Les derniers mois ont été un peu spéciaux pour les amoureux de la littérature, avec un programme de prix littéraires chamboulé et des librairies ouvertes sur un mode particulier… Mais on ne se lasse jamais d’offrir des livres à nos proches pour Noël, alors on vous a concocté une sélection de livres à mettre sous le sapin – en petit comité bien sûr !

Saturne, Sarah Chiche

Après Les Enténébrés où elle raconte l’histoire de la famille de sa mère, avec Saturne, Sarah Chiche nous dévoile l’autre partie de sa famille. Celle marqué par le deuil : son père est mort alors qu’elle n’était qu’un bébé. Elle n’a donc pas de souvenirs de lui, et vit avec l’absence d’un homme qu’elle ne connaîtra jamais et qu’on ne lui décrit jamais vraiment.

Sarah Chiche nous raconte l’enfance de son père, en Algérie et l’exil enfant. Elle nous plonge dans le mal-être d’un garçon qui ne correspond pas à ce que ses parents voudraient qu’il soit, qui ne trouve pas sa place à côté de son frère. Un jeune homme qui rencontre ensuite une femme solaire, dont il tombe fou amoureux et qui ne ressemble en rien au milieu duquel il vient.

Elle nous raconte aussi, alors qu’elle passe au « je », à quel point l’écriture l’a sauvée, au milieu de cette famille détruite par l’argent et la fierté. Un très beau roman, profond et perturbant, sur la construction d’un enfant qui grandit avec le fantôme d’un père.

« Saturne », Sarah Chiche, Editions Seuil, 208 pages, 18€

Rage against the machisme, Mathilde Larrère

Mathilde Larrère, avec ce très beau livre illustré magnifiquement par Fred Sochard, redonne leur place à celle qui ont volontairement été invisibilisées depuis des siècles : les femmes. Elle en fait leur histoire, l’histoire de la lutte pour leurs droits, pour la reconnaissance qui leur revient, une histoire qui s’écrit encore en cette année 2020.

Bel objet autant que manuel d’histoire, le livre de Mathilde Larrère retrace les luttes féministes dans leur contexte historique, et montre à quel point les femmes sont les éternelles oubliées de l’Histoire. Du droit de vote à l’égalité salariale, du droit de s’instruire au droit de disposer de son corps, c’est toutes les victoires – ainsi que les nombreux déboires causés par des millénaires de patriarcat – que l’historienne donne à voir. Et plus important encore : elle nous permet de rencontrer les actrices de l’histoire, ces femmes dont le nom a été oublié par des siècles d’invisibilisation mais qui ont lutté toute leur vie pour améliorer les conditions de vie des femmes.

Grâce aux illustrations de Fred Sochard – on aime les coupes menstruelles et autres clitoris qui séparent les paragraphes – et aux slogans, chants et portraits qui ornent les pages, Rage against the machisme se lit comme un manuel, en même temps que comme le plaidoyer dirigé vers une discipline pour qu’elle rende leur place aux femmes de l’Histoire !

« Rage against the machisme », Mathilde Larrère (dessins de Fred Sochard), Editions du Détour, 224 pages, 18,50€

Comme un empire dans un empire, Alice Zeniter

Lui c’est Antoine, il est assistant parlementaire. Elle se fait appeler L, c’est une hackeuse. Officiellement ou clandestinement, tous deux ont choisi de consacrer leur vie à un engagement politique. 

L est une jeune fille très solitaire et navigue entre le dedans (les méandres du web et son petit copain activiste sur le darkweb) et le dehors (ses parents). Antoine, quant à lui, prend très au sérieux son rôle auprès de son député. Mais alors que les manifestations des “Gilets” prennent une nouvelle tournure, il voit ses rêves d’écriture s’enliser. Tandis qu’il représente le monde du dehors, elle incarne celui du dedans.

Dans ce nouveau roman, Alice Zeniter aborde la question de la politique, mais surtout la difficulté d’en faire dans notre société, ainsi que les limites de l’engagement. Ici, les phrases sont ciselées et les formules affûtées, nous entraînant dans ce grand roman de l’engagement. A travers ces lignes, elle met en scène une génération face à un monde violent et essoufflé, avec une génération qui se cherche mais avec une envie déterminante de retracer de nouveaux contours à notre société. 

