Si l’on se mettait à causer musées, se dessineraient sûrement dans vos esprits les immenses figures du Grand Palais, du Louvre ou encore du Centre Pompidou, qui dissimulent de leur prestige la pléïade considérable de l’offre muséale française. L’occasion, donc, de s’attarder un peu plus sur ces petits musées qui vivent dans l’ombre des grands.

Les musées, de la collection privée à l’industrialisation culturelle

Si l’on revient -très- rapidement sur leur histoire, les musées -et les collections publiques- tels qu’on les connait aujourd’hui naquirent au XVIIIème siècle sous l’égide des lumières, après avoir passé un peu moins de trois siècles sous la forme de collections privées. Au XIXème siècle, le musée collectionne, mais se meut aussi en lieu de formation pour les étudiants. Son utilité sociale devient une évidence. Au XXème siècle, l’institution muséale se modernise pour contrer des accusations de conservatisme avec la création de musées d’art moderne et la mise en place d’expositions temporaires. A partir de 1975, les musées connaissent un nouveau tournant rénovateur : on les transforme en centres culturels, on en fait des outils d’attraction commerciale… C’est d’ailleurs à partir de 1980 que l’on commence à parler d’industrie culturelle, et que les musées connaissent des hausses de fréquentation phénoménales -de 9 millions de visiteurs en 1980 à 14 millions en 1993 pour les musées nationaux. Une histoire commune donc, partagée par tous les musées de France, de Navarre et du monde, et qui pourtant recouvre une multiplicité d’institutions différentes. Quid, donc, des petits musées ?

Petits et grands musées : typologie

Afin de différencier petits et grands, il serait possible de se baser sur les modes de financement, qui ne sont absolument pas les mêmes pour ces deux types d’institution. Si le fonctionnement des grands musées repose majoritairement sur une économie mixte -partagée entre une grosse part de financements publics et une moindre part de mécénat-, les petits musées sont, eux, financés entièrement soit par une institution publique comme Paris Musées pour les musées municipaux, soit par des sociétés privées comme la société Kléber-Rossillon pour le musée de Montmartre ou encore par des fonds de dotation, comme l’était le musée Mendjiski avant sa fermeture en décembre 2016. A l’image des festivals de musique, les petits musées dont le financement est assuré pleinement par des dotations privées courent un risque immense, puisque le mécénat est très difficile à obtenir et s’avère beaucoup plus volatile que l’assurance d’un financement public. Raison pour laquelle le musée Mendjiski, très peu médiatisé, a mis la clé sous la porte il y a peu.

Outre des modes de financement différents, les petits musées se positionnent aussi souvent sur un parti-pris artistique particulier. Si les gros musées abritent des collections publiques qui se baladent, pour les collections temporaires, de pays en pays, les petits musées concentrent souvent les collections privées d’artistes -musée de la vie romantique-, de banquiers -musée Cernuschi- ou encore de fondations -musée de la chasse et de la nature. Souvent, les petits musées s’attachent aussi à mettre en valeur la vie d’un artiste, et nombreux sont ceux qui, à Paris, célèbrent les plus grands talents français : la maison Victor Hugo dédiée à l’écrivain bisontin, le musée Gustave Moreau consacré aux plus grandes oeuvres du peintre symboliste… Quand, bien sûr, ce n’est pas pour rendre hommage à des courants entiers, comme au musée de la vie romantique qui célèbre l’art d’Ary Scheffer et de ses contemporains, ou pour mettre en valeur une certaine forme d’art, à l’image du musée Nissim de Camondo qui dédie ses pièces aux arts décoratifs.

Les grands musées, une entité dévoratrice ?

Si les grands musées connaissent une médiatisation et une fréquentation beaucoup plus importantes, il serait aventureux de penser que ces derniers s’étendent et se développent forcément au détriment des plus petits. Comme on l’a dit plus haut, des petits musées comme le musée Mendjiski subissent, certes, un manque de fréquentation, mais ne ferment que par manque de subventions publiques. Et si le manque de considération étatique pour ces petites institutions peut mener à leur perte, les grands musées subissent aussi malgré eux des difficultés qui ne sont pas de leur ressort. Avec les récents attentats à Paris, de grands musées comme le Louvre ont accusé une baisse de fréquentation de 15%, alors que de plus petits musées comme le musée de Montmartre a gagné 25 000 visiteurs entre 2015 et 2016.

Et si l’on s’élève un peu, que l’on s’écarte des logiques commerciales et d’une dichotomie grossière entre petits et grands musées, il est aisé d’entrapercevoir un mouvement positif reliant ces deux types d’institution. Et ce, notamment à travers la mise en place de dispositifs comme celui de la Réunion des Musées Nationaux, qui, considérée comme un service public, redistribue les recettes de ses expositions pour nourrir les plus petits musées. C’est pas beau l’amour ?

Nos petits musées préférés

Ce n’est pas tout d’en parler, les musées, ça se visite d’abord. Et pour vous guider un peu, un tour des petits musées qui valent vraiment le détour à Paris s’impose.

Le musée Gustave Moreau : après 12 mois de travaux entre 2014 et 2015, le musée-hommage au grand peintre symboliste a fait peau neuve et recèle sous son toit âgé plus de 25 000 pièces. Très intime, le rouge de ses murs, son escalier à double vrille, son papier peint recouvert de tableaux et sa cheminée de marbre vous entraîneront dans une rêverie mystique et artistique dont vous ne sortirez assurément pas indemnes.

petits musées
Le musée de la vie romantique : bucolique, ce petit musée caché dans le quartier de la « Nouvelle Athènes » dans le 9ème arrondissement semble être ancré hors du temps. Au rez-de-chaussée, on plonge en immersion dans la vie artistique et quotidienne de George Sand, alors qu’on célèbrera plutôt le souvenir du peintre romantique Ary Scheffer et de ses contemporains à l’étage. Tout cela au coeur d’une maison aux allures très campagnardes, coiffée d’un jardin clos et d’une jolie serre, pour s’échapper du tumulte parisien l’espace d’un après-midi, et rêver de mysticisme ou de sentimentalisme aux côtés de ces grands artistes.

Musée_de_la_vie_romantique_2011

Le musée Zadkine : caché au fond d’un petite ruelle dans le 6ème arrondissement, ce musée est taillé pour les amoureux de verdure et de sculptures. Nommé d’après le sculpteur d’origine russe Ossip Zadkine, le musée regroupe les oeuvres de ce dernier -ainsi que certaines des oeuvres de sa femme, Valentine Prax-, inspirées par les arbres et la forêt. Dans un jardin réalisé par le paysagiste Gilles Clément, vous pourrez déambuler entre les sculptures et les étoffes vertes d’une végétation riche. De plus, le musée permet aux non-voyants et mal-voyants de toucher les sculptures, selon le voeu d’Ossip Zadkine lui-même. Doit-on vraiment vous en dire plus ?

zadkine

Musée Bourdelle : si vous voulez vous imprégner du sculpteur Antoine Bourdelle, foncez dans son atelier et lieu de vie situé dans le 15ème arrondissement, transformé en musée en 1949 et agrandi au fil des ans. Dans les jardins et l’atelier, déambulez entre les mythiques sculptures de l’artiste montalbanais; dans l’appartement mitoyen, côtoyez le fantôme du sculpteur… Véritable havre de paix et de mémoire, le musée Bourdelle est un incontournable.

© Guy Pouliquin
© Guy Pouliquin


Si tu as loupé les épisodes précédents, c’est le moment de te rattraper : 
Le dessous des institutions • Episode 1 : Les Fondations d’entreprise
Le dessous des institutions • Episode 2 : les Festivals

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