Qu’est-ce-qu’une galerie itinérante ?

Bien avant l’apparition des galeries d’art et du fonctionnement qu’on leur connaît dès la Restauration, on peut supposer qu’il y en a toujours existé des formes itinérantes. A mi-chemin entre l’image du marchand ambulant et les intermédiaires de grands noms entre artistes et collectionneurs comme Primatice négociant les œuvres des peintres italiens pour François Ier, la galerie itinérante a pour fonction d’exposer sans endroit fixe et constant, l’œuvre des artistes qu’elle représente.

Bien qu’il soit difficile de les recenser, leur nombre semble avoir beaucoup augmenté au début des années 2000. L’arrivée d’internet leur a ainsi permis d’être dotés d’une vitrine virtuelle permanente.

Ici — Michaël Duperrin
Vernissage de l’exposition « Ici » de Michaël Duperrin (17.6 — 8.7.2016) proposée par la galerie Santo Amor installée dans un appartement privé à Paris. ©Santo Amor

Une liberté de lieu

Ne possédant pas de local commercial pour recevoir leur public, cette forme alternative permet aux galeristes de faire vraiment découvrir les œuvres qu’ils proposent à l’occasion d’ « exposition-événement ». A la différence du modèle du White Cube initié dès 1946 par la sculptrice et marchande d’art américaine Betty Parsons, devenu la « seule convention majeure à laquelle l’art ait dû se soumettre » primant aujourd’hui chez la grande majorité des marchands d’art selon Patrica Falguières (O’Doherty, 2008), les galeries itinérantes n’ont aucune limite de lieu ou de décors pour présenter leurs expositions. Se déroulant tantôt dans un lieu prêté par un particulier, dans un bureau en fonction, dans un espace à détruire, dans un atelier ou encore chez des partenaires du milieu qui mettraient à disposition leur galerie, cette forme itinérante permet toutes les idées les plus extravagantes !

Une liberté de temps

De la même manière, il ne semble pas y avoir de règles imposant implicitement une certaine durée des expositions proposées. En effet, cela peut varier de la simple soirée, à un week-end ou encore à plusieurs semaines d’exposition. Par ailleurs, la fréquence de renouvellement des expositions présentées est également régie par l’envie et le choix du marchand d’art. Ce type d’organisation laisse donc résolument une très grande liberté à leurs initiateurs ce qui permet de préserver une certaine envie et passion du métier et, dans un même temps, de maintenir une exigence particulière dans le choix de ce qui est présenté, sans pression de ne rien avoir à programmer.

Vue de l'exposition "Isabelle Jarousse. Poésie sans paroles" organisée par la galerie Céline Moine dans un Sowroom à Lyon. (14 - 28 November, 2015) ©Aurelie Foussard
Vue de l’exposition « Isabelle Jarousse. Poésie sans paroles » (14 – 28.11.2015) organisée par la galerie Céline Moine dans un Sowroom à Lyon. ©Aurelie Foussard

Une forme de lieu d’exposition à vocation pérenne ?

Cette absence de lieu d’exposition fixe peut-être vue, cependant, comme un élément à double-tranchant. A la préparation de cet article, on a pu constater que bon nombre de galeries itinérantes avaient été conçues pour être éphémère. On peut alors se demander si ce type de structure n’est pas, pour certain, une étape transitoire avant la mutation en galerie classique ou pour d’autre une passion qui n’a pas vocation à être un métier à part entière.

La pérennité des galeries itinérantes peut sembler par ailleurs moins aisée à assurer si l’on se reporte à d’autres points d’ordre plus logistique. A nouveau, on peut questionner cette liberté quasi-totale de lieu car elle impose de trouver régulièrement de nouveaux espaces et d’y adapter l’accrochage des œuvres.  On peut par ailleurs imaginer qu’il est peut-être plus difficile de communiquer auprès d’un spectre de visiteurs encore novices et de les fidéliser. Ce point semble en effet demander un effort supplémentaire comparé au travail du galeriste traditionnel qui a la « chance » de pouvoir capter l’attention de manière instantanée grâce à sa vitrine.

Une forme alternative à taille humaine …

Bien que la galerie itinérante ne soit pas aussi institutionnalisée que sa forme plus classique que l’on connaît, elle reste dans une même conception traditionnelle du métier. En effet, ses qualités de vecteur économique, d’espace de diffusion et d’outils de production sont toujours présentes mais cette alternative permet de renouer avec une tradition quelque peu désuète et oubliée du marchand d’art telle que l’histoire de l’art en a connu à travers d’illustres personnages. On retrouve la même démarche qu’avaient eu Paul Durand-Ruel, Ambroise Vollard ou Daniel-Henri Kahnweiler avec leurs artistes et les courants d’avant-gardes qu’ils soutenaient personnellement. Ainsi, loin des galeries internationales comptant des dizaines d’espace d’expositions à travers le monde, les formules itinérantes permettent au marchand, aux artistes et aux collectionneurs de tisser à nouveau de réels liens. Par ailleurs, ce type d’organisation alternative peut vraiment être considéré comme un moyen intéressant pour faire découvrir la « jeune création ».

