessairement passer par une reprise douteuse…

               La culture sériale en France

En France, on a aussi eu droit à nos reprises : la série Vidocq, diffusée dans les années 60, a ainsi connu une suite dans les années 70 intitulée Les nouvelles aventures de Vinocq. Le problème qui se pose en France serait plutôt celui de l’énorme trou dans la production de séries entre les années 80 et les années 2000 : si nous avions eu plus de production sériale durant cette période, nous aurions sûrement connu une plus grande culture de la reprise en France. La question de cette culture est centrale, puisque contrairement à l’Angleterre (on pense bien sûr à Doctor Who) la France n’a aucune culture sériale. Sûrement peut-être parce que les séries françaises ne reflètent pas notre identité dans tout ce qu’elle a de singulier.

               La place des reboots, remakes et suites dans le paysage sérial

En tout, on compte seulement un petit pourcentage de 10% de remakes dans l’univers des séries. Si l’on en parle, c’est parce qu’ils sont beaucoup plus mis en avant que les nouvelles productions : les américains misent donc sur de la « comfort food » avec des reprises qu’ils savent déjà efficaces. En somme, les suites et consorts sont comme une reprise de chanson : si elle n’est pas bien interprétée, si le travail créatif n’est pas poussé, ça ne sert à rien. On pointe ainsi la difficulté des producteurs à réinventer les concepts dans un contexte contemporain, tout en rappelant qu’il est délicat de trop modifier le concept de départ puisque l’on promet de faire la même chose : on entre alors dans le cercle vicieux de la production sériale, tiraillé entre volonté de création et promesse de fidélité à l’original. On rappelle aussi les différences de diffusion entre les networks et les grandes sociétés de production, et l’on projette ainsi que si une série comme the good wife avait été diffusée sur HBO ou ANC, elle aurait sûrement été considérée comme un vrai chef-d’oeuvre.

On pose aussi le problème des techniques de production actuelles des séries autour de suites comme X-files : avec sa saison 10, les producteurs ont tenté de réunir tous les ingrédients des 9 saisons précédentes en condensé, ce qui donne un rendu un peu maladroit et mal dosé. Les séries souffrent de l’obsession américaine des « Séries évènements », alors qu’il paraît évident qu’une série aussi dense que X-files ne peut pas vivre dans cet espace confiné.

               Le spectateur au coeur des hostilités

Le spectateur, grande cible de ces reprises, tient une place non négligeable dans leur réception et dans leur considération. Ainsi, Alix Kerrest souligne très justement que c’est le fan qui choisit si une reprise devient une partie intégrante de la saga, ou si, au contraire, répudiée par son goût, ne représente qu’une pauvre suite désolidarisée de l’ensemble de départ. Après avoir tapé longuement sur la société de consommation et sur les producteurs avides, on rappelle pourtant le manque de curiosité des spectateurs, qui ne se fédèrent pas autour de séries remarquables comme The Leftovers ou The Americans.

               Reprises réussies, ratées et séries impossibles à reprendre

La reprise de Battlestar Galactica dans les années 2000 par Ronald D. Moore est ainsi considérée comme bien meilleure que l’originale, tout comme NY police d’Etat, passée du statut d’inregardable à tolérable. On évoque ensuite le pire des reprises, comme Ironside (remake de L’homme de fer de Collier Young), Heroes Reborn ou encore La fête à la maison 20 ans après. On se demande alors s’il est possible que ces reprises ratées n’aient pas d’influence sur la qualité de la série globale, et l’on conclut que non, les trois dernières saisons de X-files ne changent définitivement rien au sublime des six premières saisons. Certaines séries échappent à ce type de questionnement car elles ne pourraient jamais faire l’objet d’une reprise, celles notamment qui n’ont pas de concept réel, ou celles dont le développement forme un tout bouclé, comme Buffy the vampire slayer, qu’il ne serait pas nécessaire d’ouvrir à nouveau. « A quoi bon refaire les grandes séries qui valent aussi parce qu’elles sont de leur époque ? »

Pour la soirée d’ouverture, on a pu retrouver Bobby Cannavale à 20h, dans la plus grande salle du Grand Rex, pour la projection du premier épisode de Vinyl, produite par Scorsese et Jagger. Le jury de la compétition internationale était aussi au rendez-vous, composé par les grands David Chase (créateur des Soprano)Yaël Abecassis (actrice), Amira Casar (actrice), Tony Grisoni (Scénariste) et Fanny Herrero (Scénariste).

Le programme de ce week-end est à retrouver ici : Rencontres avec Harlan Coben et David Chase, diffusion des séries Casual, Hap and Leonard, Four seasons in Havana, The five, Mister Robot, The kettering accident et conférence « Mr Robot : Une série anti-capitaliste ? ».

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Rédactrice en chef de la section cinéma - Amoureuse de grands espaces, de cinéma et de littérature, je parle beaucoup mais je parle culture !