« Comme un empire dans un empire », Alice Zeniter, Editions Flammarion, 400 pages, 21€

Le grand vertige, Pierre Ducrozet

Adam Thobias, icône de la pensée écologique, accepte de prendre la tête d’une Commission missionnée par l’Union européenne pour trouver des solutions innovantes au changement climatique. Mais on comprend rapidement que l’homme se sert de cette Commission comme d’un véhicule vers une action bien plus radicale, emmenant à sa suite toutes ses équipes qui parcourent le monde au sein d’un groupe qu’il a appelé « Télémaque ».

Pierre Ducrozet nous ravit avec un nouveau roman politique et actuel, qui s’intéresse à l’action climatique et qui nous remplit les yeux et la tête d’images et de réflexion sur l’état du monde qu’on habite. A travers la multiplicité des personnages que l’auteur nous propose et aux récits qu’ils mettent en place, ce sont différentes conceptions de la lutte que met en lumière Pierre Ducrozet. Luttes écologique et politique s’entremêlent à différentes façon d’être au monde et à des révélations auxquelles font face les personnages qui nous poussent en retour à nous interroger sur nos récits et nos actions : nature et culture sont-elles réellement séparées ; que dit l’effondrement de l’humanité ; quelle réalité habitons-nous.

Grâce à ses magnifiques talents de conteur, Pierre Ducrozet nous fait voyager d’une forêt thailandaise à une maison en Lozère, tout en nous poussant à réfléchir à la radicalité de nos gestes.

« Le grand vertige », Pierre Ducrozet, Editions Actes Sud, 368 pages, 20,50€

L’enfant céleste, Maud Simonnot

Mary vacille, se perd, ne se retrouve plus. Depuis qu’elle vit une rupture amoureuse, ses vieilles souffrances réapparaissent. Son fils Célian, lui, sensible, doux, rêveur, souffre aussi, mais à l’école. Tous deux trouvent refuge sur une île de la mer Baltique où vécut au XVIème siècle l’astronome danois Tycho Brahe  – fondateur du premier observateur – mais surtout inspiration d’Hamlet de Shakespeare, pour lequel ils partagent une passion. 

C’est un voyage à deux qui débute mais chacun de son côté. Mary tente de s’affranchir de sa tristesse et s’apprivoise sur cette île. De l’autre côté, Célian a un rapport particulier à la nature, et ne cesse de contempler son environnement si extraordinaire. A leurs côtés, dans ce lieu hors du temps, il n’est pas rare de croiser au fil des pages un spécialiste de Shakespeare, une logeuse géante, un marin taiseux et de nombreux fantômes qui vont les mener jusqu’à la réparation tant attendue.

Maud Simonnot signe un premier roman doux et poétique, qui explore le lien filial, les blessures du passé et la reconquête de soi.

« L’enfant céleste », Maud Simonnot, Editions de l’Observatoire, 176 pages, 17€

Face It, Debbie Harry

Heart of Glass, One way or Another, Call Me … on connait tous ces tubes du groupe Blondie mais est ce que l’on connait la chanteuse de ce groupe légendaire ?

Face It est l’autobiographie de Deborah Harris. Dans ce livre addictif, la chanteuse revient sur sa vie et celle du groupe. De son enfance, joyeuse dans le New Jersey aux tournées planétaire, faite le tour des Etats-Unis avec elle. Elle retrace son épopée dans la musique, des nombreux groupes et scènes qu’elle parcourt à sa vie amoureuse, elle se livre sans détour. Elle côtoie les grands noms de la scène new yorkaise, j’espère que vous avez une bonne mémoire des noms et que vous saurez les reconnaître.

En plus d’être fascinant de détail et addictif comme la musique du groupe, ce livre est un très bel objet. Vous trouverez des photos d’elle, de sa famille ainsi que du groupe. Il y a aussi des dessins des fans.  Si vous aimez la musique et Blondie alors ce livre est pour vous.

« Face It. L’autobiographie », Debbie Harry (traduit par Santiago Artozqui), Editions Harper Collins, 308 pages, 20,90€

Une farouche liberté, Annick Cojean et Gisèle Halimi

Décédée le 28 juillet dernier, Gisèle Halimi se raconte une dernière fois dans Une Farouche liberté, un recueil d’entretiens menés avec Annick Cojean, journaliste au Monde. Grande défenseuse de la cause des femmes pendant plus de 70 ans, Gisèle Halimi tire sa révérence en laissant derrière elle une vie riche et des combats militants dont on se souviendra encore longtemps. 

