Pour la troisième année consécutive, tout l’été, et chaque semaine, Untitled Magazine vous propose trois livres à lire. Que vous soyez dans votre maison de campagne, au bord de la plage, entre amis ou encore au travail, vous devriez trouver votre bonheur.

L’enfant de la haute mer, Jules Supervielle

L’histoire débute autour d’une enfant de douze ans, seule au milieu d’une petite ville perdue dans l’Atlantique. Tous les jours, la petite fille s’acquitte de nombreuses tâches confiées pour donner un semblant de vie aux rues, aux commerces, aux maisons et même à la mairie. Mais un jour, elle lance un appel au secours, en vain, à un cargo qui passe et finit par s’éloigner. Qui est cette fillette qui vit recluse dans un village inhabité ?

Jules Supervielle signe un brillant recueil de contes et de nouvelles mêlant plusieurs styles allant du conte, au roman en passant par le récit poétique. Son œuvre dans l’ensemble traite souvent de personnages délaissés, perdus entre la vie et la mort, entre la vérité et la fiction pure mais aussi en décalage ou marge de la société. Ici, l’auteur jongle entre la littéralité naïve et les résonnances existentielles de ces sujets. Thème cher aux yeux de Jules Supervielle, le lecteur se doit d’assumer une réconciliation de l’enfant et de l’adulte.

« L’enfant de la haute mer », Jules Supervielle, Edition Folio, 160 pages, 5,60 euros

Une forêt d’arbres creux, Antoine Choplin

La plume d’Antoine Choplin qu’on avait tant aimés dans Radeau nous offre avec ce court roman, l’histoire de Bedrich, sa femme et son fils, enfermés dans le camp de Terezin pendant la Seconde guerre mondiale. Alors qu’ils essayent de survivre dans cet univers dominés par la faim, la misère et la peur, Bedrich se retrouve chef du bureau des dessins, et avec ses compagnons, il doit dessiner le nouveau crématorium commandé par les nazis. Le lecteur se sent à la fois proche et distant de ce personnage qui regarde son quotidien passer devant lui, qui nous décrit les scènes de la vie dans ce camp, et de la peur d’être un jour embarqué avec sa famille dans l’un des convois qui vont vers l’est.

Bedrich et ses compagnons décident alors de témoigner. Témoigner en dessinant ce qu’ils ont devant eux, les corps qui maigrissent, les regards vides et la misère qui les entoure. Ils dessinent dès qu’ils peuvent et cachent leurs dessins, dans l’espoir de pouvoir dire au monde ce qu’ils vivent. La prose magnifique d’Antoine Choplin rajoute au dramatique du récit, nous entraînant dans la part sombre de l’histoire de l’humanité. Un roman court mais magnifique, où la forêt cache des secrets et des humiliations.

« Une forêt d’arbres creux », Antoine Choplin, Edition Points, 120 pages, 5,90€

Bakhita, Veronique Olmi

Bakhita ne connait pas son vrai nom. Vers 1876, à l’âge de sept ans, elle est enlevée par des négriers de son village du Darfour pour devenir esclave. Déplacée, malmenée, sans condition, elle tente de survivre en pensant aux siens, à ses souvenirs et à sa mère. Arrachée des siens, enchaînée, battue, elle se construit une vie secrète échappant à son corps pour se protéger des sévices les plus infâmes. A l’âge de treize ans, passant de maître en maître elle sera finalement achetée par Calisto Legnani, consul italien à Khartoum. Emmenée en Italie, puis confiée à un couple de Vénitiens, elle finira sa vie dans le couvent des Sœurs de la Charité canossienne avant de rentrer dans les ordres.

Librement inspirée d’une histoire vrai, Véronique Olmi nous transporte au cœur d’une réalité historique, celle de l’esclavage au Soudan puis dans l’Italie coloniale, religieuse et fasciste du 20ème siècle. Dès la première partie du roman, sans doute plus imaginaire, le lecteur se retrouve sous l’emprise du personnage. Chaque page se trouve habitée par la souffrance et la sensibilité de Bakhita qui tente grâce à sa force surhumaine de changer son destin. Et c’est dans une atmosphère plus propice au recueillement, à l’isolement qu’on suivra le début d’une nouvelle vie, son retour à la liberté et son combat contre ses démons intérieurs. Eteinte en 1947, Bakhita fut le symbole de l’esclave convertie, célèbre dans l’Italie et fut canonisée en 2000 par Jean-Paul II.

« Bakhita », Veronique Olmi, Edition Livre de Poche, 480 pages, 8,70 euros