Le 15 octobre avait lieu la journée mondiale de l’Eye contact. A cette occasion, plus de 140 pays ont tenté l’expérience de la communication non verbale et des milliers d’individus ont accepté de plonger leur regard dans les yeux d’inconnus pour retrouver un lien essentiel : celui de la bienveillance. Retour sur un moment de partage, une expérience de beauté. 

« Quand nous regardons l’œil qui est en face de nous, notre visage se réfléchit dans ce que nous appelons la pupille, comme dans un miroir ; celui qui regarde y voit son image. »

Platon – Alcibiade

« Qu’est-il arrivé à la connexion entre les gens » ? C’est cette question qui a mené des milliers de gens à participer à l’Eye contact experiment, un phénomène qui se répand lentement mais qui fait malgré tout son petit bout de chemin, notamment dans la presse. Le concept est simple : assis ou debout, il s’agit de plonger son regard dans celui d’un inconnu sans rien demander, sans rien attendre et sans rien faire d’autre. Cela ne dure parfois que quelques minutes mais d’autres fois, le temps s’étire et finit par s’effacer dans la contemplation silencieuse, presque méditative, d’un autre oeil. Car l’Eye contact n’a rien d’une bataille de regard, d’un affront ou d’un simple jeu : il permet au contraire de tisser un lien silencieux, éphémère et vrai avec l’Autre.

Le plus difficile, c’est sans doute de franchir la frontière qui sépare les spectateurs des participants. De faire le premier pas et d’aller s’asseoir face à un inconnu qui attend, les yeux baissés, de recevoir un regard et d’en offrir lui aussi. Assis sous la gigantesque Marianne qui veille Place de la République, les participants sont assis à même le sol. Ils se regardent avec profondeur, discutent parfois, se serrent dans les bras. Ils ont l’air heureux et sereins, absorbés les uns par les autres et reliés par je ne sais quel silence sur cette place où grouille la vie, la fureur et le bruit. Je respire un grand coup et vais m’asseoir doucement face à une jeune fille. Lorsque l’on n’a pas l’habitude de l’eye contact, les premiers instants peuvent être étranges, gênés ou gênants. Pour moi cependant, ils sont très simples, comme rectilignes et je plonge toujours dans un regard comme on plonge d’un seul coup dans l’eau ; avec bonheur et malice. Je me concentre sur une seule pupille, bien souvent la gauche (que je trouve étrangement plus lumineux que la droite) et scrute silencieusement son noir profond, puis l’iris qui l’entoure. J’observe les contours du visage de cette personne sans réellement les voir et tous ses traits peu à peu se métamorphosent. L’environnement se brouille, les bruits s’effacent, le temps ralentit et tout devient d’un gris lumineux, sans formes ni couleurs. Plongée dans l’oeil de cet autre qui est si semblable à moi, les barrières tombent. Le froid ou la pluie n’ont plus d’importance, il n’y a plus qu’un humain face à moi qui suis humaine et dans ses yeux que je regarde et qui me regardent, il y a de l’amour. J’esquisse un sourire et on m’en offre un en retour. Il m’arrive de parler, il m’arrive de ne rien dire. Il m’arrive de sourire, il m’arrive de remercier. On se prend souvent dans les bras mais rien n’est obligatoire – on peut aussi seulement partir sans rien demander, sans rien attendre, sans rien faire d’autre.

Les participants ne se connaissent pas et tombent souvent sur l’évènement « par hasard », tantôt sur la place de la ville dans laquelle il se déroule, tantôt sur Facebook. Mais si l’invitation virtuelle glane des milliers de participants, la pudeur en retient encore beaucoup de participer : « c’est hyper difficile, on n’est pas habitués à regarder les gens dans les yeux ! », « moi ça me gênerait trop, j’ai l’impression d’être à poil quand on me fixe ! ». Pourtant, ceux qui y ont tenté l’expérience la réitèrent bien souvent. L’Eye contact opère en effet la magie de se relier au cœur de quelqu’un, et il séduit par sa simplicité. « Ça fait de belles rencontres », « c’est un gros shot d’énergie ! », « c’est une expérience de dingue, ça rend calme et heureux ! ». Dans un monde où tout est individualisé, sur une place où chacun passe sans se voir, sans jamais s’arrêter, se regarder un instant permet de « se sentir plus fort car on se rend compte à quel point on est semblables ». Plus qu’un jeu, l’Eye Contact contribue finalement à un éveil à la fois personnel et citoyen, le temps d’un regard ou pour plus longtemps.

 « Quand l’œil considère un autre œil, il s’y voit lui-même. » Platon – Alcibiade


Le prochain Eye contact aura lieu le 3/12 à PARIS

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