L’école supérieure des Beaux-Arts de Paris invite jusqu’au 18 juillet l’artiste féru des sciences du vivant, Mark Dion. Il a choisi, avec l’appui de la curatrice Sarina Basta, de mêler à ses créations, des œuvres d’étudiants d’aujourd’hui et des pièces d’hier issues des collections de l’école. Interrogeant la place du bizarre et de l’étrange, il jette les ponts entre cinq siècles de représentation.

L’Homme, voilà le propos de Marc Dion. Artiste anglais à la renommée internationale, il s’est penché depuis ses premières créations sur ce qui est découvert, pourquoi et comment. Cabinet de curiosité sans fin, son travail cherche, examine, extirpe et décortique une représentation qui mènerait presque à une définition ontologique de l’être humain. Affairé des immondices et étrangetés en tout genre, il unit ici le passé au futur et interroge la place du surnaturel dans l’iconographie. A la manière du scientifique qui classe et expérimente, il rassemble plus de 140 œuvres issues des collections où le corps, la mort, le surnaturel, le déroutant et l’au-delà sont des thématiques récurrentes. Ouvrant le dialogue à la production actuelle et aux interrogations qui sont les siennes, il explore l’indéfinissable et appose une image sur les malaises de l’inconnu, de l’inexplicable et de l’incertain.

L’exposition nous plonge dans une ambiance labyrinthique aussi riche qu’étrange. Quatre salles, aux papiers peints designés par l’artiste lui-même, reprennent les quatre éléments, immergeant le visiteur au cœur du monde. Se toisent alors crânes et moulures, gravures anciennes, sculptures étranges et contemporaines. Mythes et religions s’entrechoquent pour retranscrire tout ce qui fait l’étrangeté de l’Homme. Des grenouilles aux jambes humaines, des cris, des traits grossiers, des squelettes d’hommes aux pieds équins, de sulfureuses sorcières et d’immondes créatures indéfinissables. Classer l’inclassable, dire le surnaturel et penser l’extra-ordinaire. Des problématiques qui nous poussent vers l’ailleurs des sciences, vers l’improuvable, vers l’improbable.

2 (c) Mark Lyon
Vue d’exposition – Bureau du Directeur

L’artiste a choisi, pour illustrer cette part d’ombre qui court sur des siècles de représentation, de mettre l’accent sur l’animal. Celui-ci se fait miroir de l’homme, montrant ses affres, ses bassesses, ses répugnances. Différences et malformations, étrangetés et fabuleux, se concentrent en une anti-définition de la normalité. L’atypique devient commun et l’inexplicable, plus acceptable que jamais.

Mark Dion permet d’ouvrir un œil perçant, satirique et interrogateur sur un univers étrangement familier. Une exposition où le plus grand mystère reste celui de l’homme, mystère que la représentation artistique illustre depuis toujours.

4 (c) Mark Lyon
Vue d’exposition – Palais des Beaux-Arts

Avec la participation de : Art Orienté Objet, James Lee Byars, Jimmie Durham, ExtraLucide, Olivier Mosset, Matt Mullican, Rebecca Purcell, Dana Sherwood, Morgane Tschiember, Rob Wiliams et Raphaël Zarka.
Belvédère : Jérémy Demester
Commissariat : Sarina Basta

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ExtraNaturel, jusqu’au 18 juillet 2016
École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, Palais des beaux-arts, 13 quai Malaquais, 75006 Paris
Entrée libre

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Rédactrice en chef de la section art - La tête en l'air, les yeux droit devant, le cœur accroché, la main vive, la langue déliée et l'amour de l'art, toujours.