Pour la cinquième année consécutive, tout l’été, et chaque semaine, Untitled Magazine vous propose trois livres à lire. Que vous soyez dans votre maison de campagne, au bord de la plage, entre amis ou encore au travail, vous devriez trouver votre bonheur.

Neuf parfaits étrangers, Liane Moriarty

Neuf citadins angoissés, qui ne se connaissent pas, se retrouvent dans une superbe station thermale, le Tranquillum House. Cet établissement leur propose – via une approche quelque peu originale – de retrouver leur énergie positive pour prendre un nouveau départ. Ce dernier se vante de pouvoir transformer leur vie, de régler tous leurs problèmes, mais surtout d’en faire des êtres différents. Coupés du monde extérieur, interdits de portables, d’alcools et de chocolats, ils espèrent tous une transformation des plus extraordinaire. 

A la tête de cet établissement, la femme à l’origine du concept semble avoir les épaules bien solides pour mener à bien ce projet. Chacun des personnages aura un objectif de vie et sera confronté à ses limites. Et à aucun moment, elle ne laissera l’un des pensionnaires dévier de ses objectifs. Elle leur avait promis de la quiétude, de la relaxation et du renouveau, ils ne vont pas être déçus… 

Subtilement et avec humour, l’auteure traque les petits penchants et les vérités cachées de ces personnages. Derrière les apparences, chacun peut se révéler être différent et s’assumer permet le plus souvent de trouver une quiétude en soi.

« Neuf parfaits étrangers », Liane Moriarty (traduit par Béatrice Taupeau), Editions Livre de poche, 672 pages, 8,90€

Noir canicule, Christian Chavassieux

En 2003, alors que la canicule assomme la France et cause de nombreux décès, Lily, chauffeuse de taxi et jeune divorcée de Nicolas, conduit un couple de vieux agriculteurs à Cannes.

Tout au long de cette route, les personnalités se révèlent et le lecteur y découvre plusieurs histoires, toutes aussi sombres et sordides les unes que les autres. Entre le vieux couple où le mari, Henri, menace de mourir à chaque instant, et la vie chamboulée de Lily avec son ex-mari et ses jeux érotiques poussés jusqu’à l’étouffement, l’atmosphère est pesante. Henri est mystérieux et bougon. Marie tente de bien faire et de rassurer la conductrice. Lily, elle, erre dans ses pensées et s’inquiète pour le grand-père de ses enfants qui est à l’hôpital. Et Mélanie, la jeune maîtresse de Nicolas, est loin de se douter de ce qui se trame par cette chaleur écrasante.

Au fil des songes et de la prose habile de Chavassieux, l’auteur nous mène sur une fausse piste pour mieux tromper son lecteur. Dans une histoire qui aurait pu être commune et simpliste par la banalité du scénario initial, un jour comme un autre pour notre Lily, Chavassieux réussit à explorer la psychologie de ses personnages, à les pousser dans leurs retranchements et à nous faire une galerie de portraits de gens ordinaires : blessés, tristes, heureux, seuls, déprimés, épuisés, avec leurs travers et leurs espoirs, jusqu’à l’irréparable.

Noir Canicule est un roman noir, sombre et très bien mené. C’est une lecture dont on ne sort pas indemne mais qui nous happe tant par son atmosphère que par ses personnages.

« Noir canicule », Christian Chavassieux, Editions J’ai Lu, 192 pages, 7,10€

La fabrique des pervers, Sophie Chauveau

L’histoire débute lorsque l’auteure reçoit le courrier d’une lectrice qui lui révèle un lien de parenté entre elles. Une correspondance qui démasque un tabou familial qu’ont vécu les deux filles : l’inceste. Sophie Chauveau comprend alors qu’elle n’est pas la seule de la famille a avoir subi ces atrocités qui ont détruit son enfance et son adolescence. Par curiosité, elle décide de dresser l’arbre généalogique familial, de répertorier tous ceux qui sont coupables de cette horreur.

A travers ces pages et sur quatre générations, elle dénonce ceux  qui se sont servis des enfants de leur propre famille pour assouvir leurs pulsions, et ce avec la complicité de leurs proches. L’auteure n’en finit pas d’énumérer les amants, les maîtresses, les enfants illégitimes ou adultérins, les attouchements ou encore les caresses et leurs petits arrangements avec la loi ou la morale. D’abord victime puis bourreau, chaque génération reproduira le « maudit modèle familial ».

Avec courage, Sophie Chauveau livre un récit autobiographique dans lequel elle questionne et interroge les membres de sa famille. Tout en remettant en cause l’amour parental inconditionnel, l’auteure rompt la loi du silence pour tenter de faire cesser ces impunités, dont très souvent ces parents ne sont pas inquiétés. 

« La fabrique des pervers », Sophie Chauveau, Editions Folio, 320 pages, 8,10€