Jusqu’au 29 octobre 2017, le Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, met en lien la belle aventure humaine partagée par trois grands pontes de l’art moderne : Derain, Balthus et Giacometti. Leur amitié, qui trouve un point d’accroche dans leur production artistique personnelle, n’a jamais encore été saluée. Une initiative originale -comme le sont souvent celles du Musée d’Art Moderne- qui présente tout de même des longueurs et quelques confusions.

Si cela n’est pas vraiment mentionné dans le déroulé de l’exposition, André Derain, Balthus (Baltasar Klossowski) et Alberto Gicometti se rencontrent dans les années 1930. Ils fréquentent tous trois le milieu surréaliste. Dès 1935, ils se lient d’amitié. Commence alors un discours artistique aux échos communs, discours que l’exposition Derain, Balthus, Giacometti met en scène en 8 temps et à travers plus de 350 œuvres. Malgré la beauté des travaux et l’intelligence des regards croisés, il pourrait être reproché à la scénographie sa longueur et l’insertion quelque peu abrupte du temps consacré au théâtre. Pour autant, l’exposition est magnifique et permet d’appréhender aussi bien l’histoire, que les arts et les biographies des trois artistes.

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G : Alberto Giacometti, Aïka, 1959 © Succession Alberto Giacometti (Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris & ADAGP, Paris) – C : Alberto Giacometti, Autoportrait, 1920 © Succession Alberto Giacometti (Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris & Adagp, Paris) – D : Balthus, Le Roi des chats, 1935 © Balthus © Nora Rupp, Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, Suisse

Thèmes communs et pratiques diverses

Derain, Balthus et Giacometti se retrouvent, outre leur contemporainéité, dans les influences que l’art ancien nourrit. Réinventer le passer pour le calquer aux problématiques de leur temps, voilà le point de départ de leurs convergences. Chacun à leur manière, ils réinventent le paysage, la nature morte, le portrait, les scènes de genre, le théâtre. Giacometti s’appuie sur la géométrie, la matière, la captation de ce qu’il perçoit ; Balthus sur les ambiances, sur une mise à distance des expressions faciales qui laisse à la représentation du corps toute l’éloquence des sensations ; Derain, sur le travail des nuances, des sentiments et sur la délicatesse des émotions. Ils échangent leurs modèles et œuvrent sur des thématiques communes. Dans leur pratique respective, le théâtre a un grand impact, permettant à la fois une liberté d’expression et une prise particulière sur l’esthétique du réel : leur art y prend vie.

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G : Balthus, La Rue, 1933 © Balthus – D : André Derain, Geneviève à la pomme, vers 1937-38 © Thomas Hennocque © ADAGP, Paris 2017

A la fin du parcours, trois films témoignent de la considération qu’ils accordaient à l’art. Il n’est pas seulement un moyen d’expression, mais permet de comprendre le passé, d’assumer le présent et d’envisager, en quelque sorte, le futur. A travers cette amitié, c’est toute une génération d’artistes qui transparaît. Une génération qui reste encore en transition entre la mimesis classique et l’art contemporain, entre la reproduction du réel et le traitement d’une esthétique philosophique.

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G : . Balthus, Jeune Fille à la chemise blanche, 1955© Balthus © Collection of The Pierre and Tana Matisse Foundation – Photo Christopher Burke, NY – D : André Derain, Arlequin et Pierrot Huile sur toile © RMN-Grand Palais (musée de l’Orangerie) / Hervé Lewandowski © ADAGP, Paris 2017

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Derain, Balthus, Giacometti, jusqu’au 29 octobre 2017
Musée d’Art moderne de la Ville Paris, 11 avenue du Président Wilson, 75116 Paris
Plein tarif : 12€ / Tarif réduit : 9€

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