Pour la sixième année consécutive, tout l’été, et chaque semaine, Untitled Magazine vous propose trois livres à lire. Que vous soyez dans votre maison de campagne, au bord de la plage, entre amis ou encore au travail, vous devriez trouver votre bonheur.

D’amour et de guerre, Akli Tadjer

1939. Dans les montagnes de Kabylie, Adam rêve de construire une maison pour y vivre avec Zina, son grand amour. Une vie douce et simple qu’il aurait pu voir se concrétiser si la guerre n’en avait pas décidé autrement. Comme des milliers d’Algériens à l’époque, il sera arraché à son village pour se retrouver enrôlé de force dans une France qu’il découvre. Prisonnier dans un camp de travail réservé aux soldats coloniaux, dans le nord de l’Hexagone, il doit faire face à l’hiver, la folie, l’horreur et la maltraitance dans un pays où les Français doivent se mettre au service des Boches.

Arraché à sa bien-aimée, il consignera pour cette dernière des lettres d’amour dans un cahier rouge qu’il gardera sur lui… Jusqu’à son retour. Guidé par les souvenirs de Zina et de sa terre natale, il vivra cette drôle de guerre, entre l’effondrement du printemps 40, sa vie de prisonnier, mais aussi sa survie dans le Paris du marché noir avant de pouvoir retrouver (mais dans quel état) enfin son Algérie.

Puissant roman d’amour et d’amitié, Akli Tadjer rend hommage aux grands oubliés de l’histoire de France, ceux projetés au cœur de l’enfer puis abandonnés. Dans cette France occupée, il y découvre la solidarité, l’amitié mais aussi les coups bas et les dénonciations. Un récit plein d’émotions qui revient sur la guerre, mais aussi la mentalité coloniale, le racisme et l’antisémitisme. 

« D’amour et de guerre », Akli Tadjer, Editions Points, 336 pages, 7,70 €

Novecento : pianiste, Alessandro Baricco

Un jour de l’année 1900, le capitaine d’un bateau de croisière trouve une boîte en carton abandonnée sur le piano de la salle de balle de la 1ère classe. Dans cette boîte, un petit bébé que le capitaine Danny Boodmann décide d’appeler Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento. T.D. Lemon est la seule inscription sur la boîte et Novecento fait référence à l’année de naissance du bébé qui est adopté par le navire et grandit dans ce monde flottant. À l’âge de huit ans, on le retrouve assis au piano. Ceux qui entendent sa musique se rendent bien compte qu’il n’est pas comme les autres joueurs : « Nous, on jouait de la musique, lui c’était autre chose. Lui, il jouait… quelque chose qui n’existait pas avant que lui ne se mette à le jouer, okay ? Quelque chose qui n’existait nulle part. Et quand il quittait son piano, ça n’existait plus… ça n’était plus là, définitivement… »
Raconté du point de vue d’un trompettiste de l’orchestre du navire, Novecento, un monologue est l’histoire d’un musicien de génie qui n’a jamais mis les pieds sur terre. L’occasion se présente bien à chaque escale, mais Novencento nous confie que « la terre est un bateau trop grand pour moi. C’est un trop long voyage. Une femme trop belle. Un parfum trop fort. Une musique que je ne sais pas jouer. » N’est-il vraiment pas fait pour la terre ferme ? Son génie musical peut-il se passer d’une vie sur terre ?
Ce court texte est en réalité un monologue théâtral écrit par Baricco pour des amis acteurs et metteurs en scène. L’écriture y est donc vive, le ton oral de l’histoire la rend simple et plaisante à lire. Toutefois, le talent de Baricco se manifeste surtout aux moments où il parvient à faire résonner des notes de musique à partir de ses mots grâce à ses descriptions originales telles que « Il y avait tout le coton de tous les nègres du monde là-dedans (…) que lui, il était en train de (…) ramasser, avec ces notes là. Un truc à y laisser son âme. »

« Novecento : pianiste », Alessandro Baricco, traduit de l’italien par Françoise Brun, Editions Folio, 96 pages, 5,30 €

Les fous de Bassan, Anne Hébert

Dans le village de Griffin Creek en Gaspésie, au Québec, Stevens Brown revient après une absence de cinq ans et va être à l’origine d’une tragédie.
Le soir du 31 août 1936, Olivia et Nora Atkins, deux adolescentes du village, disparaissent mystérieusement. Dans ce village bercé par les drames et les regrets, la disparition de Nora et Olivia est un nouvel événement tragique qui s’ajoute à la triste liste des catastrophes qu’a vécu Griffin Creek.
Ici, pas d’intrigue policière poussée, mais un roman polyphonique et choral où l’on va suivre tour à tour les récits, voix et lettres des villageois, avec entre autres la parole donnée aux défunts : “Il y a certainement quelqu’un qui m’a tuée. Puis s’en est allé. Sur la pointe des pieds.”
Les fous de Bassan est un roman à l’atmosphère particulière peignant le portrait d’un village et de ses habitants usés par leur vie en huis clos et le poids des traditions qui ne sont plus, mais pèsent. Cette ambiance pesante est contrastée par la beauté frappante et fulgurante de la péninsule. On y retrouve également un peu du romantisme avec l’importance de la nature, des éléments comme la mer ou encore les tempêtes, qui incarnent les sentiments et actions des personnages.
Déroutant, particulier, mais extrêmement bien écrit et efficace.

« Les fous de Bassan », Anne Hébert, Editions Points, 256 pages, 7,20 €

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