Thomas Henriot. Sur la route Du 6 au 15 octobre 2016 Au Lolft 4.40, Lyon 5
Vue de l’exposition « Sur la route » de Thomas Henriot ( 6 -15.11.2016) organisée par la galerie Céline Moine au Lolft 4.40, Lyon 5 ©Celine Moine

… mais aussi bien souvent à dimension internationale

Cette conception du métier à échelle humaine n’est cependant pas totalement à contre-courant du système actuel majoritaire, bien au contraire. Son caractère mouvant l’autorise à calquer les modèles culturels mondialisés et globaux d’aujourd’hui.

Une anecdote qui pousse ce propos à son paroxysme peut-être l’expérience « Wings » organisée le 22 juin 2011 par la galerie itinérante Dexter Gallery. Fondée en 2009 par Marc Réveillaud et Pierre Cornette de Saint–Cyr (Junior), ils ont organisé la première vente aux enchères se déroulant à plus de 30 000 pieds au dessus de l’Atlantique lors d’un vol en avion Paris-New York ! Fait dans le cadre d’une mission caritative pour récolter des fonds pour l’Institut Curie, cet exemple montre bien la force de liberté de temps et d’espace que propose ce nouveau modèle d’exposition alternative.

Exposition Guillantun de Héctor Olguin
Vue de l’exposition « Guillantun » de Héctor Olguin proposée par la galerie Santo Amor installée dans l’atelier d’architecture Martel à Paris. ©Santo Amor

Notre sélection rien que pour vous

Les galeries itinérantes communiquent généralement peu par les voies traditionnelles. Ainsi, pour être au courant des prochaines expositions et pour avoir éventuellement la chance de vivre une « expériences » à un prochain vernissage, nous vous suggérons trois galeries itinérantes que l’on apprécie tout particulièrement !

La plus internationale : Santo Amor

Fondée en 2015 par la doctorante en Histoire de l’Art et en Anthropologie Elisabeth Richard et le plasticien Héctor Olguin, la galerie a déjà vu établir ses premières expositions entre Paris et Tokyo. Ils présentent ainsi une dizaine d’artistes contemporains figuratifs dans divers lieux inédits comme des appartements privés, des bureaux ou encore des cabinets d’avocat.

Santo Amor propose de vous faire découvrir les photographies de Magali Lambert jusqu’au 24 avril dans un appartement privé à Paris !

Visites sur rendez-vous au 88, rue Michel Ange 75016 Paris.

La plus expérimentée : La Galerie Céline Moine

Après avoir travaillé quelques années en galerie, Céline Moine s’est lancée dans la création d’une galerie itinérante dès 2010. Originaire de Lyon, elle y organise la plus grande partie de ses expositions. Forte du succès du concept, elle participe dès 2011 à ses premières foires professionnelles parisiennes. Elle propose de faire découvrir les créations d’une dizaine d’artistes comme les Hervé All et Cécile Decorniquet ou encore l’artiste Thomas Henriot.

Vous pourrez retrouver la galerie au salon DDESSIN à l’Atelier Richelieu dans le 2e Arrondissement de Paris, du 23 au 26 mars 2017 !

La plus parisienne : La T&L Galerie

Fondée en 2015 par deux jeunes Historiens de l’art, Tancrède Hertzog et Léopold Legros, respectivement âgés de 24 et 25 ans, elle représente deux périodes de l’art distinctes : l’art d’après guerre des années 1950 à 1970 et la création européenne émergente. Pour l’heure, ils représentent cinq artistes. On peut citer par exemple Natasha Lacroix, François Malingrëy ou encore le photographe Yan Morvan. Chaque exposition se fait dans des lieux inédits à Paris ou dans les foires internationales.

Leur prochaine exposition se déroulera dans un lieu à Paris qui reste encore à préciser et proposera de faire découvrir les œuvres de l’artiste Italien Tindar au mois de mai et de Juin 2017.

Si tu as loupé les épisodes précédents, c’est le moment de te rattraper : 
Le dessous des institutions • Episode 1 : Les Fondations d’entreprise
Le dessous des institutions • Episode 2 : Les Festivals

Le dessous des institutions • Episode 3 : Les Petits Musées

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