On vous aura prévenus, Emily Beecham est la nouvelle actrice britannique qui perce : incarnant une veuve dans Into the Badlands, aperçue dans Hail Caesar des frères Cohen, elle brille à présent dans Daphné du réalisateur écossais Peter Mackie Burns, dans lequel son interprétation vient transcender un personnage magnifiquement bien écrit. 

C’est la deuxième fois que vous êtes choisie pour le premier rôle d’un long métrage, comment appréhendez vous le fait d’avoir une telle position centrale dans Daphné ?

J’y ai vraiment pris beaucoup de plaisir ! Disons que je laisse ça ouvert au changement mais je pense que c’est plus facile de jouer le personnage principal plutôt qu’un rôle secondaire. Parce que c’est bien plus facile de façonner un premier rôle, de le modifier à sa façon. Le rendre à la fois plus plausible et plus intense tout en se l’appropriant un peu plus. Cela donne plus de liberté créative, ce que j’ai vraiment apprécié.

Vous avez été incluse dans la création du personnage de Daphné dès le précédent court-métrage (Happy Birthday to me), qui a ensuite donné lieu à ce film. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre participation dans ce processus et comment Peter Mackie Burns et Nico Masenga vous ont incluse dedans ?

Peter m’a invitée au début pour jouer ce rôle parce que je lui avais dit être très intéressée par l’histoire et ce personnage assez inhabituel … et qui m’a beaucoup attiré. Et puis je crois qu’il m’as dit plus tard que The Bureau et BFI [ndlr: les deux boites de production] étaient intéressés pour développer un peu plus le personnage. On a commencé à se voir beaucoup, à parler de Daphné, de ses opinions -elle en a beaucoup- de tout ce qui la construit ; ce qu’elle lit, ce qu’elle écoute, ses relations amoureuses. Et ensuite je dirais que j’ai commencé à le connaître vraiment très bien, non plus en tant que réalisateur mais en tant que personne. Il a vraiment un goût et un style très distinctif qui viennent influencer le film et il a à cœur de faire des choix qui rendent le personnage réaliste. Des choix qui ne cherchent pas le divertissement mais qui viennent relever le personnage dans chaque détail. C’est pour ça que je pense qu’il a rendu Daphné intéressante et que tous ses films ont une personnalité assez innée. Tout le processus avec les photographies, les livres à lire comme Slavoj Zizek, les musiques à écouter… C’était vraiment stimulant de travailler comme ça, d’apprendre à le connaître en même temps. On s’est très bien entendus. Il voulait qu’elle ait cette sorte de personnalité singulière et déconnectée sur laquelle on a travaillé dessus ensemble.

Le personnage de Daphné est un mix assez fascinant entre une jeune femme cynique, hédoniste et nihiliste. Elle est aussi têtue, vexante et pourtant extrêmement sympathique, indépendante et drôle. L’empathie à son égard est presque instantanée.

Il y a des gens qui l’ont trouvé plutôt offensive et d’autres qui se sont sentis très connectés à elle. Je pense que ces derniers se sont sentis connectés parce qu’ils peuvent surtout se retrouver en elle. En tout cas c’est ce que j’ai ressenti, je me retrouve définitivement elle elle quand je me regarde moi et mes amis. Ca tient aussi au fait que c’est un type de personnage féminin qu’on ne retrouve pas souvent sur les écrans. C’est pour ça qu’elle est unique et aussi que le film a un impact : c’est comme se regarder dans un miroir, regarder sa vie, ses propres expériences…particulièrement notre génération.

Vous pensez qu’elle peut incarner un mode de vie ? Plus particulièrement celui de la génération Y ou bien des jeunes femmes d’aujourd’hui ?

Oui définitivement. Les gens qui s’établissent et se posent de plus en plus tard, qui n’ont jamais eu d’idée précise de ce qu’ils veulent faire de leur carrière, c’est assez emblématique. Je me retrouve pas mal dedans en tant qu’actrice ; jouer se rapproche assez de ce mode de vie. Et puis ça va aussi avec son expérience de londonienne…

Daphné évolue en effet constamment à travers sa vie à Londres. Comment a t-elle été pensée en relation avec cette ville ?

Elle est complètement produite par son environnement. Londres peut être très dure, sans pitié, et très déconnectée mais elle abonde aussi de gens remplis de gentillesse, et c’est un peu à toi de faire l’effort d’aller chercher cette connexion : je crois que Daphné montre justement comment elle peut être déconnectée à un moment pour enfin retrouver cette connexion avec les gens. Et Peter voulait trouver une justification pour tourner à Elephant and Castle. Une sorte de melting-pot culturel qui l’influence forcément. Aussi je pense qu’elle voit Londres comme son terrain de jeu. Ca la rend aussi hédoniste et nihiliste qu’elle peut l’être.

Vous êtes de plus en plus reconnue à la fois par la presse, les audiences, les festivals. Vous avez déjà eu trois nominations pour votre performance dans Daphné, vous avez eu votre nom dans la liste des Young Hollywood dans Nylon Magazine, comment appréhendez-vous ce gain de popularité ?

Daphné à pris beaucoup de temps, j’y ai beaucoup cru, je me suis beaucoup investie et je pense que c’est un film très positif. Il représente beaucoup de gens qui se sont pas souvent retrouvés dans les personnages offerts habituellement. J’ai donc été vraiment très heureuse d’y participer. J’ai tendance à prendre les récompenses et toutes ces choses comme un bonus, même si ça me rend vraiment heureuse parce que ça me laisse des portes ouvertes pour ce genre de projets et avec des réalisateurs qui ont une touche similaire. Des histoires idiosyncratiques, centrées sur des femmes réalistes et qui font attention aux détails. Ça encourage à d’autres opportunités et j’espère, d’autres processus tout aussi collaboratifs.

Vous avez eu l’occasion de jouer dans différentes industries maintenant. Films TV, pièces de théâtre, films à gros budget comme Hail Caesar des frêres Cohen, actuellement la série Into the Badlands et des films indé comme Daphné. Une préférence pour la suite ou bien considérez-vous continuer dans autant de domaines différents ?

J’avoue avoir ma petite préférences pour le film indé. D’abord parce que j’ai souvent eu plus de libertés dans mon jeu à l’inverse de certaines productions où tout est entièrement contrôlé. J’ai plus le temps d’approcher un personnage, de faire corps avec. Et les histoires sont plus intéressantes…quelquefois… Mais je dirais que ça dépend aussi surtout du réalisateur, de son style, son écriture, son intellect. Et s’ils sont ouverts par rapport à ce que les acteurs peuvent leur apporter. Si tant est qu’il y ait quelque chose à apporter… C’est ce qui fait une bonne recette je pense. Un film qui va être intéressant, parler aux gens , et qui être stimulant lors de sa création. Je pense que le film indépendant brille assez là-dessus. J’espère que j’aurai plus d’expériences dans ce type de films en tout cas.

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