La commissaire d’exposition Pauline Lisowski propose avec les artistes Valentina Canseco, Laurent Gongora, Barbara Portailler, Fergus Sindall, Aurélie Slonina et Taylor Smith, une exposition qui repense le non-humain. « Semer, tracer, cligner des yeux » met la nature à l’honneur en prenant place dans le jardin du 6b jusqu’au 30 octobre 2021. 

L’importance des matériaux

Chaque artiste présenté dans l’exposition est très investi dans son rapport au vivant. Chacun, dans sa pratique, travaille les matériaux recyclés.
C’est le cas de Fergus Sindall, qui créé de superbes sculptures imposantes nommées Retour aux arbres. Semi-humaines et semi-végétales, elles sont constituées de bois récupérés dans les jardins du 6b. L’œuvre nait du bois tombé à l’endroit même où se tient l’exposition. Leur forme arrondie, leur aspect lisse, sont justement dûs au fait que Fergus Sindall fait tout pour respecter le matériau qu’il utilise, en ne dénaturant pas la forme des branches, des troncs, utilisés.

Le reliquaire des paysages oubliés de Taylor Smith. (c) Photo : Pauline Lisowski

Les œuvres de cette exposition se fondent dans la nature, si bien qu’on ne saurait dire si elles sont une partie intégrante du jardin, ou seulement des projections éphémères. C’est le cas du Reliquaire des paysages oubliés de Taylor Smith, étudiant la bio aussi bien que l’art et collaborant avec des scientifiques. Elle va jusqu’à recréer une serre qui enferme le public. Ce dernier se trouve alors dans un « terrarium de plantes » – comme ceux posés sur nos bibliothèques – gigantesques. Il est alors amené à s’interroger sur son rapport à la nature, qu’il met en cage, sur son échelle humaine.
Ainsi, les matériaux utilisés par l’artiste sont naturels puisque son œuvre est entièrement constituée de mousses, branches, feuillages…

Le collectif au centre du projet

Le jardin du 6b est un espace collectif et festif. Les artistes, en collaboration avec l’association Engrainage qui se charge de l’entretien des espaces extérieurs, qui a créé un espace de permaculture au sein du jardin, ont tout fait pour respecter le lieu. Cette association poursuit le projet de jardin entamé par Jean-Clément Grisart, résident au 6b.

Dans le but de laisser l’espace praticable aux festivités, les œuvres étaient tantôt discrètes, tantôt joueuses. Parfois, il s’agit d’un détail dans les arbres ou sur la façade d’un bâtiment. Les œuvres sont des clins d’œil invisibles à celui qui ne s’y attend pas. Elles mettent ainsi réellement à l’honneur le lieu, l’espace, cette nature encore sauvage en pleine ville de Saint-Denis.

Retour aux arbres de Fergus Sindall. (c) Photo : Pauline Lisowski

Semer, tracer : renaître

Certaines œuvres ont été malmenées au fil de l’exposition ce qui appelle les artistes à réfléchir à une autre approche : ils recréent des œuvres, récupèrent les matériaux et repensent, recommencent, leurs installations.

L’exposition est donc réellement égale à elle même, elle qui chercher à montrer la capacité à réutiliser, recycler, réinterpréter, repenser et réemployer les matériaux, l’espace, le rapport à la nature, voilà que les artistes s’y confrontent à nouveau, font revivre leurs œuvres, réinventent.

Le nom de l’exposition lui-même renvoie au cycle, à celui des saisons, au circuit-court, à la respiration de toute chose. Eponyme de l’œuvre de Barbara Portailler, entre performance et communion avec la nature. Elle travaille l’argile, en une installation délicate qui prend corps avec les éléments.

L’exposition peut être considérée comme une exposition écologique, mais elle amène surtout l’humain à retrouver le lien avec la nature. En semant des œuvres dans un endroit inattendu en pleine ville, il s’agit de fermer les yeux un instant pour retracer son chemin intérieur et retrouver une forme de lien avec le non-humain. Le célébrer, à nouveau.

Semer, tracer, cligner des yeux de Barbara Portailler. (c) Photo : Pauline Lisowski

Semer, tracer, cligner des yeux
Au 6b
6-10 quai de Seine
93200 Saint-Denis
Sans réservation, entrée libre, toute la journée.