Tout l’été, et chaque semaine, Untitled Magazine vous propose trois livres à lire. Que vous soyez dans votre maison de campagne, au bord de la plage, entre amis ou encore au travail, vous devriez trouver votre bonheur.

« La dévoration », Nicolas d’Estienne d’Orves

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Nicolas est écrivain. C’est depuis sa chambre d’enfant, chez sa mère, qu’il trouve l’inspiration. Il n’a jamais pu faire autrement. Son sujet de prédilection ? L’horreur, la souffrance, les fais divers… mais surtout le sang ! Et ses livres sont des best-sellers partout dans le monde. Et cela aurait pu continuer longtemps… Sauf que son éditrice, Judith, vient d’en décider autrement. Fini le sang, l’horreur et les personnes souffrantes, il doit se dévoiler, se mettre à nu, face à ses lecteurs dans son prochain roman. Ensemble, avec Cécile, une brillante avocate, ils vont combattre les démons et leurs inquiétudes. Parallèlement à l’histoire de Nicolas, deux autres récits s’entremêlent : l’histoire des Rogis, célèbre dynastie de bourreaux français officiels depuis le XIIème, dont la lignée s’est arrêtée suite à l’abolition de la peine de mort, et l’histoire du japonais cannibale, rebaptisé Morimoto.

La « dévoration » semble faire clairement référence à ce très connu fait divers de l’étudiant japonais, Issei Sagawa, qui a dévoré à Paris le corps de sa bien aimée en 1981. Décoiffant, intriguant, tout en nous passionnant, on parcout les pages de ce roman en reliant sans cesse la grande Histoire. Une mère auteure de livres pour la jeunesse, une grand-mère américaine, une éditrice compliquée et une âme sœur prédatrice sexuelle, ce jeune écrivain, à la recherche de son personnage, sans cesse tiraillé entre plusieurs femmes de caractère, parviendra-t-il à s’échapper de son propre récit ? Une dévoration qui se dévore sans modération.

« La dévoration », Nicolas d’Etienne d’Orves, Edition Livre de Poche, 288 pages, 7,10 euros

 Même le silence a une fin, Ingrid Betancourt

Deux ans après sa libération, la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt – ancienne otage de la guérilla des Farc – publiait « Même le silence a une fin ». Ici, l’auteure dévoile les mystères de son enlèvement, un des enlèvements les plus connus dans le monde. Le titre évoque un vers de Pablo Neruda. Une promesse, une pensée, qui lui a permis de tenir durant ses six années de captivité.

Dans ce livre témoignage, elle raconte son quotidien, la survie, l’horreur de la guerre. Privée de toute liberté, enchaînée à un arbre par le cou, elle a passé six ans dans le silence. En plein cœur de la jungle colombienne, l’ex-femme politique livre sa lutte intérieure, bien décidée à exister malgré tout. Dans un français très soigné, le récit nous propulse à ses côtés offrant aux lecteurs toutes les sensations (odeurs, sons, lumière) liées à l’étrangeté de la vie en forêt. En parallèle, Ingrid Betancourt développe ses réflexions sur sa condition d’otage. Très réfléchie, elle aborde – toujours en continuité permanente avec ses projets politiques – des thèmes qui lui sont chers : l’urgence de la parole et la naïveté.

« Même le silence a une fin », Ingrid Betancourt, Folio, 832 pages, 9,90€

 

« Jewish gangsta », Karim Madani

New York, fin des années 80. Ou plus précisément, Brooklyn, quartier pauvre de la capitale américaine où les populations les plus défavorisées sont parquées dans d’immenses immeubles. Ill Bill et Necro, Ethan Horowitz et J.J tentent de s’en sortir, trempant dans tous les trafics, au milieu d’une guerre des gangs sans merci, et n’échappant pas toujours à la prison – dans laquelle les conditions de vie ne sont guère plus enviables qu’à l’extérieur.

Dans Jewish gangsta – qui a reçu au mois de juin le prix de la Brasserie Barbès -, ce sont des histoires vraies que nous raconte Karim Madani, qui lui ont été rapportée par les personnages eux-mêmes, sans rien occulter de la violence de leurs vies, depuis le trafic de drogue, aux passages en prison et à la cruauté des gangs. Trois destins, trois personnages qui ne se rencontreront jamais mais qui ont plus de points communs qu’il n’en paraît : ils sont aussi tous juifs, et il n’est pas toujours facile de se faire une place en tant que juifs dans ces cités.

Karim Madani met ici à l’honneur, à la manière d’un documentaire narratif où s’entrelacent souvenirs et récit, le mouvement « goon » (voyou en anglais), qui a défini une forme de culture dans ces quartiers défavorisés des années 90, un milieu underground qui est aujourd’hui en partie oublié – si Ethan et J.J n’ont pas laissé de traces, Bill et Necro sont des rappeurs relativement connu dans le milieu.

Une plongée déconcertante dans une culture d’une violence rare, une partie de l’histoire américaine qui mérite d’être racontée !

« Jewish gangsta », Karim Madani, Editions 1018, 192 pages, 6,60€

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