Tout l’été, et chaque semaine, Untitled Magazine vous propose trois livres à lire. Que vous soyez dans votre maison de campagne, au bord de la plage, entre amis ou encore au travail, vous devriez trouver votre bonheur.

« Les cosmonautes ne font que passer », Elitza Gueorguieva

Novembre, 1989, le Mur de Berlin est tombé. Ce jour-là, le communisme meurt. Le lendemain, en Bulgarie, une petite fille de 7 ans découvre le sapin planté par Youri Gargarine, un soviétique, premier homme à être allé dans l’espace. Dans la cour de l’école, il y a aussi une fresque… C’est décidé, elle sera cosmonaute comme Youri.

Dans ce pays membre du bloc est-européen, l’étoile n’est plus rouge. Elle découvre que cosmonaute c’est réservé aux garçons, que l’étoile de la vie est parsemée d’embuches, et elle en fera les frais avec Constantza, sa voisine, son amie mais surtout sa « concurrente principale ». Mais il y a aussi sa Mamie, et sa mère et le grand-père qui a dédié sa vie au communisme… Alors qu’on rêvait de quitter la Bulgarie, cette petite fille – dont on ne connaitra pas le prénom – ne cesse de chercher sa bonne étoile. Alors qu’elle a vu les cosmonautes s’envoler, elle décide de devenir grunge pour rejoindre Kurt Cobain et l’Amérique.

Avec ce premier roman, Elitza Guerorguiva signe un récit enthousiaste et maitrisé. Elle offre un décryptage cinglant d’un univers politique qui semblait décider de la vie des individus, mais aussi qui rêvait pour eux !

« Les cosmonautes ne font que passer », Elitza Gueorguieva, Edition Folio, 192 pages, 6,60 euros

 « 11 histoires de séduction », les nouvelles 2018 du 1 hebdo

Parce que la séduction n’a pas succombé, comme certains ont pu le suggérer, aux mouvements de ces dernières années, à la libération de la parole des femmes, et à leur émancipation. Il est toujours possible de séduire, d’être séduit.e.s, de laisser libre cours au jeu et à la séduction. Et c’est exactement à ce jeu que se sont amusés les onze auteurs qui nous propose leurs nouvelles dans ce hors-série de l’été 2018 du 1 hebdo. Et on en redemande !

Quel plaisir de lire ces quelques pages – souvent trop courtes – et de se laisser entrer dans ces histoires : ce jeune homme si timide qui veut apprendre « la gouaille », les techniques pour parler aux femmes et les séduire sous la plume de Carole Martinez ; le jeu de trois ados sur la plage, qui s’amusent à voir qui pourra gagner leur concours de séduction grâce à la prose de Philippe Jaenada ; une histoire d’amour illégitime, mais vraie, qui a l’air de tourner mal, pleine de réalité à travers les mots d’Olivier Adam ; l’importance des apparences, de ce qu’on renvoie et de ce qu’on essaye de faire passer, dans les conquêtes des années les plus ingrates, celles de nos jeunes années à l’école, avec la belle histoire de Monica Sabolo ; un retour aux années du Roi Soleil, aux amantes de Louis XV et aux dorures de Versailles avec la nouvelle de Léonor de Récondo, à l’emprisonnement littéral comme figuré,…

Il ne vous reste plus qu’à ouvrir ce recueil, à admirer les belles illustrations de Julie Guillem, et à découvrir aussi les nouvelles de Philippe Claudel, de Véronique Olmi, de François-Henri Désérable, de David Foenkinos, de Lola Lafon ou de Kaouther Adimi, qui disent toutes l’époque dans laquelle nous vivons, pleine de rebondissements et de révélations, mais qui promet encore un bel avenir à la séduction.

« 11 histoires de séduction », hors-série nouvelles 2018, Le 1 Hebdo, 121 pages, 6,90€

« No home », Yaa Gyasi

Akua, James, Marjorie, H, Quey, Abena… Malgré leurs histoires différentes, leurs époques différentes, leurs vies différentes, ils ont tous un point commun : ce sont des enfants du Ghana, ce qui déterminera leur destinée. Ce roman envoûtant s’ouvre sur la vie de deux jeunes filles à la fin du XVIIIe siècle, Effia et Esi, demi-soeurs qui s’ignorent, l’une qui épouse un colon blanc, l’autre qui est vendue comme esclave et envoyée en Amérique. Et de ces deux destins découleront les chapitres successifs d’un roman qui s’étale sur plusieurs siècles et plusieurs continents.

Ils auront connu l’esclavage, le pillage de leurs ressources, le mépris envers leurs traditions, la conversion forcée au christianisme, on les aura arrachés à leurs terres. Yaa Gyasi nous offre un récit fort, d’une généalogie brisée par les hommes. Chaque chapitre se succède et nous présente un descendant différent et l’histoire de sa vie, d’une écriture douce qui ne tait pas les horreurs de leurs vies. Récit s’étirant de la fin des années 1770 au début de notre millénaire, No home est un livre sur la mémoire, pour qu’on n’oublie jamais ce que l’homme peut faire à l’homme, ce que la colonisation a infligé aux populations locales, et le mal que l’esclavage et la ségrégation ont pu faire aux Etats-Unis.

« No home », Yaa Gyasi, Editions Livre de poche, 480 pages, 8,10€

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