Pour la cinquième année consécutive, tout l’été, et chaque semaine, Untitled Magazine vous propose trois livres à lire. Que vous soyez dans votre maison de campagne, au bord de la plage, entre amis ou encore au travail, vous devriez trouver votre bonheur.

Conversations entre amis, Sally Rooney

Frances et Bobbi sont deux étudiantes, qui se produisent sur la scène irlandaise comme poètes. Elles sont amies et anciennes amantes, elles semblent proches et pourtant, elles ont toutes les deux des caractères bien différents. Elles rencontrent un soir un couple plus âgé, Melissa, une journaliste, et Nick, son mari acteur. Rapidement une complicité semble s’installer entre les deux duos mais ce n’est pas aussi simple que ce qu’il y paraît.

Sally Rooney nous entraîne dans les relations amoureuses et amicales. Elle nous intègre dans le processus de réflexion de Frances, on suit ses doutes et ses certitudes. Ce roman est une perle pour comprendre ce qui se joue dans la tête de cette jeune étudiante, qui découvre l’amour adultère et les amitiés toxiques.

Ses conversations entre amis, ce sont celles de la vie de tous les jours, autour d’un dîner, autour d’un verre dans un pub. Ce sont autant des conversations superficielles, des conversations avec les autres que des conversations intérieures. Sally Rooney réussit un tour de force avec ce roman touchant, qui nous guide dans les déboires de Frances, personnage en construction qui tente de se trouver.

« Conversations entre amis », Sally Rooney (traduit de l’anglais par Laetitia Devaux), Editions Points, 352 pages, 7,80€

Martin Eden, Jack London

Martin Eden, est un jeune marin de 20 ans qui a quitté l’école à 11 pour travailler à l’usine. Mais lui qui a grandi dans les quartiers pauvres d’Oakland, sait qu’il n’a pas les bonnes manières pour s’assoir à la table des Morse, une famille bourgeoise de San Francisco. En ce début du 20ème siècle, ce jeune homme n’a connu que les conditions difficiles des ouvriers, l’alcool dont il s’enivre pour les oublier et les soirées qui se terminent toujours par une bonne bagarre. 

Mais lorsqu’il fait la connaissance de Ruth Morse, il décide de se cultiver pour la séduire. Fou amoureux, il se désespère d’être jamais digne d’elle, si belle et surtout si pure. Afin de devenir son égal et de briller en société auprès de ses parents, il se lance à coeur perdu dans l’étude. Il se passionne pour la poésie, la biologie mais aussi la politique et découvre un nouvel univers dans les livres. Jusqu’à passer de l’autre côté, celui de la création littéraire.

Dans ce très beau roman paru en 1909, Jack London raconte la découverte d’un jeune homme pour une vocation. Avec un débit littéraire abondant, il dresse le portrait d’un homme parti de rien, issu du peuple, qui tente de se faire une place dans le monde littéraire, par la seule force de son travail. Mais comment survivre à la gloire, la mêler à l’amour, sans jamais se perdre soi-même ? Tel est la quête de Martin Eden !

« Martin Eden », Jack London (traduit par Philippe Jaworski), Editions Folio, 592 pages, 7,50€

Les certitudes du doute, Goliarda Sapienza

Les Certitudes du doute referme le dernier volet de la saga autobiographique de Goliarda Sapienza. Dans ce récit, elle nous fait part de sa relation passionnelle, quasi-amoureuse, avec une jeune ex-codétenue, rencontrée lors de son séjour en prison en 1980 suite à un vol de bijoux : Roberta, jeune militante et ingénue.

Ensemble, les deux jeunes femmes vont parcourir Rome, de jour comme de nuit, à la surface comme dans les souterrains, et refaire le monde à leur façon. Entre les deux femmes, une relation ambiguë se cristallise et les sentiments deviennent confus pour l’une comme pour l’autre. A travers Roberta, Goliarda se voit et se méprend à rechercher l’exaltation de son séjour carcéral auprès de cette jeune femme révolutionnaire.

C’est un texte majeur dans l’histoire personnelle de Goliarda Sapienza. Ambigu, politique et empli de réflexions. Ici, on découvre une nouvelle facette de l’auteure : plus sensible, perdue, en proie à ses émotions et éprise.

Bien qu’il s’ancre dans un cycle introspectif et autobiographique (Lettre Ouverte, Moi Jean Gabin, L’Université de Rebibbia), ce récit peut très bien se lire indépendamment. On y retrouve la force des textes de Goliarda Sapienza et son talent pour retranscrire les émotions, sentiments et états d’âmes, ainsi que sa capacité à retenir l’attention du lecteur sur le courant de la vie et ses aléas. Un texte et une auteure à découvrir d’urgence.

« Les certitudes du doute », Goliarda Sapienza (traduit par Nathalie Castagné), Editions Le Tripode, 200 pages, 11,50€