Pour sa sixième édition, le Lasco Project a fait appel à 6 artistes pour investir les lieux cachés et interdits au public du Palais de Tokyo.

Le Lasco Project, kesako ?

L’orthographie diffère, mais la sonorité y est : Lasco, Lascaux, y’a-t-il pour autant un point commun entre ce projet contemporain et la grotte préhistorique située en Dordogne ? Le premier laisse carte blanche à une série d’artistes afin qu’ils investissent les souterrains, couloirs et escaliers du bâtiment du Palais de Tokyo, le second est connu comme étant l’une des grottes préhistoriques les plus célèbres par la qualité de ses représentations ornant les parois rocheuses. Dans les deux cas, les siècles diffèrent, mais la volonté d’investir le lieu et de laisser une trace est bien présente.

Initié en 2012, le Lasco Project est un parcours d’art urbain de grande envergure embarquant chaque année des artistes différents. Au travers d’espaces interstitiels, près d’une soixantaine d’artistes internationaux ont réalisé des interventions, certaines monumentales, d’autres plus secrètes, qui se confrontent à l’architecture brute du Palais de Tokyo.

Pour la sixième année consécutive, La Palais de Tokyo a fait appel à Philippe Baudelocque, Stelios Faitakis, JR et Osgemeos et Olivier Kosta-Théfaine pour habiller les murs d’œuvres percutantes et poétiques.

Une visite placée sous le signe de la découverte

Etant donné que les œuvres sont exposées dans des endroits d’ordinaire interdits au public (les escaliers réservés au personnel par exemple), les visites, de 30 minutes environ, se font obligatoirement en présence d’un médiateur.

Elles débutent avec les peintures gigantesques de Stelios Faitakis. Sur fonds dorés ou argentés, l’artiste grec s’inspire d’icônes byzantines ou crétoises en y incluant son savoir-faire en graffiti. Ce surprenant mélange décompose les codes historiques avec des éléments de société et de lutte actuelle. Sur les deux peintures murales qu’il expose à l’occasion du Lasco Project, les icônes désacralisées mettent en scène des événements liés à l’insoumission, notamment avec le mouvement des Indignés.

© Stelios Faitakis
© Stelios Faitakis

C’est au sous-sol que continue l’aventure. L’une des particularités du Lasco Project réside dans le mélange des expositions : pour se rendre d’un endroit à l’autre il faut traverser les différents espaces. C’est le cas pour la deuxième partie de ce parcours, qui se situe à  proximité de l’exposition Le Palais des Monteurs.

Des projets qui prennent forme dans l’histoire et l’architecture du lieu

Cette fois-ci, il s’agit d’une vidéo nous montrant un travail réalisé non loin de là, au Palais de Tokyo, dans un passage strictement interdit au public. On y voit JR et Les Osgemeos qui, pour leur première collaboration, ont investi un couloir souterrain en travaillant sur la mémoire même de ces murs. Il faut savoir que pendant l’Occupation, les sous-sols du Palais de Tokyo ont été réquisitionnés afin de stocker des milliers de pianos spoliés. A partir d’images d’archives, les artistes ont réalisé des collages et des graffitis représentant des pianos et des personnages de l’époque, ravivant ainsi, à leur manière, une page d’histoire.

© JR et les OSGEMEOS
© JR et les OSGEMEOS

A quelques mètres d’ici, au niveau du plafond, se situent trois coupoles aux motifs sombres et étranges. Il s’agit de l’œuvre d’Olivier Kosta-Théphaine par brûlure au briquet. Pour cela, l’artiste s’est inspiré des halls de bâtiments HLM dans lesquels les jeunes font parfois des inscriptions au feu sur les plafonds. Une composition étonnante puisqu’elle remixe les fresques classiques italiennes avec un acte de vandalisme quotidien que l’on trouve dans certaines cités.

© Olivier Kosta-Théfaine
© Olivier Kosta-Théfaine

La dernière étape se situe à gauche du bas bar-palais de Tokyo, au sein d’un escalier de service. Le projet est titanesque : Philippe Baudelocque a décidé d’investir la totalité de cet espace au fond noir avec ses réalisations à la craie. Le projet est évolutif, mais on peut déjà admirer à chaque étage quelques œuvres d’animaux aux symboles mystérieux, de cellules et de galaxies, véritable source d’inspiration pour l’artiste.

© Philippe Baudelocque
© Philippe Baudelocque

Le Palais de Tokyo n’a de cesse de nous surprendre, et le Lasco Project en est un parfait exemple. C’est une expérience qui nous plonge littéralement dans l’âme du lieu, dont l’architecture brute est sublimée par des artistes à contre-courant. Une visite placée sous le signe de l’excitation et de la découverte !

Retrouvez également notre critique sur l’exposition Rester Vivant, de Michel Houellebecq qui a lieu en ce moment et jusqu’au 11 septembre 2016.

Lasco Project #6
Exposition permanente
13, avenue du Président Wilson, 75016 Paris

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