Tout l’été, et chaque semaine, Untitled Magazine vous propose trois livres à lire. Que vous soyez dans votre maison de campagne, au bord de la plage, entre amis ou encore au travail, vous devriez trouver votre bonheur.

« La danse des vivants », Antoine Rault

Juillet 1918, Charles – un jeune officier français – est retrouvé blessé sur le champ de bataille, sans plaques d’identité. Lorsqu’on l’interroge, il ne se souvient de rien. Il est confié à des psychiatres, et soumis à des thérapies, mais une amnésie profonde semble persister, ce qui ne masque pas sa grande instruction. Repéré par les services de renseignement français, il deviendra l’espion parfait et intégrera l’armée allemande sous le nom de Gustave Lerner.

Emporté par le personnage, éprouvé par ses angoisses, ce vide, ses trous de mémoires, le lecteur suit avec attache, sans efforts, les aventures de ce jeune officier en quête de ses souvenirs. Sous fond d’Allemagne en plein chaos, entre les dérives nationalistes et les négociations politiques complexes, Antoine Rault mêle la grande Histoire à la petite histoire. Situations réelles, personnages extravagants, noirceur de la ville, La danse des vivants est d’un réalisme incontestable, rappelant sans cesse notre devoir de mémoire.

« La danse des vivants », Antoine Rault, Edition Livre de Poche, 552 pages, 8,20 euros. 

« Au fond de l’eau », Paula Hawkins

Après le succès planétaire de La fille du train, la journaliste britannique est de retour avec un second thriller, Au fond de l’eau. Loin de l’univers urbain de Londres, ce second polar met en scène une petite communauté rurale anglaise.

Deux sœurs, Nel et Julia ne se parlent plus depuis longtemps. En froid, Julia n’a pas souhaité répondre à sa sœur lorsque celle-ci a tenté de la joindre. Une semaine plus tard, son corps est retrouvé dans la rivière qui traverse la petite ville de Beckford, dans le nord-ouest de l’Angleterre. Effrayée, Julia ne s’imagine pas revenir sur les lieux de son enfance. Obligée de s’y rendre, elle tente de faire face au suicide de sa sœur, à sa nièce de quinze ans qu’elle connaît à peine mais surtout à ses souvenirs d’enfance qu’elle a toujours fuis.

Maîtresse en matière de fausses-pistes, la romancière raconte l’histoire à travers le point de vue de onze personnages différentes. Cette rivière, de nombreuses femmes s’y sont noyées, de gré ou de force. Autrefois, on y jetait celles qui vivaient en marge de la société. Paula Hawkins nous immerge dans une atmosphère sombre et angoissante faisant sans cesse appel aux fantômes du passé. Habilement, elle dresse le portrait de ces trois femmes, Nel, Julia et Lena, en quête constante d’elles-mêmes, et tentant de dépasser les fêlures du passé. Un roman addictif, qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page.

« Au fond de l’eau », Paula Hawkins, Edition Pocket, 504 pages, 8,10 euros

 « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants », Mathias Enard

Dans ce roman ayant valu à Enard une reconnaissance internationale, il s’agit d’un épisode historique peu connu mais d’une importance capitale pour les rapports entre l’Occident et l’Orient : la visite de Michel-Ange à Istanbul (alors Constantinople) en mai 1506. Personnage et artiste célébré jusqu’à notre époque, ce voyage dans son intimité nous plonge dans les méandres de l’inspiration dans le processus créatif, ainsi que le choc de cultures rivales qui pourtant se développent par interactions permanentes.

Sombre histoire pour ceux qui s’y attarderaient superficiellement, Mathias Enard nous donne son interprétation grâce à une masse importante de données historiques mais aussi un génie littéraire qu’on ne présente plus. Initialement prévu comme un voyage de travail (la construction d’un pont sur la Corne d’Or), Michel-Ange découvrira un vaste panel d’émotions et de saveurs nouvelles, à travers ce voyage orientaliste, dans un va-et-vient permanent entre le familier et le mystérieux. Avec une diaspora d’Européens intégrés dans le sultanat de Bajazet, on assiste avec Michel-Ange à un cosmopolitisme culturel et politique intense, à une époque où le Moyen-Orient et l’Europe semblent se refermer sur eux-même.

Avec Boussole écrit quelques années plus tard, Enard nous livre ici un court roman d’une grande intensité poétique sur l’Orient et l’Occident, pour un auteur qui concoure aujourd’hui dans sa propre ligue.

« Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants », Mathias Enard, Babel/Actes Sud, 176 pages, 7€

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