Description d’un combat : questionner la mémoire d’un pays

1960, douze ans après la création de l’Etat d’Israël. Chris Marker, qui a déjà réalisé certains films en voyageant, entreprend avec les époux Van Leer de tourner un film sur ce jeune pays. Plein d’espoir quant à l’avenir possible de ce mélange des cultures. De la construction encore possible d’une utopie avant que les villes ne se transforment peu à peu en Los Angeles. Avant que le modèle capitaliste occidental ne prenne le dessus. Il décrit le combat d’un peuple qui cherche à construire une civilisation, et des promesses apportées avec ce changement. Promesses de progrès, promesses de liberté, comment un passé injuste influence l’avenir, laissera t-il à son tour place à l’injustice ? Marker questionne encore une fois les problématiques de la mémoire à l’aide du remploi d’archives.

Copyright Tamasa Distribution
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Entièrement restauré et débarrassé d’une affreuse teinte magenta par Argos Film et The Israeli Film Archive, on retrouve avec Description d’un Combat le don du cinéaste pour faire naître quelque chose de la coïncidence entre sons et images. Celui qui s’était amusé à démontrer le pouvoir des mots sur ces dernières dans Lettres de Sibérie récidive. Et comme souvent chez lui, le montage alterne entre humour ravageur et réflexion politique et poétique. Sa façon de filmer les gens et les regards rappelle Sans Soleil, réalisation douce dont, il y a des années déjà,  détonnait son inaltérable étonnement plein d’espoir face à l’humanité. S’il n’y a pas traces des conflits dans son film, Marker n’en exclut pas la détresse de certaines conditions et l’invisibilité de certaines personnes, et s’il rappelle le bilan des responsabilités de l’Europe, c’est par une note pleine d’attentes que termine ce film.

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Quelques années après, en voyant la tournure de l’histoire, Chris Marker interdit la diffusion de son film. Et c’est encore 50 ans plus tard que Dan Geva, un réalisateur Israélien, entre en contact avec lui pour lui demander l’autorisation de reprendre celui-ci.

Description d’un souvenir : réécriture moderne

Dan Geva réutilise les images et les textes de Marker à côté des siens, et propose une suite de Description d’un Combat en retrouvant les lieux filmés et certains habitants. Avec ce deuxième volet, il répond aux interrogations posées par son prédécesseur, l’interroge à son tour comme l’élève à son maître, tout en montrant ce que le temps à accompli sur ces lieux, sur ces gens et ce pays. Lorsque Chris Marker s’attendait à ce que le progrès fasse d’une petite plage une autre Miami Beach, Dan Geva montre comment elle est devenue Las Vegas. À Ali auquel le premier prêtait des rêves olympiques, le second lui apprend qu’il est mort, après avoir perdu l’esprit d’un coup à la tête. Marker filmait plein d’espoir des promesses de progrès. Elles se sont réalisées, et sûrement pas dans le sens qu’il aurait apprécié.

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Geva filme lui aussi les gens, les visages et les regards. En grand angle, pour explorer l’intimité de ses concitoyens, entrer dans leur zone de contact. Il remet la main sur les intervenants d’il y a 50 ans, certains avec le même sourire pétillant, d’autres plus sombres. De son côté, il retrouve son ami d’enfance et suit ses prières désespérées et la destruction de sa maison. Il retourne les images, les rembobine. Dans l’espoir d’un retour dans le passé, comprendre à quel moment la nation à pris cette voie. Aux questions de Marker sur l’envie de liberté de cette jeune nation, sur ces envies de constructions et de puissance la réponse de Geva est claire et aussi un peu triste. Sans atteindre le génie drôle et réflexif de son prédécesseur, il déploie une dialectique des images qui complète à merveille le travail de ce dernier. Au fond aux images des petits scouts dont chaque nation tire sa fierté succèdent naturellement les images des rassemblements militaires.

Description d’un combat sort parallèlement en salles et en février le 22 février. Le Dvd comprend le film de Dan Geva.

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