Jusqu’au 14 août 2016, la mode se fait art aux Musée des Arts Décoratifs. Une exposition d’une grande richesse mais qui perd un peu par son manque d’explications…

L’intention est plus qu’alléchante, aussi bien pour les férus de mode que pour les curieux d’art : les Arts Décoratifs proposent, avec l’exposition Fashion Forward, de retracer trois siècles de mode en puisant dans leur collection personnelle. A l’occasion des trente ans de sa collection de mode, le musée offre à voir, dans une frise chronologique inédite, plus de trois cent pièces toutes plus belles, toutes plus emblématiques les unes que les autres.

Beauté des collections

Du velours, des broderies, des tissages en soie, des galons, des volants, des fronces renvoient dans une première partie (du XVIIème siècle au milieu de XXème) à des papiers peints, à du mobilier, à des accessoires qui réfèrent à leur époque respective. Toute la force de l’exposition est là, dans ce regroupement des arts -mode et design d’intérieur-, qui nous transposent dans des temps révolus. Dans une seconde partie (du XXème siècle à nos jours), les renvois au monde disparaissent et seuls les vêtements sont mis en scène. Émergent alors des coupes que l’on connait bien, et des noms de créateurs inscrits dans l’Histoire (Balenciaga, Fath, Dior, Balmain, Yves Saint Laurent, Margiela, Driss Van Noten, Lang, Miyake…). Les pièces sont belles, symboliques, les styles sont définis. Les années 30 et l’absence de taille sur des robes droites ; les années 40, années sombres, où la silhouette s’alourdit ; les années 50 où l’élégance puise toute sa force dans des tailles délicates et des jupons amples ; les années 60 et leur jupes courtes ; les années 70 où le genre commence à être questionné et où les couleurs flashent ; les années 80, années des contraires où l’excès côtoie le minimalisme ; les années 90 où la sobriété est de mise et les années 2000, toutes proches de nous, qui brassent en renouvelant avec brio les temps passés. L’illustration du siècle dernier est magnifiquement menée. Dans la nef, apparaissent en hauteur ces créations incroyables qui évoluent sur un podium où le corps est mis en exergue. L’habit est sublimé.

La direction artistique a été confiée au danseur et chorégraphe anglais Christopher Wheeldon qui assemble avec grâce et élégance ces vêtements porteurs d’une histoire particulière. C’est peut-être là tout le problème. La mise en scène est tellement léchée et si belle que l’on oublie presque être dans une exposition. L’information, les précisions souhaitées sont souvent hors de portée. Si les premiers pas restent justes et bien pensés (malgré une difficulté certaine à lire les cartels et replacements historiques), une fois passé l’époque du Nouvel Empire, le regard se perd. Le ballet des tissus est exempt de tout rattachement théorique. Non pas qu’il faille assommer les visiteurs avec des indications infinies, mais une anecdote, un contexte, une explication n’auraient que grandi le propos.

Montrer c’est bien, expliquer c’est mieux

Le catalogue (qui est très bien fait), affirme vindicativement que la pluralité de modes est nécessaire pour comprendre la société et que le paraître a joué, de tout temps, une importance considérable dans les mœurs, participant de la construction de nos sociétés. Et justement, comment peut-on prendre la mesure de ces dires et convaincre les plus dubitatifs si aucune information n’est fournie ? Quel dommage de ne pas savoir d’où viennent les manches raquettes. Quelle tristesse de ne pas avoir mentionné que les robes du soir de mesdames, au XIXème siècle, servaient aux messieurs à étaler leur fortunes en perles et pierreries (oui, ces dames étaient habillées à la hauteur du compte en banque de leur mari). Qu’il est regrettable d’avoir occulté le côté économique, le côté social, la libération de la femme, la libération des mœurs… Difficile de lecture, les cartels sont alambiqués, et parfois inaccessibles. Que le parti pris soit engagé dans un musée où l’on veut libérer l’œuvre de toute interprétation, cela se comprend, mais pour une exposition sur la mode, un peu trop d’autonomie est donnée. Effectivement, montrer le vêtement comme un ouvrage artistique est plus que défendable, mais un peu de pédagogie aurait été appréciable.

Une interrogation subsiste, et elle est d’actualité. Le mécène exclusif de l’exposition n’est autre que le gigantesque groupe H&M dont deux créations-collaborations sont présentes. Si la marque entre dans les collections d’un musée et acquiert le statut de créateur d’art, se pose la question de sa place sur le marché. Réactualisation du débat autour de l’oligopole et de la liberté d’habillement.

Une exposition magnifique, avec des pièces admirables, mais dont le propos est malheureusement trop survolé.

Jusqu’au 14 août 2016
Les Arts Décoratifs
107 rue de Rivoli
75001 Paris

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