« Duras, de tout… de rien… de rien du tout », la jolie pièce mise en scène et jouée par Claire Deluca et Jean-Marie Lehec, est présentée au théâtre de la Reine Blanche jusqu’au 3 décembre 2016. Un moment de plaisir où l’absurde rencontre la tendresse. Tricotée à partir d’extraits de textes de Marguerite Duras, cette pièce est vrai bonheur !

Ils sont deux sur scène. Une rencontre faite dans la plus pure des simplicités. Une discussion engagée avec une étonnante fluidité, sans arrière-pensée, sans autres objectifs que la libération de la parole, sans autres buts que l’échange. Les thèmes abordés sont ceux de la vie : tristesse, amour, errance, dans une jonglerie langagière délicieuse. Ils sont simples, authentiques, et le texte de Marguerite Duras s’en trouve honoré.

Absurdité de la vie, absurdité des mots

L’absurde, style syntaxique et littéraire qui vise à détourner les commodités du langage pour en défaire les codes de compréhension, trouve ici toute la simplicité de sa logique. Les torturés pourront y trouver un hymne philosophique rendant hommage à la vie, les autres sauront recevoir toute la fraîcheur et l’humour de ces interactions qui se croisent. La discussion est improbable mais se tient, elle surprend mais se comprend aisément. Elle, bourgeoise d’un certain âge, raconte comment elle a eu envie de jeter son mari dans le canal, évoque un lion qu’elle a eu et une aventure qu’elle entretiendrait le dimanche avec un jeune livreur. Lui a un bidon d’essence troué qu’il trimbale partout depuis qu’il est tombé en panne, il y a deux ans, et occupe sa vie entre penser et faire, faire et penser, penser faire et faire penser. Si la pièce offre une double lecture, elle amène néanmoins à penser la vie et permet autant de relativiser que d’accepter les chemins tortueux, douloureux et décalés. 

Dialogue intime

Ces deux personnages que rien ne réunit ni n’oppose, se trouvent à discuter. Ils se rencontrent entrants en scène et commencent à échanger sur leur vie dans la plus pure beauté innocente d’une rencontre. Cette aisance de la conversation, ce tout venir entre deux inconnus, éveille le charme simple des rencontres que l’on ne connaît plus. Pas d’arrières pensées d’aucune sorte, juste le dialogue pour le dialogue, la conversation se suffit à elle-même. Ils parlent de tout, de rien dans une naïveté presque déconcertante. A l’heure où les interactions de rues profondément humaines et bienveillantes nous semblent disparues, ce brin de fraîcheur fait un bien fou. Les textes de Marguerite Duras passent de l’un à l’autre sans que l’on y prête attention. Ils s’enchaînent, s’allient et se croisent dans une parfaite harmonie.

Duras, de tout… de rien… de rien du tout est une pièce qui met du baume au coeur et qui redonne foi en l’humain. C’est tendre, touchant, léger, parfois réfléchi mais toujours délicat. C’est tout simplement délicieux ! 

DURAS DE TOUT DE RIEN DE RIEN DU TOUT Raprochement de textes de Marguerite Duras par Claire Deluca et Jean Marie Lehec Mise en scene et interpretation de Claire Deluca et Jean Marie Lehec La Reine Blanche Paris le 21 septembre 2016 © Pascal GELY
DURAS, DE TOUT DE RIEN, DE RIEN DU TOUT © Pascal GELY
DURAS DE TOUT DE RIEN DE RIEN DU TOUT Raprochement de textes de Marguerite Duras par Claire Deluca et Jean Marie Lehec Mise en scene et interpretation de Claire Deluca et Jean Marie Lehec La Reine Blanche Paris le 21 septembre 2016 © Pascal GELY
DURAS, DE TOUT DE RIEN, DE RIEN DU TOUT © Pascal GELY


Jusqu’au samedi 3 décembre 2016, Les jeudis et samedis à 19h, Les dimanches à 16h, relâches les 19 et 27 novembre
Durée : 1h

2 bis, Passage Ruelle – 75018 Paris
Métro La Chapelle ou Marx Dormoy
Réservations  01 40 05 06 96
Tarif plein 28€ l Tarif réduit 18€ l Tarif groupe 14€