Pour la troisième année consécutive, tout l’été, et chaque semaine, Untitled Magazine vous propose trois livres à lire. Que vous soyez dans votre maison de campagne, au bord de la plage, entre amis ou encore au travail, vous devriez trouver votre bonheur.

La mécanique du chaos, Daniel Rondeau

Sébastien Grimaud est archéologue, spécialiste de l’Antiquité, résidant en Tunisie. Depuis des années, il n’a cessé de traverser les frontières, de se jeter d’arrachepied tentant d’oublier ce geste insouciant, celui de sa femme, commis juste après le mariage, qui s’est précipitée par la fenêtre. Autour de lui gravite Moussa, chef de milice esclavagiste, Levant, diplomate turc, Bruno, policier de la brigade terroriste mais aussi M’Bilal, caïd salafiste, Sami, fils d’immigré algérien, Harry, enfant orphelin d’une cité de banlieue ou encore Habiba, une rescapée d’un naufrage sur les côtes maltaises. A travers le destin de plusieurs personnages, l’auteur nous raconte un monde dans lequel politique, terrorisme et argent ne cessent de semer le chaos.

De la Somalie à l’Ethiopie, en passant par la Turquie puis l’Irak, ou encore par l’Algérie en terminant dans une tour de la Défense, Daniel Rondeau décortique avec brio les mécanismes de préparation d’un attentat. Ici, il est question de terrorisme mais aussi de trafics d’œuvres, d’art, de migrants, de prostitution et plus encore, d’êtres humains. Impuissant, on assiste au développement de ce chaos, faisant s’entrechoquer trois histoires en parallèle. Un beau thriller au réalisme édifiant qui nous offre une fresque géopolitique interrogeant avec brio les dérèglements permanents de notre société.

« La mécanique du chaos », Daniel Rondeau, Livre de Poche, 456 pages, 8,40 euros

Les manifestations, Nathalie Azoulai

Virginie, Anne et Emmanuel sont amis depuis le lycée. Ils sont proches, partagent une philosophie de vie, des heures sous le soleil passées à manifester, et la tolérance. Mais, vingt ans plus tard, ils ne sont plus très sûrs de ce qu’il reste de cette amitié, de ce qui les liait, la prof de littérature en banlieue parisienne, la psychanaliste et le journaliste correspondant en Amérique. Alors Virginie et Anne reviennent, à tour de rôle dans des chapitres à la première personne, sur leur vie, sur le fossé entre ce qu’elles pensaient devenir et ce qu’elles sont désormais. Et rien de plus flagrant pour prouver à quelle point elles se sont éloignées : elles qui défilaient toujours ensemble, qui étaient de toutes les manifestations, se séparent sur celle du 1er mai 2002, où les Français défilent pour faire barrage au Front National, quand Virginie apprend qu’Anne, juive qui plus est, ne manifestera pas.

La séparation est consommée, et chacune d’elle s’interrogera désormais sur ce que l’autre signifie encore pour elle-même. Les jeunes filles qu’elles ne sont plus étaient si proches, inséparables et pourtant si différente. Anne, jeune fille unique d’une famille juive et bourgeoise, cultivée, faisait office de modèle et d’idole pour Virginie, franco-française, petite-bourgeoise dégoûtée par le style de vie de ses parents. L’antiracisme les rapprochait, la montée de l’antisémitisme les éloignera. Les deux amies se perdent l’une l’autre, mais aussi elles-mêmes, elles traversent une crise personnelle en même temps que la France traverse une crise culturelle, une crise d’identité où plus personne n’est capable d’accepter l’Autre. Les manifestations est un roman perturbant où deux voix ne cessent de mettre dans la bouche de l’autre ce qu’elles n’arrivent pas à regarder en face chez elles-mêmes, ce qu’elles ne peuvent pas s’avouer.

« Les manifestations », Nathalie Azoulai, Editions Folio, 352 pages, 7,90€

24 jours, Emilie Frèche & Ruth Halimi

Récit très dur – et par moments à peine supportable – 24 jours raconte le calvaire d’Ilan Halimi, ce jeune Français de 23 ans, enlevé en janvier 2006 et torturé pendant trois semaines parce qu’il était juif. Emilie Frèche prête sa plume sensible et honnête à la voix de Ruth Halimi, la mère d’Ilan, qui prend le lecteur par la main et le guide à travers l’horreur de ce que la famille Halimi a vécu.

Début janvier 2006, une jeune femme entre dans le magasin de téléphonie dans lequel Ilan travaille et lui demande son numéro. Il lui donne, sans savoir qu’il vient de mordre à « l’appât » et de tomber dans un piège fatal. On suit avec angoisse, bien qu’on connaisse l’issue de cette affaire, aux côtés de Ruth, les premiers contacts avec les ravisseurs qui ne tardent pas à réclamer une rançon. On assiste aux négociations menées par le père d’Ilan accompagné des enquêteurs du Quai des Orfèvres. Et Ruth ne nous cache rien : de la retranscription des e-mails des ravisseurs aux lueurs d’espoir concernant la libération de son fils, elle nous dit jusqu’à ses conversations avec les enquêteurs où elle insiste sur son sentiment que l’enlèvement d’Ilan n’a rien de crapuleux mais est fondé sur l’antisémitisme.

Aussi insoutenable à lire que soit le destin d’Ilan Halimi, ce livre est nécessaire pour rappeler que des atrocités sont encore commises en raison des religions et ou des couleurs de peau, et qu’il ne faut jamais s’arrêter de se battre contre le racisme.

« 24 jours, la vérité sur la mort d’Ilan Halimi », Emilie Frèche & Ruth Halimi, Editions Points, 240 pages, 6,70€