Une histoire de la magie qui réveille votre spiritualité, une exposition en apparence modeste qui vous fait frissonner tant elle raisonne avec le monde entier, le passé de l’humanité. « Magies, sorcelleries » coproduite par le Muséum de Toulouse et le Musée des Confluences à Lyon, à Toulouse jusqu’au 31 octobre 2021.

Magie ou science ?

L’exposition retrace l’histoire de la magie, pas seulement à travers les arts, mais aussi de manière historique et ethnologique. Depuis plusieurs siècles, la magie a été écartée par la science ; pourtant celles et ceux qui étaient considérés comme magiciens et sorcières se transmettaient en réalité un savoir ancestral, à travers les âges. Tout comme la science, la magie est une forme de savoir, occulte pour celui ou celle à qui il n’est pas transmis.

Exposition temporaire Magies – Sorcelleries © Jacques Serpienski

Dans diverses croyances à travers le monde, la femme fût très rapidement associée à l’occulte, à la magie, à ce qui est caché. Identifiée à la lune et au mystère de la nuit : le cycle menstruel étant comparé aux mouvements, aux phases, de la lune. Sorcières et déesses possèdent en commun diverses symboliques complexes, non seulement celles du cycle aussi mystérieux qu’il est naturel, mais aussi celles la dualité de la vie et de la mort. La femme porte et donne la vie mais est aussi emportée par la mort en donnant la vie. Héritières de connaissances qui se transmettaient d’érudites à disciples, certaines femmes – dites sorcières – pouvaient soigner par les plantes mais elles pouvaient également empoisonner.
Plus tard, les alchimistes ont à nouveau chercher à rapprocher les mystères de la nature et la sciences. Ils se sont à leur tour intéressés aux connexions entre les éléments, les cycles (de la lune, des jours) et les propriétés prêtées aux plantes, aux pierres.

Ainsi, l’exposition met à l’honneur ce lien ténu entre science et magie, cet écrin d’apprentissage et de transmission, à une époque où n’étaient pas opposés nature et culture. Alors qu’aujourd’hui, justement, le visiteur est amené à repenser sa déconnexion au monde, à penser cette opposition entre science et magie.

Une scénographie du tour du monde

Le public, pour mieux appréhender les sujets de cette exposition, est immerger dans une scénographie qui rappelle le cycle de la lune. Le cercle est omniprésent dans le parcours de l’exposition comme dans la nature, symbole d’universalité et d’éternité. La scénographie de Fakestorybird amène à « rêver l’obscur »(1) et met en scène, lentement et tout en sensibilité, le doux passage de la lumière dans la nuit. C’est un cycle de 24 minutes qui éclaire certaines œuvres, un cycle invisible pour qui contemple rapidement une œuvre, mais qui s’adresse aux sensations du visiteur.

La scénographie s’adapte aussi aux plus jeunes, mettant de chatoyants éléments comme des phares dans la nuit à la portée des enfants.

Exposition temporaire Magies – Sorcelleries © Jacques Serpienski

Cette scénographie de jeux discrets fondés sur la luminosité, alors que l’exposition est plongée dans l’obscurité, met non seulement à l’honneur les œuvres, mais aussi l’histoire de la magie et des croyances. Une partie de l’exposition parle du cinéma, art qui paraissait magique à ses balbutiements, alors que les images se mettaient à vivre. Ce qui nous parait maintenant naturel ressemblait à de la sorcellerie pour qui n’en détenait pas les clés. La dématérialisation des choses aujourd’hui grâce au numérique – presque absent de l’exposition – s’apparente pourtant à l’intangible, à l’impalpable qui a toujours été au centre des préoccupations et des croyances.

Le visiteur continue son voyage à travers les âges et l’espace dans une salle ronde : des danses rituelles venues du monde entier sont représentées sur les murs qui s’éclairent au rythme de la musique, et des chants liturgiques qui s’enchainent. C’est un espace intimiste qui pourtant amène à s’élever au sein des rythmes ritualisés ; c’est un espace fantastique qui rappelle que les croyances font parties de l’histoire de l’humanité, que le monde a toujours été habité de dynamiques collectives tels que les rituels, qui, grâce aux costumes, aux chants, aux danses, possèdent quelque chose de hautement artistique.