Dans ce court recueil, elle revient aussi sur sa vie, sa jeunesse et sa pugnacité. A l’âge de 16 ans, on apprend qu’elle refuse un mariage arrangé, imposé par sa famille, conservatrice, avec qui elle vit en Tunisie. Déterminée, elle parvient à faire des études de droit en France et prête serment à Tunis. D’abord l’épouse de Paul Halimi, elle finit par divorcer et se rapproche de Claude Faux, le secrétaire de Jean-Paul Sartre, avec qui elle vivra jusqu’à la mort récente de ce dernier.

Au fil de cet entretien, les deux femmes recense les combats pour la cause des femmes : avortement, divorce, parité, contraception. Mais elles évoquent aussi le terrible procès de Bobigny et le “Manifeste des 343”. Grâce à Annick Cojean, Gisèle Halimi livre son dernier coup de gueule, et appelle les jeunes générations à ne pas se reposer sur les acquis car il faut toujours continuer de se battre pour les autres.

« Une farouche liberté », Annick Cojean, Gisèle Halimi, Edition Grasset, 160 pages, 14,90 euros »

Le dégât des eaux, Camille Jourdy et Pauline Delabroy-Allard

Les auteures Camille Jourdy et Pauline Delabroy-Allard s’associent dans un sublime album pour enfant.

Nino, un enfant, se réveille en pleine nuit, il y a plein d’eau dans la maison. Sans vraiment comprendre ce qu’il se passe, Nino se retrouve embarquer dans un voyage féérique et métaphorique sur le fait de devenir grand frère.

Un très bel album à offrir à un enfant qui va devenir grand frère ou grande soeur pour l’aider à appréhender l’idée. L’illustratrice Camille Jourdy, auteure des Vermeilles, nous fait encore une fois entrer dans son monde de dessin aux couleurs pastels et abstrait avec des petites personnages merveilleux.

Embarquez sur l’eau avec Nino pour un joli voyage.

« Le dégât des eaux », Camille Jourdy et Pauline Delabroy-Allard, Editions Thierre Magnier, 36 pages, 14,90€

Mon Combat, Karl Ove Knausgaard

Mon Combat est le cycle littéraire de l’auteur norvégien. Le dernier tome de cette saga est sortie en septembre 2020, intitulé Fin de combat.

Si vous aimez les autobiographies, les pensées d’auteurs et le récit sur l’identité, alors cette saga est faite pour vous. Dans ce grand projet littéraire, Knausgaard revient sur les moments décisifs de sa vie : de son enfance avec son père tyrannique à son mariage sans oublier ses années à la faculté de Bergen, il passe au crible sa vie passée. Il tente de comprendre tout en étant objectif sur ce qu’il a vécu.

Sur 6 tomes et plus de 3000 pages, l’auteur écrit sur lui, sur les phases de sa vie. Il y en a pour tous les goûts, tout type d’histoires de vie, des histoires de famille à celle de l’adolescence. L’auteur se raconte autant en enfant qu’en adulte.

Vous pouvez offrir n’importe quel tome, les livres se lisent de façon indépendante mais offrez surtout le deux !

« Fin de combat », Karl Ove Knausgaard (traduit par Christine BerliozJean-Baptiste CoursaudMarie-Pierre Fiquet et Laila Flink Thullesen), Editions Denoël, 1408 pages, 32€

Sous le ciel des hommes, Diane Meur

Dans ce micro-Etat fictif, les personnages mis en scène par Diane Meur ne sont pas bien différents de ceux que l’on croise tous les jours, dans notre réalité tout sauf fictive : un écrivain à succès hypocondriaque et opportuniste, un réfugié luttant pour s’intégrer, un collectif cherchant à changer les choses par un pamphlet utopiste et anti-capitaliste.

Et l’autrice parvient parfaitement à nous faire entrer dans les vies ordinaires de ces personnages, pris dans les relations et un quotidien qu’ils ne maîtrisent pas toujours, plus vrais que nature. A travers ces multiples vies, Diane Meur nous interroge sur la nôtre, sur les valeurs qu’on met en avant, les conséquences de nos actions sur notre entourage, et sur la réalité qui prend parfois le pas sur les rêves et les projets. Chaque personnage se révèle au fil des pages, autant à nous qu’à lui-même, et décide de ce qu’est sa vérité.

Avec une analyse fine de l’esprit humain et une très belle plume, Diane Meur nous force à confronter le réel d’un monde qui n’est finalement pas si fictif, qui ressemble bien au nôtre, dans lequel le système capitaliste oppresse et les réfugiés effraient.

« Sous le ciel des hommes », Diane Meur, Sabine Wespieser Editeur, 340 pages, 22€