Avec Elle a menti pour les ailes, Francesca Serra signe un premier roman époustouflant sur l’adolescence, le pouvoir des réseaux sociaux, la génération Z dans un monde où rien ne mérite d’exister sans avoir été partagé sur Instagram. Une histoire forte sur cette jeunesse hyper connectée qui souffre du regard des autres et de la mélancolie de notre présent. 

Garance, 15 ans, partage sa vie avec une mère professeur de danse, une meilleure amie bonne élève et rêve de devenir quelqu’un. Pour cela, elle compte sur sa beauté qui la distingue parmi les autres filles de son âge, mais surtout sur le prochain concours de mannequin organisé dans sa petite ville sans charme du Sud-Ouest. Mais voilà, son monde bascule rapidement lorsque la petite bande d’adolescents branchés de terminale, que tous admirent, la remarque. Prête à tout pour se faire intégrer dans ce groupe, elle va grandir en quelques mois, devenir une autre jusqu’à sa mystérieuse disparition.

Portrait d’une génération

Francesca Serra nous fait pénétrer dans la vie quotidienne de ceux que l’on nomme aujourd’hui “les millenials”. Sur les réseaux sociaux, qui font partie intégrante de leur vie, tout est montré, mis en scène, commenté et liké, mais aussi bien sûr moqué. “Il suffit d’une icône de pouce levé pour échapper à l’oubli, pour empêcher les autres de faire abstraction de vous. Un like affirme votre présence au monde”.

Tandis que ses personnages semblent tout droit sortis des séries télé consacrées à la vie de lycée, l’auteure parvient sans jugement à jouer avec les codes des réseaux sociaux et à démontrer le mécanisme par lequel on finit par se perdre soi-même à force de jouer un double jeu. Ici, on rencontre la reine du bal, la belle et riche jeune fille sur qui tous les regards se posent lorsqu’elle traverse les couloirs. Le beau gosse, taiseux et sûr de lui, que tous veulent s’arracher. Et puis il y a Garance, qui vaut mieux qu’eux, que ces idéaux mais qui se retrouve happée par cette envie de faire partie de la bande. “Parce que la condition sine qua non pour exister dans cette ville : avoir une réputation. On leur donne en pâture de quoi alimenter une saga, et à ce prix, on se détache de ses semblables, on se fait un nom que personne ne peut ignorer. La célébrité peut se résumer à cette fonction : être une source inépuisable de récits pour la communauté.”

La descente aux enfers

Très vite, Garance sera intégrée au groupe, au point de délaisser sa meilleure amie et de tourner le dos aux cours de danse dispensés par sa mère. “Il y a longtemps que Garance attendait l’occasion de vivre à la hauteur d’un hashtag ».
L’auteure raconte avec finesse et beaucoup de détails la descente aux enfers d’une jeune fille naïve qui rêvait de faire partie de la bande des “populaires” mais qui voit sa vie prendre un nouveau tournant. Ici, rien n’est tu, et tous les dangers que tentent d’éviter les adolescents sont cités : trahisons, vengeances, harcèlement, suicide. 

Francesca Serra parvient à saisir avec brio les codes et la réalité du monde de cette génération, qu’on ne cesse vouloir comprendre. 

« Elle a menti pour les ailes », Francesca Serra, Edition Anne Carrière, 480 pages, 21 euros