En regard de cette salle, la pluralité des magies se déploie : la magie de spectacle, mais aussi l’ésotérisme. On y retrouve une boule de cristal et une table de divination sur laquelle des citations se superposent. Par exemple, un texte d’Allan Kardec, connu pour être le « codificateur du spiritisme ».

Exposition temporaire Magies – Sorcelleries © Jacques Serpienski

Magies et sorcelleries, au pluriel !

Finalement, si cette histoire des magies et des sorcelleries communique au public de belles sensations, c’est parce que la spiritualité est en tous. Ces questionnements transcendent le temps, l’espace, et rétablissent l’histoire.
Les spiritualités sont plurielles, il y a autant de spiritualités que d’individus. Une vitrine de l’exposition, face aux costumes chamaniques et aux animaux familiers de la sorcière, rend hommage à cette spiritualité de l’intime, habitée de gri-gris : totems anciens, bijoux, mais aussi des amulettes plus contemporaines qu’on peut trouver en boutique de souvenirs… La spiritualité propre, les croyances secrètes, les espoirs d’adolescents, chargent d’énergie l’objet. L’exposition rend hommage à l’intention de la personne qui le porte, de celui ou celle pour qui cela signifie quelque chose.

De manière individuelle, le public peut se prêter au jeu de la visite numérique de Marie Lisel, sorcière contemporaine praticienne en hypnose éricksonienne. Avec des écouteurs et un casque, le visiteur est invité à redécouvrir le parcours d’exposition de manière intime, plongé dans un jeu d’ambiances sonores, invité à se projeter sur les particularités de certains objets présentés et sur les mémoires collectives qui y sont associées.

D’autres penseurs de la spiritualité nous livrent également des entretiens au sujet de leurs arts. Des arts aujourd’hui considérés comme magiques, mais qui étaient alors des sciences, comme la médecine chinoise, l’hypnose… Des experts prennent la parole à l’issue de l’exposition et amènent le public à se questionner sur la pratique contemporaine des spiritualités.

Tablier d’Amazon, collection du Museum d’Histoire Naturelle de Toulouse

Retracer la signification de certaines pratiques magiques est d’ailleurs parfois difficile. Ce fut le cas du « Tablier d’Amazone », exhumé des collections du Muséum de Toulouse pour l’exposition. Ce tablier aurait été porté par des guerrières du Dahomey (Bénin) à la fin du XIXème siècle. Ces combattantes ont beaucoup impressionné les Occidentaux, qui les ont surnommé en référence à la mythologie « les Amazones du Dahomey. » Ces femmes furent massacrées par les envahisseurs et un tablier fut ramasser sur le champs de bataille. Or, dans l’installation que Georges Adéagbo propose, il réhabilite ces femmes en imprimant leurs portraits sur des tissus tendus face au tablier. Il réhabilite non seulement la mémoire de ces femmes qui ont été fantasmées et qui ont connu un destin tragique, mais aussi, il réhabilite la vraie nature du tablier.
Ce costume n’a rien à voir avec une pièce d’armure, c’était en réalité un costume de purification. Le tablier était porté par une personne qui avait besoin d’être exorcisée ou de se débarrasser d’un mal. Le tissu était orné de pierres et aspergé d’onguents qui correspondaient aux maux qu’il fallait chasser. Après avoir été porté par le « patient » et avoir absorbé la négativité, il était suspendu aux branches des arbres et quand il était enfin décomposé, le mal s’en était allé.

Ainsi, la magie conserve encore bien des mystères et s’exprime de manière plurielle depuis la nuit des temps, souvent là où on ne l’attend pas et pourtant partout à la fois.

(1) Expression emprunter à Starhawk, écrivaine et militante écoféministe, néopaïenne américaine, se définissant comme sorcière. Rêver l’obscur, Femmes, magie et politique, Editions Cambourakis, 2019.


Magies, sorcelleries

Museum de Toulouse
Jusqu’au 31 octobre 2021
Réservations
35 Allées Jules Guesde, 31000 Toulouse